Alger - A la une

Les lois et la vraie vie



Le président de la République a signé, le 17 novembre dernier, un décret validant «le protocole annexé à la convention générale» entre les gouvernements algérien et français sur les soins de santé en France pour les «ressortissants algériens résidents en Algérie». Signé le 10 avril 2016 dernier à Alger par Marisol Touraine, la ministre française de la Santé, et Mohamed El Ghazi, ministre algérien du Travail et de la Sécurité sociale à cette période, ce protocole avait d'abord été validé le 2 mars dernier par le Président français. Ces soins concernent, selon les termes de la convention, les «assurés sociaux» des régimes sociaux algériens, leurs «ayants droit» et les... démunis sans couverture sociale. En découvrant cela, beaucoup d'Algériens découvriront dans la foulée des «droits» qu'ils ignoraient mais ça ne leur donne pas pour autant plus d'illusions. Ça les rassure encore moins sur leur santé, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est en danger permanent, parfois en raison du plus banal des «bobos». Bien sûr, même si la «loi» devait être appliquée avec équité et justice, ça n'aurait quand même pas permis à tous les Algériens malades de pouvoir se soigner en France, l'évacuation d'un malade vers l'étranger relevant avant tout d'un avis médical et non d'une décision administrative. Mais nous sommes déjà dans la science-fiction. Parce que, si les choses étaient aussi simples et aussi... nettes, peut-être que ces accords avec la France sur la question auraient été superflus. Depuis toujours, il y a eu des dispositifs de prise en charge des malades algériens dans ce pays. Et ce n'est certainement pas la réduction des coûts que permettrait ce protocole qui va améliorer les choses en la matière. Si c'est vraiment le cas, parce que ce n'est jamais évident. Ce n'est pas le plus important pour autant. Pour saisir le fond de la question, il faut revenir à la... vraie vie. Loin des illusions d'optique et des plans tirés sur la comète, les Algériens savent à quoi s'en tenir : ils meurent avec la feuille de rendez-vous pour une séance de chimio ou de radiothérapie jaunie sous l'oreiller, sinon ils s'en remettent aux «bienfaiteurs» ou, quand ils ont de la chance, attirent l'attention de généreux bénévoles qui se mobilisent pour leur sauver la vie. En attendant de rendre l'âme ou d'être miraculés, ils subissent l'autre douleur, la plus insupportable de toutes : celle d'avoir le sentiment qu'il y a des vies plus importantes que d'autres, celle de devoir mourir parce qu'on n'a pas de «piston», celle de voir des gens aller se faire... vacciner contre la grippe à Paris, d'entendre dire que telle dame est partie accoucher en France pour que l'enfant obtienne la nationalité française en vertu du jus soli, que tous les ministres et autres autorités civiles et militaires se soignent «là-bas»... Ne leur demandez surtout pas de faire dans la nuance. Ceux qui se soignent à l'étranger sont pris en charge par la Sécurité sociale.Quand ils paient, il faut se poser des questions quant à l'origine de leur fortune. Alors ils souriront dans leur douleur, comme ils sourient à chaque fois qu'on a prétendu changer leur... vie par des lois.
S. L.
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