Le gouvernement algérien a décidé de doter chaque commune du pays d'une bibliothèque. C'est un méga-projet ambitieux et nécessaire.
Et, il est regrettable de constater tout de même que notre pays continue à marquer un fâcheux retard dans l'expansion de la culture à travers ces « temples du savoir». Nos populations, et plus particulièrement les jeunes, assoiffées de connaissances dans tous les domaines, de nouveautés, de modernité, attendent beaucoup leur ouverture. C'est un accès au savoir universel, à l'éducation, à la lutte contre l'analphabétisme et l'illettrisme. Quand on peut faciliter le rêve et la curiosité, on peut aider les gens à acquérir la culture.
«AÂ CHAQUE LIVRE, SON LECTEUR»
Les bibliothèques ne sont pas seulement un instrument de travail. Elles sont le conservatoire du patrimoine intellectuel de l'humanité. Elles doivent offrir leurs services à tous les lecteurs virtuels : chercheurs, érudits, membres du corps enseignant, citadins ou ruraux, adultes ou enfants désireux de se distraire, de s'informer ou de s'instruire, sans oublier les isolés, les itinérants, les malades, voire les délinquants et les prisonniers de droit commun.
Aujourd'hui, grâce aux facilités d'entrée de plus en plus grandes dans les bibliothèques publiques, grâce aux prêts interbibliothèques, grâce aux nouveaux procédés de reproduction, n'importe quel citoyen pourra obtenir soit la communication, soit la reproduction de n'importe quel livre. Il n'est pas jusqu'aux moyens audio-visuels, que des esprits chagrins considéraient comme les adversaires du livre, qui ne deviennent les auxiliaires des bibliothèques. Même si l'on se place du point de vue de leur utilisation, le chercheur en tirera un moindre profit s'il ne connaît, au moins dans ses grandes lignes, leur histoire et s'il ne sait comment s'est constitué, le prodigieux héritage que leur ont légué des générations d'érudits, de collectionneurs et de bibliothécaires. L'héritage du passé, c'est encore la grande tradition d'un accès libéral aux bibliothèques qui remonte à l'Antiquité.
LES BIBLIOTHEQUES DE LA PERIODE ANTIQUE
«Souvent, j'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abimes du passé, comme l'insecte qui flotte au gré d'un fleuve sur quelque brin d'herbe ».
Honoré de Balzac
 Le mot bibliothèque est apparu en Grèce. Mais avant l'antiquité grecque, il y avait déjà en Mésopotamie et en Egypte de véritables bibliothèques renfermant les unes des tablettes d'argile, les autres des rouleaux de papyrus. Sur le fronton de la bibliothèque de Thèbes étaient gravés les mots « Médecine de l'Ame ». Le plus noble idéal était donc déjà proposé, voici plus de 2000 ans, à la cité des livres. En Mésopotamie où l'on a retrouvé du matériel de bibliothèque qui remonte au IIIe millénaire avant J-C, les Sumériens et les Assyriens traçaient les caractères cunéiformes dans l'argile encore molle, avant de la sécher au soleil ou de la faire cuire dans un four, comme une brique.
 Les temples de Babylone et de Ninive l'assyrienne avaient leurs ateliers de copistes qui alimentaient les bibliothèques. La plus importante d'entre elles que l'on ait exhumée est celle du palais de Ninive qui remonte au VIIe siècle avant J-C. vingt mille tablettes, ou fragments, découverts par les archéologues anglais sont conservés au British Muséum. Leur traduction parlait d'astronomie, des sciences, de mathématiques et de médecine.
 Les Egyptiens en substituant aux tablettes babyloniennes lourdes et encombrantes, des rouleaux de papyrus ont réalisé un immense progrès dont devaient bénéficier les Grecs et les Romains. Parmi les bibliothèques égyptiennes, on peut citer celle de Karnak et du temple de Denderah, de Thèbes. Celle d'Edfou est la mieux conservée, et sur l'un de ses murs figure le catalogue des livres sacrés, comme celle de la tombe 33, nécropole près du site funéraire de Deir El-Bakari sur la rive gauche du Nil.
 La première bibliothèque publique d'Athènes datait de 330 avant J-C. Elle renfermait les oeuvres de Sophocle et d'Euripide. Le rayonnement de la Grèce dans le domaine des lectures publiques s'exerce en Egypte, en Asie Mineure et surtout à Rome. La bibliothèque d'Alexandrie est fondée par le roi Ptolémée I en 247-285 avant J-C., succédant à Alexandre Le Grand, avec la collaboration d'Aristote. Agrandie par son fils Ptolémée II, elle rassemble le plus grand fonds du monde antique.
