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«Les perspectives du marché de l'accréditation en Algérie sont prometteuses» Le directeur général d'ALGERAC, Boudissa Noureddine :



LA TRIBUNE : Quelle évaluation peut-on faire aujourd'hui de l'accréditation en Algérie 'BOUDISSA NOUREDDINE : Il faut d'abord se mettre d'accord sur le fait que l'accréditation est un concept nouveau en Algérie. L'organisme d'accréditation a été créé à la fin du mois de décembre 2005. Il a commencé à fonctionner à partir de septembre 2006 avec ses structures, ses personnels'il a commencé à délivrer ses premières accréditations au mois de septembre 2009. C'est pour dire que c'est tellement récent, et parler d'un état des lieux aujourd'hui me parait prématuré. Toutefois ce qui nous rassure c'est qu'aujourd'hui à travers les journées d'information, de sensibilisation, de séminaires, des écrits aux ministères techniques, l'accréditation commence à prendre sa place dans l'infrastructure qualité en Algérie qui est composée de la métrologie, de la normalisation, de la propriété industrielle, des laboratoires, des organismes d'inspection, et bien entendu en fin de parcours et au sommet de la pyramide vous avez l'accréditation. Cette dernière vient en dernier lieu car elle achève la pyramide qualité et c'est elle qui a la responsabilité de reconnaître toute la composante de l'infrastructure. C'est-à-dire que la métrologie faut qu'elle soit accréditée, la normalisation aussi, les laboratoires la même chose. Tout le monde doit être accrédité pour être reconnu comme compétent. Voilà pourquoi dans toute cette pyramide, on monte et l'accréditation se place au sommet, et tous les autres sont là pour essayer de travailler selon les normes internationales. Ceci n'exclue pas que l'Algérie peut faire des normes nationales mais pour le moment il est bon de maîtriser les normes internationales pour pouvoir les adapter aux normes nationales.

Quelle est l'importance justement de l'accréditation pour le développement économique '
Ecoutez, on consomme, on boit, on s'habille, on possède un véhicule. On produit aussi des biens et des services, il faudrait donc donner des assurances à vos consommateurs qu'ils sont fabriqués selon des normes et des standards, et qu'ils ne sont pas nocifs. Il faut que ces produits répondent à une spécificité technique et qu'ils fassent objet d'essais, de vérifications qui puissent vous dire en toute confiance que vous pouvez les consommer. Et pour pouvoir les consommer il faut qu'ils subissent des essais, il faut qu'ils soient contrôlés, vérifiés, et pour cela il faut des laboratoires. Il faut des organismes d'inspection, des organismes certificateurs. Il n'y a pas un seul pays au monde qui veut acheter ou vendre sans donner la preuve que son produit est bon. Et c'est là qu'intervient l'accréditation pour vous donner cette confiance sur le produit à consommer, ou à utiliser. D'où tout son intérêt. Il ne peut pas y avoir du commerce international sans l'accréditation, de développement économique d'un pays sans l'accréditation, comment voulez-vous créer la confiance sur vos produits, et dire je veux consommer «Made in Algeria» si le produit algérien ne donne pas la preuve qu'il est fabriqué aux standards internationaux en la matière, et la meilleure façon de faire c'est d'avoir des laboratoires accrédités et d'avoir des organismes certificateurs reconnus par un organisme qu'on appelle l'accréditation. Ça est un élément fondamental, il faut que les consommateurs, les associations de consommateurs, les ministères techniques, les opérateurs économiques comprennent l'importance d'avoir une politique d'évaluation de la conformité conforme à ce qui se pratique dans tous les pays du monde.

Le fait que l'accréditation n'ait été introduite que récemment a-t-elle constitué un facteur de blocage pour les entreprises économiques pour aller sur les marchés internationaux '
Je pense qu'il faut se rendre à l'évidence que si on n'a pas exporté, si on n'a pas été concurrents sur le marché international en dehors des produits énergétiques tels le pétrole et le gaz c'est tout simplement parce que l'Algérie a vécu une période extrêmement difficile. La base industrielle était là, elle produisait beaucoup de biens pour les besoins du marché, elle ne pouvait pas aller l'exporter à l'étranger car on a vécu la décennie noire, et on a accusé beaucoup de retard à ce niveau-là. Aujourd'hui la volonté politique est là, des programmes de développement et de soutien au renouveau industriel sont annoncés, ils sont en cours, le besoin de se faire accréditer est annoncé et elle se fait tous les jours que Dieu fait. Je pense que nous sommes sur la bonne voie. Il faudrait maintenant juste qu'il y ai des textes de loi qui consacre l'accréditation comme un passage incontournable pour la qualité et la confiance dans la prestation que nous faisons.

