Alger - A la une

Les mille misères d'un tramway



Mais qui est donc cet étranger dans la ville' Ce n'est autre que le tramway d'Alger, un moyen de transport en commun qui parvient difficilement à se frayer un chemin le long d'un parcours de 23,2 km entre le quartier du Ruisseau (Hussein Dey) et celui de Dergana (Bordj El Bahri).Après sa mise en exploitation, dès 2011, il n'est pas encore tout à fait intégré comme moyen de transport urbain de choix par les citoyens, du moins les récalcitrants aux règles d'usage et de cohabitation les plus élémentaires avec ce véhicule, mis, pourtant, sur rails afin de rendre meilleur le quotidien du peuple. En 2022, le tramway d'Alger est souvent outragé, brisé, martyrisé au fil des jours, au fil des stations.
Caillassages et jets de pierres
Si le phénomène des inondations a trouvé des solutions et est quasiment maîtrisé, «le facteur humain» et l'environnement corrosif, agressif, dans lequel évolue l'engin, posent encore problème.
Caillassages et jets de pierres occasionnant dégâts et blessures aux conducteurs, accidents aux tiers, violations répétées de la voie ferrée par les chauffards et les motards zélés, collisions suite au non-respect de la priorité... Ce sont là les éléments avec lesquels doit composer, au quotidien, le personnel du tramway d'Alger, au prix d'un énorme stress. Au chapitre «accidentologie tramways», le tramway d'Alger bat, ainsi, tous les records et affiche un taux de fréquence de sinistres deux fois supérieur à la norme internationalement admise. Le taux d'accidents sur site propre, c'est-à-dire sur la plate-forme du tramway incluant les installations et les stations réservées exclusivement au tramway, ont atteint un taux de 53%.
Le nombre d'évènements fâcheux évités de justesse demeure alarmant, avec pas moins de 721 freins d'urgence actionnés en 2021. Des inconscients qui se livrent au jeu de la mort avec le tramway et des accidents évités de peu sont de la sorte légion. La direction de l'exploitation du tramway d'Alger tire, désormais, la sonnette d'alarme sur une situation qui devient invivable, suite aux «comportements décalés» face à la machine. Elle attaque le chantier de la sensibilisation pour apprendre aux usagers à cohabiter avec ce moyen de transport. Les enfants des écoles sont ainsi les premiers à bénéficier de ces campagnes d'information en étant initiés aux règles d'usage les plus élémentaires et aux risques qu'ils encourraient s'ils venaient à prendre le «tram» pour une aire de jeu.
Associations et départements ministériels comme celui de l'Intérieur et des Collectivités locales, la police, la gendarmerie et la Protection civile sont également sollicités afin de donner davantage d'impact à ce type d'initiatives censées toucher un large public. Les réseaux sociaux sont, par ailleurs, mis à contribution à cette même fin. Le rôle des moyens de communication de masse dont la télévision apparaît, ici, pertinent.
Les médias lourds contribuent à l'oeuvre d'information des citoyens, ces derniers devant absolument prendre conscience des dangers inhérents au franchissement de certains espaces du tramway, et apprendre à cohabiter «pacifiquement» avec lui, le respecter et le sauvegarder, car c'est avant tout un outil de déplacement au service des...citadins.
Les conducteurs du tram sont, pour leur part, triés sur le volet et seuls les aptes sont appelés à piloter. Quelques élus accèdent à cette fonction, après avoir réussi une batterie de tests, notamment psychotechniques et ceux relatifs aux procédures de la sécurité ferroviaire.
En fait conduire un tramway est loin d'être une balade de santé, car il s'agit souvent de traverser la jungle urbaine. La facture des dégâts matériels dus aux incivilités explose, signale-t-on à la Setram d'Alger.
Les actes de vandalisme et autres incidents coûtent très chers en temps et en argent. La réparation d'un pare-brise fissuré prend toute une semaine, alors que son remplacement revient à plus de un million de dinars, indique-t-on à titre d'exemple. C'est dire l'impact des incivilités tous azimuts sur le Trésor public. «Tous les incidents qui touchent à la sécurité du tramway impliquent un temps d'immobilisation considérable, en sus des coûts supplémentaires liés à l'immobilisation de la rame, en heures et en main-d'oeuvre, pour corriger les défaillances et remettre la rame en exploitation», informe un employé de la Setram. À l'heure où nous mettons sous presse, trois trains sont à l'arrêt à cause d'impacts de pierres sur le pare-brise.