 Pour toutes ces tâches colossales, Egyptiens, Grecs, Hébreux, Perses, les plus grands esprits du monde y étaient réunis : Eratosthène qui calcula le diamètre de la terre avec précision, Aristophane auteur du lexique, ancêtre de nos dictionnaires. Trois incendies successifs entre 47 avant J-C et 640 de notre ère ont été fatals à ses 700.000 volumes.
 Les fouilles archéologiques à Rome dans les villes de l'empire comme Ephèse et Timgad, d'innombrables références aux auteurs classiques permettent de reconstituer l'aspect extérieur et la vie de ces bibliothèques qui, au IIe siècle de notre ère, relevaient d'un directeur général, le procureur des bibliothèques et constituaient « un service public géré par un personnel d'Etat ». Elles étaient alimentées par des ateliers de copistes dirigés par des libraires éditeurs. Elles se composaient de magasins à livres et d'une salle de lecture.
 Avant la fin de l'Antiquité, le papyrus est concurrencé par une matière nouvelle, le parchemin (peau d'animal préparée pour l'écriture) qui doit son nom (pergamineum) à la ville de Pergame de Mysie, colonie grecque située au nord-ouest de la Turquie. Cette ville fut un centre actif de fabrication. Sa bibliothèque de 200.000 volumes était célèbre.
 La substitution du cahier au rouleau a sans doute pour origine l'imitation du diptyque grec, formé de deux tablettes de bois recouvertes de cire. Son emploi constitue un progrès important, car il est beaucoup plus facile de feuilleter un livre que de dérouler un volume, et l'on peut écrire sur les deux faces de la feuille de parchemin beaucoup moins fragile et plus durable que le papyrus.
 C'est à partir du IVe siècle que l'usage du codex de parchemin se généralise au détriment du papyrus.
 Il coïncide avec la disparition des grandes bibliothèques antiques, victimes des guerres et du fanatisme du IVe et Ve siècle.
LA LECTURE PUBLIQUE URBAINE
«Il faut, à certaines heures, que l'homme soucieux, anxieux, tourmenté, se retire dans la solitude et qu'il ouvre un livre pour y chercher un principe d'intérêt, un thème de divertissement, une raison de réconfort et d'oubli».
Georges Duhamel
 La bibliothèque «Nationale» a pour fonction traditionnelle de recueillir et de communiquer la totalité de la production nationale imprimée généralement acquise soit par la voie du dépôt obligatoire, soit grâce à la contribution volontaire des imprimeurs. Elle possède en outre, dans la plupart des cas de précieuses collections de manuscrits et d'ouvrages rares et anciens. Enfin, les moyens officiels puissants dont elle dispose, lui donnent d'une part la possibilité d'acquérir l'essentiel de la production étrangère d'autre part, de gérer certains services d'intérêt commun au bénéfice de l'ensemble des bibliothèques. Les bibliothèques publiques, organismes polyvalents, ne peuvent, certes, limiter leur activité au service de l'érudition et de la culture. La période contemporaine a vu se développer autour de la bibliothèque «centrale» de véritables «réseaux». Elle dirige un réseau de bibliobus urbains qui dessert les quartiers et banlieues. On peut à peu près consulter quotidiens, annuaires, livres de cuisines ou journaux de modes et à laquelle on téléphone sans hésitation pour recueillir les renseignements.
 La bibliothèque comporte également une section musicale très développée avec discothèque, cabines d'écoute et studio de travail, un auditorium, une section enfantine qui est séparée par une cloison vitrée du monde des adultes, une autre annexe, consacrée aux aveugles, qui possède des ouvrages et de périodiques en Braille, sans oublier les «livres parlants». La plus grande bibliothèque du monde, celle de New York, a fourni de bonne heure le modèle de ces établissements qui s'installèrent au coeur même de la vie quotidienne de citadins privilégiés avec leur «référence division» (salle de consultation et d'information) et leur «lending division» (service de prêt), offrant au savant aussi bien qu'au lecteur en quête de distraction des ressources quasi inépuisables. Londres possède de florissantes bibliothèques. Par exemple la « Centrale de Westminster » qui constitue également le noeud d'un réseau dont les éléments sont, d'une part un théâtre, une salle de spectacle, de conférence, de cinéma, de concert ou d'exposition et d'autre part les autobus aménagés en bibliothèques. Service social au plein sens du terme, elle dessert intra ou extra-muros les hôpitaux et les prisons aussi bien que les quartiers résidentiels.