Pour le moment l'accréditation est volontaire en Algérie alors que dans certains autres pays développés elle est rendue obligatoire, peut-on aller dans cette voie de l'obligation '
Je crois que c'est nécessaire pour le pays, pour la protection du consommateur, pour la protection de l'économie nationale et son environnement. On ne peut plus maintenant se permettre de laisser cet aspect de côté. Je pense que dans tous les pays du monde, on a laissé une partie de l'activité de l'accréditation volontaire et c'est légitime, mais pour des raisons d'efficacité, de contrôle et de régulation du marché, l'Etat met en place des règlements techniques qui rendent quelque part obligatoire l'accréditation. Lorsque vous avez un cahier des charges et vous ne pouvez pas postuler si vous n'êtes pas accrédité par Algerac, et si vous voulez concourir pour prendre le marché il va falloir venir se présenter au niveau de notre organisme pour vous faire accréditer et pouvoir présenter cette pièce dans un dossier en tant que postulant pour réaliser telle ou telle prestation. Honnêtement, ce n'est même pas les textes de loi qui va rendre l'accréditation obligatoire mais bien le marché.

Y-a-t-il des secteurs prioritaires par rapport à d'autres où l'on doit imposer l'accréditation '
D'emblée je vais vous dire, tout ce qui touche au contrôle ou à l'inspection des installations industrielles pétrolières, gazières, et même qui touche à la sécurité des transports, contrôle technique des véhicules doit être une activité réglementée, donc obligatoire. Car il y va de la sécurité des biens et des personnes. Ca on en discute plus c'est quelque chose qui est acquis dans tous les pays du monde, à nous de faire la même chose en Algérie. Maintenant pour les autres secteurs, il est important que lorsqu'on touche à l'agroalimentaire, à la pharmacie, aux produits chimiques, à la mécanique il faudrait maintenant réfléchir sérieusement à la question, il faut que ces laboratoires soient impérativement accrédités et que l'Etat les utilisent comme un moyen aussi de contrôle et de régulation, c'est important. Il faut qu'eux acceptent l'idée d'aller dans cette voie, mais que l'Etat puisse les utiliser comme un moyen de contrôle et de régulation pour donner plus d'assurance au marché. L'autre aspect important aussi, si vous voulez exporter vous êtes obligés de certifier vos produits. Il s'agit là de la certification produit. Aujourd'hui dans le monde, si vous voulez aller conquérir des marchés nouveaux, vous devez donner la preuve que votre produit est certifié par un organisme accrédité. Et c'est ça qui rend aussi l'accréditation des organismes certificateurs relativement obligatoire, par la demande et le marché. C'est vrai qu'on annonce officiellement que les normes sont volontaires, mais en réalité le marché s'organise d'une façon qui les rend obligatoires, par la force des choses.

Peut-on avoir des chiffres concernant l'accréditation dans notre pays '
Nous avons commencé à délivrer les certificats d'accréditation depuis septembre 2009. Nous sommes à 17 aujourd'hui, confirmés, qui touchent à l'inspection, aux laboratoires, et à la certification. Nous avons un chantier de 35 autres demandes que nous devons satisfaire en dehors d'un programme spécifique. Donc nous aspirons, à fin 2013 et début 2014, avoir au moins une cinquantaine d'organismes accrédités ce qui nous permet aisément de commencer à créer le réseau d'organismes d'évaluation de la conformité accrédité par Algerac en inspection, en certification et en laboratoire. Bien entendu, il reste encore des problèmes à régler. Nous avons besoin d'un laboratoire national primaire de métrologie dont l'Algérie ne dispose pas encore, nous sommes entrain de mettre en place un réseau de laboratoires de métrologies industrielles pour parer à la demande nationale. Parce que sans la mesure, on ne peut pas parler de qualité, parce qu'on a plus la maîtrise de la chose. Nous 'uvrons dans ce sens, j'espère que la réalisation du laboratoire primaire va s'accélérer, parce qu'il prend beaucoup de temps et beaucoup d'argent, j'espère que les choses vont évoluer favorablement parce que ça va énormément aider Algerac dans sa politique de la généralisation de l'accréditation en Algérie. Le chantier est là, les perspectives sont prometteuses, le marché de l'accréditation en Algérie va se développer davantage. En 2007 personne ne connaissait l'accréditation, en 2013 il y a des accréditations et des projets d'accréditation, il y a un développement de cette activité, et c'est déjà rassurant.