Quand il s'agit de ce moyen de transport spécial, c'est-à-dire le tramway, tout acte de malveillance se paye cash, en temps ou en argent. Dans tous les cas, c'est le contribuable qui paye de sa poche les errements des passagers «nuisibles» et des intrus au périmètre du tram. En somme, la règle est simple, inexorable: dans l'univers du tram, ce sont les bons qui payent pour les mauvais.
Les professionnels qui sont derrière le fonctionnement de ce moyen de transport en commun, veillent, en dépit des aléas, à la continuité et à la qualité de service.
Partir à l'heure
Une batterie de procédures et un système d'aide à l'exploitation sont là afin de répondre aux nombreuses et possibles situations d'immobilisation et dont l'origine est, à tous les coups, exogène. «Notre principale mission consiste à garantir la régularité du tramway. Ce dernier a un temps de marche fixe. Notre rôle est de nous assurer que le tramway parte à l'heure. Tout retard ne peut être causé que par des éléments externes», confie une source proche de la Setram et qui rappelle que le taux de régularité du tramway d'Alger a été, en dépit des contraintes, de 98% en 2021. En somme, le voyageur qui fait fi de la vigilance et du respect qu'il doit à ce bien public qu'est le tramway, se pénalise lui-même.
C'est ce que tentent d'expliquer les professionnels du tramway, dont la priorité consiste à assurer la qualité de service: «Pour des raisons de sécurité, la machine ne peut pas démarrer. Si une porte ne se ferme pas, la rame ne peut pas partir», insistent-ils en rappelant que les cas d'immobilisation sont divers et variés, allant du simple malaise qui s'empare d'un passager aux accidents aux tiers et autres incidents, sur la plate-forme.
Rebondissant sur le phénomène des incidents en cours de voyage, un autre intervenant de la Setram explique: «Lorsqu'une rame est en retard, cela impacte les autres rames par effet domino; cinq minutes de retard sont à multiplier par le nombre de rames, qu'il y a derrière. Si vous avez 10 rames c'est 5x10minutes donc 50 minutes de retard. Tout accident aux tiers va encombrer la plate-forme et met systématiquement le tramway en retard. Plus le voyageur respectera son moyen de transport, plus il en tirera profit».
En fonction de ce principe, toute immobilisation peut impacter l'ensemble des voyageurs. Ainsi, aux heures de pointe, lorsque 35 rames sont sur la ligne, à raison de 410 personnes minimum par rame, tout incident malencontreux peut pénaliser quelque 15000 personnes! est-il indiqué afin d'illustrer le lourd impact des actes inconsidérés.
En attendant, le tramway d'Alger poursuit son petit bonhomme de chemin dans un environnement qui reste par endroit corrosif. À la Setram d'Alger, les mots d'ordre restent les mêmes: sécurité et régularité.
L'entreprise n'a de cesse de sensibiliser sur les actes d'incivilité et ceux qui figent l'exploitation du tramway.
Festivités du 5 juillet
Des rames à l'heure
Suite au changement du plan de circulation automobile, à la faveur des festivités du 5 Juillet, le tramway d'Alger s'est révélé être un précieux allié, au quotidien. Nombreux sont, en effet, les citoyens qui ont préfèré acheter un billet de tram pour embarquer à bord d'une rame et éviter le trafic dense sur l'autoroute. Aux heures de pointe, les différentes haltes du tram ont connu une affluence record, ce qui n'a pas dissuadé pas les usagers à emprunter ce moyen de transport en commun. Ils sont d'ailleurs nombreux, entre jeunes et moins jeunes, à découvrir ces rames dont l'exploitation est assurée par la Setram, une société dont l'une des principales valeurs prend tout son sens présentement, à savoir l'attachement à l'intérêt général. «La Setram est une entreprise de service public, socialement responsable et solidaire aussi bien en interne qu'en externe», est-il en effet rappelé. Gageons qu'à la faveur de ce 5 Juillet, nombreux auront été les passagers qui adopteront durablement le tram comme moyen de transport de choix dans l'Algérois.
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