La première vieillit déjà dans sa vanité de départ. Empêcher les Algériens de rejoindre la capitale aurait déjà pu trouver son caractère dérisoire de ruse à la petite semaine : un peuple décidé de prendre son destin en main et entreprendre un combat aussi juste, aussi déterminé, aussi serein et aussi sûr quant à son aboutissement ne peut pas être arrêté dans son élan par l'entourloupette. Faute de mutation dans la manière d'appréhender les choses, le pouvoir n'a pas été loin pour réagir, il a pris ce qu'il pensait avoir fait ses preuves d'efficacité. L'interdiction légale faisant déjà rire en coin et impliquant une mesure politique qu'il ne pouvait pas se permettre en pleine tourmente, il fallait passer à la logistique «périphérique». Avec un minimum de clairvoyance, il aurait pu se rendre compte que même en mettant Alger «à l'abri» de l'immense insurrection populaire, les millions d'Algériens qui battent le pavé chaque vendredi dans le reste du pays suffisaient à atteindre le point de non-retour. Il a quand même persisté et le comble pour lui, c'est que même en recourant à ce procédé, l'échec a été à chaque fois cuisant. En l'occurrence, on aura remarqué qu'il n'y a pas eu une seule polémique sur le volume de la participation, tellement les chiffres ont perdu leur sens dès le début et ça s'est confirmé à chaque rendez-vous.La seconde est dans la façon dont été entreprises les interpellations pour corruption. Inaugurées avec Ali Haddad, dont on pensait peut-être qu'il était suffisamment emblématique dans le genre pour que son arrestation serve à rétablir la confiance, le moins qu'on puisse dire est que ça n'a pas été vraiment un exemple de réussite. D'abord parce que le «chef d'inculpation » a fait rire beaucoup de monde, ensuite parce que la proximité de Haddad avec les Bouteflika étant de notoriété publique, on attendait logiquement la «suite» qui n'est jusque-là pas venue. Mais que ce soit pour Haddad, Kouninef, Ouyahia, Loukal ou Rebrab, la grande question qui a fait douter de la sincérité de l'entreprise est ailleurs. Le discours de Gaïd Salah avait tout de l'injonction même s'il s'en défend, l'institution judiciaire ne peut pas devenir indépendante au réveil et beaucoup de ceux qu'on attendait au premier rang de l'opération ne sont pas encore inquiétés. Et par-dessus tout? l'essentiel : un pouvoir politique dont on attend le départ parce que précisément il est au c?ur de tous les scandales, a-t-il vocation à les combattre et les réparer '
La dernière enfin se décline dans les interrogations sur ce que cache cet entêtement à s'accrocher à un rendez-vous électoral dont tout le monde sait qu'il est chimérique. C'est d'autant plus énigmatique que même le chef de l'armée, dont on sait maintenant qu'il détient les manettes de la décision politique, a renoncé à ses certitudes du début, après avoir déchanté face à la situation. En parlant depuis une semaine d'une présidentielle «dans les plus brefs délais possibles», il semble avoir évacué la date du 4 juillet. Mais il semble aussi embarrassé à le dire clairement parce que cela l'amènerait à envisager les implications du report : la transition et les termes de la transition, dans sa forme et le choix de ses hommes. Une autre man?uvre comme les autres ' C'est en tout cas ainsi qu'elle est perçue, même s'il y a des choses plus nettes que d'autres. Les réponses de la rue, elles, restent au même niveau de limpidité.
S. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.lesoirdalgerie.com