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Les milieux sportifs nous considèrent comme des académiciens et non pas comme des professionnels



Les milieux sportifs nous considèrent comme des académiciens et non pas comme des professionnels
Pourquoi le sport universitaire est-il resté dans l'ombre 'Il faut comprendre d'abord que cet institut est pratiquement nouveau. Il a été créé en 1981, il est donc récent. Ensuite, il est impératif de savoir ce qui se passe dans le milieu sportif national. Dans l'ancienne génération, les sportifs n'avaient pas fait de cursus universitaires. Ce n'est qu'avec nos enseignants actuels qu'est advenue une génération nouvelle, formée dans les différentes spécialités, et pas obligatoirement dans le sport. Et ce n'est que maintenant, avec nos étudiants, qu'une troisième génération de diplômés dans le domaine sportif a atteint le stade de doctorat, complètement issus de l'Institut des sciences mères, soit les sciences du sport. Actuellement, nous comptons des champions dans certaines spécialités, car l'institut commence à se faire une bonne réputation.Et les étudiants qui sont déjà inscrits dans des clubs savent qu'ils peuvent poursuivre des études supérieures dans la discipline sportive qu'ils aiment et pratiquent. Nous constatons un rush sur la formation sportive, car les jeunes, aujourd'hui, savent que c'est finalement une formation aboutissante. Au lieu de s'investir dans un autre cursus, comme le droit ou les sciences sociales, par exemple, le sportif sait qu'il peut maintenant poursuivre des études supérieures en sport, il a donc une motivation intrinsèque et une autre extrinsèque, qui lui permettent de construire un projet. Mais il faut dire qu'on en est juste au début. Il y a un chemin à parcourir et on n'est pas présents aussi dans les médias. C'est un autre travail à faire.Avez-vous signé des contrats de partenariat avec des entités économiques ou sportives pour les stages des étudiants ou le sponsoring des athlètes 'Nous n'en avons pas encore. Le sport universitaire est géré par la Ligue des sports universitaires, mais cette ligue ne nous aide en rien. Par exemple, pour la prise en charge des athlètes, y compris lors des compétitions, c'est souvent moi qui appelle les transporteurs, m'arrange et négocie avec le foyer universitaire pour la préparation des sandwichs. Dans la répartition du budget alloué à l'institut, il n'est pas prévu la prise en charge des athlètes, il y a donc un vide à combler dans ce sens.Notons toute- fois que nous avons des conventions signées avec le ministère de la Solidarité nationale pour le sport des handicapés et avec celui de l'Education nationale pour les élèves. On travaille avec ces établissements spécialisés et scolaires, comme les lycées et les CEM, où on envoie des stagiaires en fin de cycle de licence ou master pour travailler avec les enfants. De ce côté, les conventions fonctionnent bien, sauf qu'on rencontre parfois des difficultés à placer nos stagiaires, à cause du nombre important de nos étudiants et des capacités limitées des établissements d'accueil. Mais de mon côté, je voudrais bien aussi qu'on travaille avec les clubs. Je suis là depuis juin dernier, donc les accords se feront avec le temps.Pourquoi ces clubs sportifs, justement, ne se rapprochent-ils pas de l'université 'Ces liens n'existent malheureusement pas, et c'est bizarre. Il est vrai que ces dernières années, les enseignants ont été dominés par l'aspect purement éducatif. Donc, les milieux sportifs nous voient comme des académiciens et non pas comme des hommes de terrain. Pourtant, nous sommes tous dans le domaine et nous élaborons des diplômes parallèles avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, comme les Caf A, B et C (conseillers en football). Beaucoup de nos enseignants sont également des préparateurs physiques ou des entraîneurs dans des clubs. Moi-même j'ai travaillé dans le club de football féminin d'Alger-centre.On avait huit filles du club dans l'équipe nationale. Mais il faut savoir que ce n'est qu'un début. Ce n'est que dernièrement que nos enseignants ont commencé à intégrer ces clubs, et maintenant ce sont nos étudiants qui suivent cette démarche. Et ce n'est pas facile. Car, le domaine de l'entraînement est fermé par les anciens joueurs de l'équipe nationale.Ce sont eux à 99% qui occupent ces postes et ils ne veulent pas intégrer des académiciens issus de l'université. Pour ces anciens joueurs, qui voient la pratique sportive selon leurs anciennes valeurs, un universitaire va les harasser avec sa philosophie. Ils n'ont pas encore admis que le sport est actuellement une science et de la technologie.Dans le sport, on utilise désormais des appareils comme les myotests pour la quantification de l'entraînement, ou encore le lactatomètre, pour connaître le seuil de fatigue de l'athlète. Les anciens joueurs sont fermés à cette technologie, alors sentant le danger, et le retard accumulé, ils font tout pour empêcher les diplômés d'intégrer le terrain. On voit cela au niveau des fédérations et même des clubs. Mais heureusement, cela commence à changer.Car nos enseignants et étudiants se sont ouvert les voies et ils ont forcé le passage. Par exemple, les directions techniques des équipes nationales comptent un nombre important de nos enseignants. Ils ont enfin compris que le sport est une science et pas seulement la reproduction du vécu personnel. L'entraînement moderne est basé sur l'individualisation de l'entraînement. Et qu'actuellement le sport est aussi lié à la technologie. On est en retard par rapport à cela.Vous n'avez donc jamais été contacté par les fédérations sportives ou les clubs 'Il n'y a jamais eu de contact, même pas avec l'équipe nationale. Ils ont leur monde et on n'en fait pas partie. Ils sollicitent des compétences externes, alors qu'on en a ici et parmi les meilleurs qui ont fait leurs preuves ailleurs.Vous avez un cursus dédié au management sportif et quand on connaît les problèmes de gestion des clubs, il est logique que vous soyez sollicités pour cela. Des débouchés sont-ils offerts 'Exactement, c'est une formation en LMD, qui va jusqu'au doctorat. Pour cela, on fait appel souvent à des spécialistes des autres facultés ou universités, par exemple dans les domaines managérial, économique ou autres. Mais chez nous, le club n'est pas considéré en tant qu'institution. Ils fonctionnent selon la mentalité de «houma» : je suis l'ancien, c'est moi qui dirige. Ces gens ne croient pas en la compétence, c'est encore la légitimité historique. Ils n'ont pas encore intégré le fait que le club doit être géré comme une institution et comme une entreprise qui doit faire rentrer de l'argent.Cette logique économique, ils ne veulent pas l'intégrer. Ils fonctionnent encore avec la mentalité de la subvention de l'Etat et de l'aide. Dans nos clubs, vous trouvez souvent une personne qui fait tout. Elle est en même temps le magasinier, le manager, elle achète les joueurs, recrute l'entraîneur, etc. On est toujours dans la mentalité du «Beylek» et de l'assistanat.
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