Dans un précédent courriel, j'avais mentionné le recueil des notes de J.-A. Peysonnel concernant son voyage dans les régences d'Alger et de Tunis dans lequel il décrivait les rapports souvent violents entre la population «algérienne» et les troupes à la solde des beys et autre dey.
Il se trouve qu'il est passé par mon village de naissance (et de celui d'une grande partie de ma famille) situé en région berbérophone dans l'Est algérien. Ce n'est pas du «taghenant» (car «taghenant takhessart») : n'en déplaise à cet historien de Annaba qui me fera changer d'avis sur le fait que les Turcs sont intervenus à la demande des locaux (Alger...), mais il suffit de lire les livres en français et en espagnol sur le sujet... pour comprendre les raisons profondes. L'expulsion des «Maures» d'Espagne s'est accompagnée d'une tentative d'occupation de toute l'Afrique du Nord, par l'Espagne aidée en cela par la papauté... (d'ailleurs les côtes maghrébines ont été longtemps occupées par l'Espagne...). Sans refaire l'histoire, les Maghrébins de l'époque (et encore aujourd'hui) étaient incapables de se défendre (pourquoi ')... devant les Européens qui devenaient de plus en plus puissants. Si la présence turque n'a pas été globalement acceptée par la population algérienne, il n'en reste pas moins qu'elle a participé à la défense du territoire face aux Européens, pendant un moment au moins. De nombreux Algériens ont participé, aux côtés de Turcs, à la défense de la Turquie elle-même. Ont-ils bien fait ou mal fait ' Défendaient-ils l'Algérie ou bien étaient-ils convaincus d'une autre approche (l'islam) ' Malheureusement, d'autres Algériens ont participé plus tard aux cotés de soldats d'une puissance coloniale, comme en Indochine, au Sénégal... Défendaient-ils l'Algérie ' Les interventions «européennes » contre l'«Afrique» du Nord (si on se restreint à cette zone) y compris au XVIe siècle (et après) n'ont pas été faites à cause de la présence turque mais rentrant dans une logique qui serait très longue à exposer. Le Maroc qui n'a jamais été dans l'empire ottoman a vu ses côtes pillées et occupées et des territoires plus au sud aussi. Il a été aussi objet de rivalité entre les puissances européennes. La Turquie n'a jamais envoyé des troupes pour occuper l'Algérie comme cela a été fait plus tard par les Français ou auparavant par les les Romains, pour le bénéfice d'un pays ou d'un homme. La Turquie (de l'époque) a donné sa bénédiction à des misérables (dont les origines sont douteuses) qui avaient pris Alger à la demande de la population locale. Mais quel est le pouvoir qui refuserait l'aubaine d'étendre sa domination ' En Europe même, la Turquie s'est étendue de la même façon dans les Balkans : à l'appel des populations locales (les Bosniaques d'aujourd'hui sont des Serbes à l'origine — ils avaient fait appel aux Turcs qui ont fini par leur léguer la religion que les Arabes leur avaient transmise auparavant — les régions turcophones —). Dans les livres français concernant la période ottomane de l'Algérie, on trouve une curieuse façon de présenter les choses : diminuer le Turc devant l'Algérien «farouche et épris de liberté» et diminuer l'Algérien devant l'Européen (le chrétien à l'époque) pour d'autres «valeurs» (l'Algérien n'est plus celui qui veut la liberté mais le récalcitrant à la civilisation... à l'ordre..). On trouve cela dans de nombreux livres y compris celui qui est cité en début de courriel et c'est pourquoi je me méfie des «histoires» (mais pas de l'HISTOIRE qui n'est pas accessible à n'importe qui). Je ne suis pas historien professionnel bien entendu mais on peut toujours essayer de défendre un point de vue «relativisant» les choses. Pour résumer, la Turquie actuelle n'est pas l'empire ottoman de l'époque ni même celle d'Attatürk. En France, on sait bien le pourquoi des lois concernant le génocide arménien (j'ai discuté en Syrie avec les descendants d'Arméniens rescapés des massacres, c'est horrible d'entendre ces histoires). La Turquie actuelle et le parti AKP ont eu tort de parler de l'Algérie et nous-mêmes avons tort de parler maintenant de l'empire ottoman. Il fallait le faire avant ou le faire bien après. En Arménie actuelle même, on est très perplexe car les tentatives de rapprochement (avec la Turquie) se font jour et nul doute qu'un jour la Turquie reconnaîtra avoir perpétré des massacres de sa population arménienne. L'Allemagne défaite a reconnu ses torts et paie encore un lourd tribut (y compris à Israël...) pour les crimes nazis, mais c'était au sortir de la Seconde Guerre que cela a été décidé.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Haddad
Source : www.lesoirdalgerie.com