Alger - Revue de Presse

Les manifestations, le nucléaire et la fille de Ben Laden



La violente répression des manifestants par les forces de l'ordre iraniennes est, aux yeux de l'ambassadeur, l'effet de montage de scènes médiatiques. Sans plus. «Le monde technologique a bien avancé, surtout dans le domaine du montage,» a-t-il dit. Il qualifie cette «avancée» de «guerre sans merci.» Rappelez-vous dit-il «quand France 24 avait passé une photo d'une personne qu'elle avait dit avoir été tuée dans les manifestations. Cette chaîne de télévision a présenté ses excuses, plus tard parce qu'elle a reconnu que c'était une Libanaise qui n'avait rien à voir avec les événements en Iran.» Il affirme que «les services de sécurité iraniens ne portent pas d'armes à feu sur eux pendant les événements. Toutes les personnes mortes sont l'effet d'un montage (...).» Cependant, l'une des morts -réelle, celle-là-a été l'oeuvre, selon lui, «d'un tueur qui est rentré à Londres 24h après avoir commis son crime. L'Iran l'a d'ailleurs réclamé pour le juger.» L'autre mort lors de la manifestation du 27 décembre dernier, continue-t-il de raconter, «ils ont tué le cousin de M. Moussaoui, ils l'ont fait pour justifier son combat.» Il conclut que «c'est un complot américain et anglais.» Pour lui, «si on dit un mensonge plusieurs fois, on arrive par y croire.» Ceci «à propos des vidéos projetées sur les sites Internet». L'arrestation du journaliste syrien a été opérée parce que fait-il savoir «le journaliste en question était au milieu des manifestants et n'avait pas de badge. Après vérification, il a été relâché.» Il assure que «nous sommes pour la démocratie surtout pour la liberté de la presse.

 Nous avons plus de 300 journaux qui écrivent, qui pour, qui contre le gouvernement. Il faut juste respecter la ligne rouge, chez nous c'est l'Islam !»

 Le groupe Moussaoui est, dit l'ambassadeur «proaméricain à 100% et a dépassé la ligne rouge. Chaque pays a ses lignes rouges, chez nous c'est l'Islam et le guide suprême est la ligne rouge absolue !»

 La manifestation pro Ahmedinadjed du 30 décembre dernier a montré, selon Abdi Abyaneh que «le peuple iranien a répondu à tous les protestataires, il n'y aura pas de changement de la ligne tracée par l'imam Khomeiny.» Il ne manque pas de noter que «M. Moussaoui a publié récemment le 17è point de vue dans lequel il a reconnu la légitimité de l'élection en déclarant en plus que le gouvernement doit accepter la responsabilité auprès du parlement et du pouvoir judiciaire.» Une issue à la crise ? L'ambassadeur semble ne pas trop aimer la question. «Pour éviter tout complot contre la vie de M. Moussaoui, on a renforcé sa protection,» a-t-il dit. Interrogé sur ce qu'il pense d'un dialogue politique entre le régime et les opposants, l'ambassadeur s'est contenté de dire qu'«en Islam, le dialogue a toujours existé.»

 A propos du dossier du nucléaire, l'ambassadeur d'Iran à Alger a déclaré «attendons que le Conseil de sécurité accepte la réalité et respecte les décisions des instances onusiennes comme l'AIEA avec laquelle nous avons accepté de travailler.» Il rappelle que la secrétaire d'Etat américaine a annulé récemment l'ultimatum pour une réponse iranienne. Il explique que si l'Iran a accepté l'enrichissement de quantités d'uranium par et dans des pays occidentaux, il veut qu'il soit assuré une confiance totale à cette opération, ils ne pourront pas fuir ainsi à leurs obligations.» Mais les choses semblent évoluer autrement puisque indique t-il que «ces pays ont avoué qu'ils vont retirer 3,5% d'uranium pour que l'Iran ne puisse pas faire la bombe atomique. C'est un complot ! On refuse donc ce marché et nous demandons à ce que cet enrichissement soit fait sur une île iranienne où 20% de l'uranium vont être transformés et 3,5 prélevés. Mais en Iran !»        Les négociations sont dit-il «toujours au niveau du oui et non.» Le ministre iranien des Affaires étrangères a toutefois fixé un ultimatum pour trancher la question. «Si dans un mois, ça ne sera pas fait, nous allons nous-mêmes commencer à l'enrichir, nous avons la technologie pour le faire,» déclare l'ambassadeur en lâchant que «je pense qu'il y a une bonne volonté et un espoir de classer l'affaire.»    En attendant, Abdi Abyaneh est convaincu que «la réelle menace pour les Occidentaux est l'Islam révolutionnaire. Ils pensent toujours aux croisades. Ils cherchent à supprimer l'Islam. Inchallah, Dieu va retourner leurs plans contre eux !» «L'Iran ne s'ingère pas dans les affaires internes du Yémen,» affirme, par ailleurs, l'ambassadeur qui pense que «ces affaires doivent être réglées entre le peuple yéménite». Il tient à ajouter que «l'Iran demande toujours à ce qu'il y ait des négociations.» Ce qui l'amènera à parler d'El Qaïda pour souligner que «du coup, les Américains découvrent qu'El Qaïda existe au Yémen. C'est pour avoir leur base militaire dans le golfe d'Aden ! Rappelez-vous que c'était l'ambassade des Etats-Unis à Alger qui avait prévenu sur des attentats de 2006 en Algérie. Comment le savait-elle?» Il est persuadé que «c'est parce qu'El Qaïda est une arme pour les Américains.» L'affaire de la fille Ben Laden lui fera dire que «bien pour des raisons d'ordre humanitaire, nous sommes prêts à faciliter sa sortie du territoire, à condition que les autorités saoudiennes nous donnent les documents d'identité de la personne.» A propos des nouvelles mesures de sécurité imposées par les Etats-Unis aux ressortissants de pays musulmans, il estime qu'«elles sont un acte contre l'Humanité, contre les droits de l'Homme.» Pensent-ils à la réciprocité ? «Nous sommes des humains, nous ne pouvons faire ça !» a-t-il répondu.


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