Y-a-t-il un objectif global à atteindre en dehors de ces 50 accréditations d'ici le début de l'année 2014 '
Nous avons deux objectifs au niveau d'Algerac. Le premier c'est d'avoir un maximum d'organismes d'accréditation qui touchent au domaine très spécifique lié à la politique industrielle en Algérie, à la protection de l'économie nationale et à la diversification des exportations, c'est une politique que nous menons et il faut qu'on aide les exportateurs algériens à exporter leurs produits. Il s'agit aussi de contrecarrer la contrefaçon et les produits contrefaits aux frontières, et qu'on puisse développer une industrie capable de satisfaire en partie la demande nationale avec les documents normatifs qui l'accompagnent. Et tout cela sera accompagné par quelque chose d'important, à savoir la reconnaissance internationale.
Mon but aussi est d'obtenir la reconnaissance internationale dans ce domaine par les organisations mondiales. Et nous y sommes déjà.
Je vous annonce que la fin 2013, nous verrons la deuxième évaluation qui sera faites par des organisations internationales, et je pense
raisonnablement qu'au mois de décembre nous serons fixés sur notre reconnaissance internationale.

Qu'en est-il de la coopération avec l'étranger dans ce domaine '
Les organismes d'accréditation travaillent avec leurs homologues tous les jours que Dieu fait. Algerac est un organisme qui travaille beaucoup à l'international et nous sommes dans des comités techniques dans quatre organisations internationales. Nous travaillons, nous votons quotidiennement sur des résolutions, des lois, des règlements
techniques qui touchent à l'accréditation, nous représentons l'Algérie auprès de ces organisations, nous défendons la partie algérienne chaque fois que c'est nécessaire, mais nous souhaitons aussi qu'on soit partie prenante dans la prise de décision. Et pour cela il faut être reconnu par ces organisations. La coopération internationale est une activité vitale nécessaire pour Algerac pour mieux représenter les intérêts des organismes nationaux d'évaluation de la conformité. Nous recevons tous les jours des représentants des organisations internationales. Nous sommes en partenariat avec les Français, les Allemands, les Italiens pour discuter des domaines de coopération et de concertation sur le plan de l'évaluation de la conformité en Algérie. Nous voulons établir des partenariats avec les Portugais et les Espagnoles'et nous sommes aussi très regardants sur la coopération avec quelques pays arabes tel que l'Egypte et la Tunisie avec lesquels nous travaillons énormément ainsi que l'Afrique du Sud dans le cadre des organisations régionales avec
lesquelles nous sommes membres aujourd'hui. C'est vous dire que l'activité à l'international d'Algerac est très riche et diversifiée qui implique une participation de tous les jours.

Quel est l'avenir de l'accréditation en Algérie '
Je vais vous faire un aveu, je suis extrêmement positif et optimiste par rapport au développement de l'accréditation en Algérie. Je crois qu'il y a une prise de conscience des pouvoirs publics de l'importance de ce concept. On ne peut pas faire du commerce avec les autres si on n'a pas une assise d'évaluation de la conformité accrédité par Algerac, on ne peut pas aussi donner la garantie et l'assurance à nos consommateurs si on n'a pas donné la preuve que ce que nous produisons est produit bien et que ça été attesté par une tierce partie, indépendante, qui prouve que nos produits sont bons et qu'ils sont fabriqués de façon conforme aux standards internationaux. Rien que pour cela l'accréditation est une chose qui a plus d'avenir dans un pays qui aspire au développement.

Quelles sont les contraintes pour ce type d'activité '
Les contraintes sont simples : les normes ne sont pas facile à maîtriser, elles demandent beaucoup de temps, d'investissement, et beaucoup d'argent, beaucoup de ressources humaines, d'équipement, d'infrastructures, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. C'est pour cela que nous interpellons, chaque fois que nécessaire les pouvoirs publics, pour aider les candidats à l'accréditation au moins par des aides financières. Aujourd'hui, le ministère de l'Industrie a répondu à notre attente puisqu'il a créé le Fonds d'aide à l'accréditation qui permet de rembourser 80% des frais d'accréditation à tout candidat qui se présente à Algerac et qui obtient son accréditation.
C'est déjà un élément nouveau, nous souhaitons que les autres ministères l'utilisent et le généralisent pour qu'on puisse aider un maximum de candidats à l'accréditation. C'est ce qui a été fait dans les autres pays du monde, je pense que ça commence en Algérie, il y a de l'argent qui est mis, il y a des fonds d'aide, de la mise à niveau, et des fonds de compétitivité qui sont maintenant orientés pour satisfaire les besoins en la matière.
B. A.
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