Alger

Les Mots de la guerre d?Algérie



L?historien Benjamin Stora (auteur d?une vingtaine d?ouvrages sur l?histoire coloniale de l?Algérie et réalisateurs de plusieurs documentaires) propose dans Les Mots de la guerre d?Algérie (1) 200 entrées « pour dire ce qu?a été ce conflit si particulier où se sont affrontés militaires français et indépendantistes algériens, mais aussi adversaires et partisans de l?Algérie française, ou militants divisés de la cause nationaliste algérienne ». « Une guerre qui, même si elle s?achève officiellement avec la proclamation de l?indépendance de l?Algérie en 1962, n?en finit pas d?alimenter combats, débats et polémiques. » « Surtout au moment où l?actualité de cette époque continue d?exercer ses effets, puissants, dans les deux sociétés, française et algérienne, je me suis attaché à évoquer tous les groupes porteurs de cette mémoire qui saigne encore : pieds-noirs et harkis, soldats ou immigrés, porteurs de valises du FLN et activistes de l?OAS, Algériens partisans ou adversaires du FLN », explique-t-il en préambule. Ainsi, à titre d?exemple, l?historien décrit l?action psychologique de la puissance coloniale comme étant « des stratégies de propagande largement déployées, en particulier par des unités spécialisées de l?armée française ». Benjamin Stora précise que les services d?action psychologique et d?information générale sont institués en 1956 et dirigés par le colonel Lacheroy. Ces « cinquièmes bureaux » sont créés en 1957, ainsi que des centres d?instruction psychologique comme le centre d?antiguérilla d?Arzew. Autre entrée pour comprendre la guerre d?Algérie, l?Agence France Presse, ancienne agence Havas, devenue agence d?Etat. L?AFP se développe de manière importante pendant cette période. « Ce qui témoigne de la forte influence des médias pendant ce conflit et de la volonté de l?Etat de se lancer dans la bataille de diffusion de l?information pendant cette période. Face à la puissance de l?AFP, les Algériens tardent à réagir et lancent quelques mois avant l?indépendance, pour relever la bataille inégalitaire de l?information, l?APS (Algérie Presse Service)...Travaillant avec des moyens rudimentaires, utilisant la ??ronéo??, animée par une poignée de militants, son premier grand reportage sera rédigé lors des négociations algéro-françaises à Evian, le 18 mars 1962. » Benjamin Stora signale que le terme « barbouze » apparaît à la fin de la guerre et sert à désigner « les hommes des réseaux gaullistes qui combattent les activistes de l?OAS ». Concernant les camps d?internement, Benjamin Stora rappelle qu?à partir de 1955, la police et l?armée françaises prônent l?assignation à résidence des militants nationalistes algériens. « Des camps d?assignation sont mis en place en Algérie en vertu de la loi du 16 mars 1956. » Des dizaines de milliers d?Algériens se trouvent ainsi mis dans des camps, sans jugement, à Bossuet, Saint-Leu, Lambèze. La loi du 26 juillet 1957 permet d?étendre à la France les dispositions fixées par la loi dite des « pouvoirs spéciaux ». Par ailleurs, la décision de procéder aux regroupements des populations musulmanes est prise dès la fin 1955 par les préfets responsables du maintien de l?ordre. Il s?agit des camps de regroupement. D?abord appliqué dans l?Aurès, le procédé s?étendra à l?Ouarsenis, puis à toute l?Algérie... « Ces déplacements sont de véritables traumatismes pour la population, qui se voit enlevée à ses terres. Près de deux millions de paysans algériens ont été ainsi déplacés, selon un rapport (confidentiel) établi en 1960 par Michel Rocard, alors haut fonctionnaire. » Concernant le travail des historiens, l?auteur souligne que « la perception qui se dégage actuellement à propos de la guerre d?Algérie est celle de la sortie de l?oubli. Elle tient à l?émergence d?un travail historique qui s?effectue en deux temps. D?abord la recherche de la mémoire. L?enjeu est de taille : seule une réappropriation consciente des mémoires permet de reconnaître le passé comme le passé, c?est-à-dire de ne plus le vivre comme présent. En ce sens, le travail de l?historien sur l?Algérie n?est pas forcément exempt d?une certaine visée cathartique. En second lieu, il faut attendre que tous les documents de cette guerre soient accessibles, qu?une nouvelle génération de chercheurs, non directement engagés dans les combats de l?époque, émerge. Ce passage du témoignage à la critique historique, de la politique à l?histoire, s?effectue actuellement... Ce travail sur l?histoire reste cependant délicat. Il exige qu?on tienne ensemble tous les points de vue : de la France sur l?Algérie, et de l?Algérie sur la France, de l?Algérie sur elle-même et de la France sur elle-même, qu?on en revienne à l?avant-guerre d?Algérie (la période de la conquête coloniale), qu?on poursuive à l?après-guerre, les blessures sont, malgré elles, en miroir l?une de l?autre, et cette réticence à se voir dans la souffrance de l?autre complique le travail de mémoire. » Benjamin Stora signale que de nouvelles générations d?historiens (Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche, Lydia Aït Saâdi, Marie Chominot, Tramor Quemeneur, Malika Rahal, Linda Amiri) ont commencé à relever ce défi. (1) Les Mots de la guerre d?Algérie par Benjamin Stora, éditions Presses universitaires du Mirail (novembre 2005)
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