Alger - A la une

Les nouvelles filières de la harga



Le problème des harragas se pose à nouveau dans le pays et ailleurs, par-delà la Méditerranée où l'on évoque des arrivées nombreuses ces dernières semaines. Cette situation soulève au moins deux questions essentielles aujourd'hui : la nouvelle capacité des réseaux de passeurs à activer après avoir été décapités et l'application des accords bilatéraux portant sur le rapatriement des migrants clandestins.Abla Chérif - Alger (Le Soir) - La première question se pose avec insistance puisque l'on sait que l'une des armes premières utilisée par tous les gouvernements successifs pour tenter de réduire cette migration illégale par la mer n'était autre que la lutte contre les réseaux de passeurs. Ce commerce très lucratif né dans des moments de grand malaise éprouvé, en particulier, par la jeunesse algérienne, a toujours été perçu comme étant l'élément clé pouvant mener vers un meilleur contrôle des mouvements migratoires et il a focalisé de ce fait toutes les démarches entreprises pour juguler le phénomène. Entre 2016 et 2018, une véritable chasse aux « passeurs » a été déclenchée et lancée à travers toutes les zones potentiellement concernées et il en a découlé des arrestations et des mises hors d'état de nuire des principaux réseaux. L'analyse des résultats diffère ici, une baisse sensible des harragas a été observée entre 2019 et le milieu de l'année 2020, mais elle a coïncidé avec la naissance d'un mouvement populaire revendicatif et porteur d'espoir à l'époque.
La reprise du phénomène a lieu à la mi-année 2020 mais offre cette fois un spectacle encore plus désolant que les précédents. Les nouveaux migrants offrent leur vie à des passeurs amateurs qui acheminent leurs « clients » à bord d'embarcations incapables de résister à la longue traversée de la mer. Des décès sont à déplorer. Ils alourdissent la longue liste des victimes de la harga, plus de 200 morts en trois ans, selon les spécialistes. La courbe de la harga connaît une nouvelle baisse à cette époque, mais elle repart à la hausse depuis quelques semaines. Le beau temps n'est pas la seule explication à cette situation.
Les experts en flux migratoire affirment avoir observé une nette opération de développement mise en place au niveau des réseaux de passeurs. L'un d'eux, Hacène Kacemi, nous fait savoir qu'il y a désormais y compris « utilisation de jet-ski, ce qui permet une traversée maritime rapide et en plus grande sécurité que celle qu'offrent les anciennes embarcations de fortune. Ils ont des moyens très sophistiqués». Il y aurait de plus, apprend-on, une nouvelle approche chez les passeurs qui ont établi des liens avec leurs pairs tunisiens. « Les passeurs algériens conduisent les harragas à mi-chemin (vers des passages tunisiens) et des passeurs tunisiens poursuivent le voyage .»
Le coût de la traversée a, lui aussi, doublé en quatre ans : environ 800 000 DA contre 450 000 DA en 2016. Le coût élevé de la traversée ne freine pas les harragas. Un regain d'activité est également observé à l'ouest du pays, remarque Hacène Kacemi. Almeria, ville espagnole proche de l'Andalousie, semble constituer le nouveau port d'échouage des harragas. La presse espagnole se fait depuis plusieurs jours l'écho de l'arrivée de migrants algériens dans cette ville.
Le phénomène pose problème. Le 16 mars dernier, une nouvelle réunion UE-Maghreb qui s'est déroulée au Portugal recommandait une nouvelle fois la mise en place d'un meilleur contrôle en Méditerranée. La question du rapatriement reste, cependant, en suspens. Des informations émanant de sources proches du dossier affirment que des démarches avaient pourtant été lancées peu de temps avant la dégradation de la situation sanitaire à laquelle est confrontée la planète. Des délégations algériennes chargées d'établir une liste de harragas se sont déplacées dans les pays concernés par le phénomène. La mission principale de ces dernières consistait à vérifier l'authenticité des déclarations de nationalité faite par les migrants.
Les listes établies par l'OIM ne peuvent pas être prises en compte dans le cas présent, nous dit-on, dans la mesure où cette organisation enregistre les nationalités déclarées sans procéder à une vérification. « Ce n'est pas leur rôle », nous explique-t-on. « Beaucoup de personnes qui arrivent par voie maritime se font passer pour des Algériens, après vérification on retrouve parmi eux des Tunisiens, des Syriens, des Marocains et même d'autres nationalités », affirment nos sources. « C'est un travail très long d'enquête car l'Algérie ne peut pas rapatrier des personnes d'autres nationalités, mais tout s'est arrêté avec la pandémie, il y a risque sanitaire actuellement .»
A. C.
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