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"Les nationalistes sahraouis méritent d'être écoutés"



Alors que le diplomate américain, Christopher Ross, a repris son bâton de pèlerin, la question de la décolonisation du Sahara Occidental continue de faire l'objet de réflexions, qui ont de plus en plus de mal à faire abstractionde la réalité sahraouie et de la détermination d'un peuple à renouer avec la liberté.C'est dans ce cadre que s'inscrit le mémoire de master intitulé "De la Sahraouité comme projet politique", qui a été présenté en septembre dernier dans une université européenne, l'université suisse Basel. Dans cette étude "socio-historique", le Suisse Basil Fahrlaender s'intéresse particulièrement à la question de "l'émergence d'une conscience nationale supra-tribale" au Sahara Occidental.D'emblée, l'auteur de l'étude rappelle, dans son introduction, le caractère "non autonome" de l'ancienne colonie espagnole, en référence au droit international. "Selon l'ONU, il (le territoire sahraoui, ndlr) relève dès lors encore et toujours de l'épineuse thématique de la décolonisation", soutient-il, non sans préciser que depuis 1991, les Nations unies cherchent à y organiser un référendum d'autodétermination, "pour déterminer son statut définitif".Dans ce cadre, Basil Fahrlaender évoque la question à poser aux Sahraouis, lors de la consultation référendaire, qui est de savoir si l'on est pour l'indépendance du territoire ou pour son intégration au royaume du Maroc.Une question qui, plus de deux décennies après, tarde à être posée aux premiers concernés ! Pour le titulaire du master en sociologie, "définir la population électorale de manière à satisfaire l'ensemble des parties prenantes paraît totalement impossible".Pourtant, la bataille autour du corps électoral ayant éclaté dans les années 1990, les reniements marocains et les "blocages" créés par l'occupant, reconnus y compris dans les rangs onusiens, montrent la partie du conflit qui cherche à rendre "impossible" la tenue du référendum d'autodétermination du peuple sahraoui.La Rasd, un projet abouti"L'objet de cette étude est la société sahraouie elle-même, ou comment celle-ci s'est constituée et dotée d'une identité nationale", prévient l'auteur, en nous invitant à comprendre "les causes et les origines" de l'émergence de la conscience nationale supra-tribale chez les Sahraouis. Outre les clarifications "terminologiques" ou "conceptuelles", l'étude en question revient sur le débat théorique contemporain relatif à la genèse des nations et au nationalisme.Puisant "largement" dans le contexte "particulier" des années 1960/70, elle se penche sur ce qui a trait à la conscience nationale sahraouie et aux acteurs nationalistes, sans négliger l'approche de l'"appareil étatique en exil" : la République arabe sahraouie démocratique (Rasd). Basil Fahrlaender est convaincu que "la sahraouité se réfère à la population du Sahara Occidental" en opposition au concept "saharien" qui, lui, "sous-entend un lien avec le Sahara en général". Par ailleurs, il est persuadé que le nationalisme sahraoui renferme une dimension "fondamentalement politique", qui l'inscrit donc dans une "historiographie particulière".Cette dimension, explique-t-il, "lui est régulièrement refusée par les adeptes de la version marocaine, qui tendent parfois à le criminaliser, souvent à en faire un instrument de la politique extérieure algérienne". Plus loin, l'auteur soumet une analyse sur le nationalisme sahraoui, qu'il qualifie d'"idéologie politique nouvelle" ayant des "implications" tant politiques que sociales au sein de la population du Sahara Occidental. Une analyse montrant aussi que la longue lutte sahraouie "pour l'indépendance nationale", depuis la colonisation espagnole, jusqu'à l'invasion, puis la colonisation marocaine, en passant par la trahison de Madrid (accords tripartites du 14 novembre 1975) et l'acceptation, par Rabat, de partager le territoire sahraoui avec la Mauritanie (fin 1975-1979), "continue encore aujourd'hui".Selon lui, le projet national sahraoui (Rasd) semble "plus abouti que jamais" et il faudra dès lors composer avec cette "identité nationale, forte et porteuse d'un projet politique révolutionnaire". "Les anciennes métropoles coloniales et les nouvelles puissances régionales avaient tout simplement fait leurs calculs, sans tenir compte de la volonté de cette population", observe le Suisse Fahrlaender, dans sa conclusion. Pour ce dernier, il est difficile de nier "l'importance du Polisario" et celle de "la sahraouité (qui) sous-entend une adhésion à des valeurs et un contrat social particulier, en rupture avec la société traditionnelle". Les "nationalistes sahraouis méritent d'être écoutés", appuie-t-il.H.A.


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