 La Russie compte environ 400.000 bibliothèques, soit une bibliothèque pour 3100 habitants. Le fonds global était dans les années 80 de 3,3 milliards de volumes. En France, la bibliothèque Nationale, successivement royale, impériale et nationale, l'une des plus grandes du monde, conserve le patrimoine français, riche de fonds anciens précieux pour la culture universelle qu'on trouve aussi dans les autres bibliothèques de réputation internationale telle que la bibliothèque de l'Arsenal, la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque historique de la ville de Paris, de Versailles, la bibliothèque du conservatoire des Arts et Métiers, la bibliothèque publique d'information du Centre National d'Art et de Culture Georges Pompidou à Beaubourg...
LA BIBLIOTHEQUE D'ALEXANDRIE
«La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens de siècles derniers».
Descartes
 En 1989, l'Etat égyptien lance le projet d'une nouvelle bibliothèque, réalisation pharaonique édifiée sur l'emplacement même de l'ancienne cité de lecture de Ptolémée. Financée avec les soutiens du programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), de l'UNESCO et de plusieurs pays arabes et européens, la nouvelle bibliothèque d'Alexandrie est inaugurée en Octobre 2002. Avec 240.000 ouvrages trilingues (arabe, anglais, français) elle devrait à terme en accueillir 10 millions. Avec sa salle de lecture de dimensions gigantesques, elle se veut avant tout au service des Egyptiens. Plusieurs musées et centres d'exposition y sont intégrés dont un musée des sciences, un musée des antiquités, un planétarium, un centre de connexion internet, une salle de conférence de 3000 places.
LA LECTURE PUBLIQUE RURALE
«Les livres nous charment jusqu'à la moelle, nous parlent, nous donnent des conseils et sont unis à nous par une sorte de familiarité vivante et harmonieuse».
Pétrarque
 «10 bibliothèques à réaliser» (Quotidien d'Oran du 03/06/2007). El-Khroubs, O. Rahmoun, H. Bouziane, Didouche Mourad, Zighoud Youcef, Beni-H'midène, Ibn Ziad, Boudjeriou, Benbadis. Celle d'Aïn Smara, vient d'être achevée. Il reste les agglomérations excentrées, éparpillées dans l'arrière pays. Une classe d'école peut y être transformée en salle de bibliothèque après la sortie des élèves. L'instituteur en sera le bibliothécaire et l'animateur. Elle est ouverte aux élèves, aux anciens élèves, à leurs parents et aux membres des associations scolaires. Cette salle serait en même temps musée adapté aux besoins de la région. Les parois seraient ornées par des gravures, des photographies, des tableaux de propagande pour un principe d'hygiène (slogans de sensibilisation), de préservation de la faune et de la flore, de reboisement, de lutte anti-drogue, anti-tabac, anti-incendie, de prévention contre les accidents...
 Les livres sont prêtés sur place. Ainsi le manuel passant de mains en mains, fournira de précieuses occasions d'échanges d'idées entre le maître et les lecteurs. La bibliothèque est placée sous sa surveillance. Elle est administrée par un conseil composé du Président de l'APC ou de son adjoint (Président) de l'enseignant (Secrétaire - Trésorier) et de trois membres. Le comité rédige le règlement de la bibliothèque, (journées et heures de réception et de prêts) organise la fête de fin d'année scolaire (distribution des prix, chants, chorales, théâtre...), approuve le budget et le compte de gestion, dresse la liste des ouvrages à acquérir. La commune doit fournir les registres et l'armoire-bibliothèque.
 Des subventions et des concessions de livres sont accordées par l'Etat sur listes de propositions dressées par les directeurs de l'Education. La bibliothèque centrale au chef-lieu de la wilaya peut participer par des prêts en y affrétant des bibliobus, ces bibliothèques circulantes qui viendront déposer à l'école livres et albums pour enfants.
«Que nous sert de lire ? Sinon de ne plus nous ennuyer»
Ronsard
*Directeur D?école En Retraite
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelhamid Benzerari*
Source : www.lequotidien-oran.com