Le Temps d'Algérie : Il y a de plus en plus de mouvements de protestation dans des villes du sud du pays de personnes réclamant du travail qui, bien sûr, est un droit des plus légitimes...
Ahmed Rouadjia : Oui, effectivement. Parce que les gens du Sud s'estiment lésés. Ils se disent que nous sommes du Sahara, que le pétrole est puisé des sols du Sahara mais ce pétrole profite à d'autres. Ils se disent que ce pétrole est à nous mais qu'il profite à d'autres.
Justement, beaucoup demandent à être recrutés dans des filiales de Sonatrach...
Oui, parce que, comme je vous l'ai dit, les chômeurs du Sud croient que le pétrole leur appartient puisqu'il est tiré du sol de leur région. Ils dénoncent les passe-droits qui, selon eux, priment dans les recrutements.
Ces mouvements de protestation sont-ils galvanisés par ce qu'on appelle «le printemps arabe» '
Oui, c'est sûr. Ces mouvements de protestation sont favorisés par les effets négatifs de la mondialisation et de la globalisation. Ils se disent ça a marché ailleurs, pourquoi ça ne marcherait pas ici.
Je dois dire également que les mouvements de protestation sont devenus des faits encouragés par la mondialisation et la globalisation, non seulement dans le Sud mais également dans les villes côtières, comme Alger, Oran et Annaba. On voit des mouvements de protestation un peu partout et pas seulement dans le Sud. Les gens sont encouragés et je dirais motivés par ce qui se passe ailleurs et n'hésitent donc pas à recourir à des manifestations et autres formes de protestation pour réclamer de l'emploi.
Les mouvements de protestation au Sud présentent-ils des spécificités '
Oui, absolument. Les mouvements de protestation au Sud prennent des relents régionalistes. Les chômeurs là-bas se disent que le pétrole provient de leur région et que ce sont les gens du Nord et d'ailleurs qui en profitent. Ils croient qu'ils devraient être prioritaires dans la distribution des dividendes tirés de la vente du pétrole.
Ces mouvements risquent-ils de se radicaliser, selon vous '
Les gens qui organisent et participent à ces mouvements de protestation ont des revendications purement sociales et économiques. Ils ne remettent pas en cause le système de l'Etat algérien. Leurs revendications ne sont pas politiques.
Il y a aussi «le printemps arabe» '
Tout à fait. Je vous ai parlé des effets négatifs de la mondialisation et de la globalisation. Les gens regardent la télé et suivent sur internet les mouvements de protestation qui se déroulent ailleurs et qui se sont soldés par ce qu'on appelle «le printemps arabe».
Il y a aussi le problème de la libre circulation. Ils comparent leur mode de vie à celui des Européens par exemple. Ils voient qu'un Européen peut facilement venir en Algérie et qu'eux trouvent d'énormes difficultés pour se rendre en Europe. Il y a la frustration qui aggrave les choses. Ils sont excités par le mode de vie des Occidentaux, une vie qu'ils ne peuvent pas mener, faute de moyens. La frustration les oblige à faire n'importe quoi.
Comment remédier à tout ça '
La solution consiste à l'assainissement des méthodes de recrutement dans le Sud. Il faut faire participer les sociologues, les psychologues et les politologues dans la recherche de la solution.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mounir Abi
Source : www.letempsdz.com