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Les oubliés du Salon



Les oubliés du Salon
Quelques jours nous séparent du Salon international du livre d'Alger. «Le livre : un contact permanent», un slogan parmi d'autres, auquel fait appel l'Algérie pour se poser comme garante des libertés et sensible à la culture.Il ne s'agit en fait que d'un éventail pour dissimuler les ravages faits à la culture en général, au livre en particulier. A l'inverse de l'Egypte, qui dispose d'une vraie politique de soutien à l'édition, chez nous, l'Etat n'offre rien en matière d'aide, bien au contraire, il fait tout pour contenir le livre, rétrécir le champ d'action et de réflexion, s'impose comme le tuteur sur les consciences et les idées et limite toute forme de liberté. Résultat : le livre est réduit à du papier, en somme des livres sans âme.Ainsi, les politiques menées par les pouvoirs publics en matière d'édition et de distribution sont caractérisées par la paranoïa excessive et la crainte dédaigneuse des idées progressistes que peut porter un livre. Cela a conduit certains auteurs talentueux et engagés à recourir aux maisons d'édition à l'étranger afin de s'affranchir de cette chape de plomb. Le traitement réservé aux auteurs se caractérise par le deux poids, deux mesures.Ainsi le pouvoir affiche une grande souplesse envers les auteurs confirmés et installés de l'ancienne génération et leurs ascendants dans le seul objectif de les contenir, car les rejeter signifierait une rupture et de ce fait créerait une ligne de confrontation à laquelle le pouvoir n'est pas en mesure de faire face. Par contre, il ne concède point une infime liberté aux auteurs des nouvelles générations.Et pour cause, ces écrivains sont plus proches du peuple, notamment les jeunes ; ils partagent avec eux les problèmes du quotidien, comprennent leur mentalité et sont donc dotés d'outils de compréhension qui leur permettent de mieux les influencer. Pour les tenants du système et les forces obscurantistes qui gravitent autour, le danger est justement là : cette nouvelle génération d'auteurs peut créer cette voie de salut, cette dynamique intellectuelle qui risque d'emporter les fondements idéologiques et politiques de ce pouvoir et précipiter ainsi son départ.Malgré quelques espaces de liberté concédés ici et là, malgré l'audace de certains auteurs, leurs écrits restent des récits dépourvus d'idéologie ou de philosophie. Ajoutée à tout cela, la corruption dans laquelle baignent certaines maisons d'édition, notamment arabophones, qui ne voient dans le livre qu'une marchandise, un business.Certains lobbies exercent un chantage réel sur certains auteurs, décident en conglomérat de l'édition sur qui éditer et celui à interdire de parution. Même les conférences et les espaces de débat sont réservés exclusivement à certaines «plumes» politiquement correctes. Nonobstant le plagiat et le vol littéraire de projets de livres par les tenants des «commissions de lecture».Le Salon du livre n'est en définitive qu'une manifestation pour mettre en avant certains auteurs en manque d'imagination et craignant la compétition, une illustration du bannissement des voix discordantes. Pour rappel, la littérature repose sur trois fondements : liberté de création, liberté accordée aux lecteurs et enfin liberté de critique. Sans cela, il s'agit d'une mort programmée pour les nouveaux auteurs.
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