«Notre couleur, c?est notre douleur», déclarait un jeune Français d?origine marocaine à la journaliste qui l?interrogeait, le 9 novembre 2005 sur France 3, à propos des événements de Clichy Sous-Bois.Cette formule résume à elle seule tout le désarroi des jeunes des cités confrontés à la banalisation du racisme tant sur le marché du travail que sur le plan du logement social ou des loisirs. Un constat que vient de confirmer l?étude conduite par Dominique Meurs, Ariane Pailhé et Patrick Simon (1) dont les résultats rejoignent ceux obtenus en 1991 par le sociologue Eric Maurin qui concluait déjà à cette époque à la montée en force de la «spirale de la précarité» qui frappe en premier lieu la main-d?oeuvre d?origine étrangère. Il calculait un risque de chômage supérieur de 79% pour les Maghrébins par rapport à la référence française et, inférieur de 49% pour les Portugais. Près de vingt ans plus tard, la situation ne s?est guère améliorée. «Les déterminants de cette surexposition à la perte ou à l?absence d?emploi ne relèvent pas tous, poursuit Patrick Simon et al., des caractéristiques personnelles, que ce soit la formation initiale, l?origine sociale, l?âge ou la composition familiale. Toutes choses égales par ailleurs, les écarts atteignent des niveaux impressionnants en ce qui concerne les immigrés d?origine non européenne, et restent élevés pour les deuxièmes générations d?origine maghrébine ou africaine». Ainsi, les jeunes issus de l?immigration maghrébine souffrent d?un handicap, celui d?être d?origine non européenne, et combien même ils possèdent la nationalité française et les diplômes nécessaires, ils sont confrontés, sur le marché du travail, à une véritable difficulté celle d?accéder à un emploi. A cette question des origines, un jeune d?origine algérienne, interrogé dans le cadre de notre enquête (2), a le sentiment que son origine algérienne pose problème:«Bien que citoyen français, on me renvoie toujours à mes origines ethniques... A chaque fois que je recherche un emploi ou que je me présente à quelqu?un on me demande si je suis Algérien, Marocain ou Tunisien. Moi je suis né ici, je suis Français mais dans la tête des Français finalement il n y a aucune différence. Tu es un Arabe, ils te regardent comme quelqu?un qui n?a rien à faire ici, tu es en plus, et de ce fait tu acceptes ton sort. Ils nous dénigrent même cette appartenance de français de seconde zone... J?ai l?impression de revivre le scénario de la colonisation et de la guerre d?Algérie... Comment voulez-vous croire alors au modèle français d?intégration républicaine comme ils disent quand on est systématiquement situé en fonction de la couleur de sa peau, de l?intonation de son nom ou de son accent». (Patron d?une petite entreprise de transport, 37 ans). Dans le même ordre d?idées, un autre jeune avocat, que nous avions interviewé, nous confie qu?«il avait envoyé près de deux cents demandes de candidature» et qu?il «n?a obtenu que deux entretiens». D?une voie traduisant la déception, il s?explique en disant ceci: «il m?était impossible de trouver un stage à ma sortie de l?école des avocats; j?ai envoyé une centaine de demandes pour effectuer un stage avec un avocat, je n?ai reçu aucune réponse favorable». La création de son cabinet d?avocat est ici salvatrice, une sortie de tunnel pour ne pas dire des «ténèbres» car rien ne le disposait à créer son «entreprise» si ce n?est la menace de la précarité et du chômage, aggravée, comme il dit, par un contexte social de banalisation de la discrimination touchant essentiellement les populations issues de l?immigration maghrébine. La discrimination touche également beaucoup de jeunes apprentis sortis des centres de formation professionnels (CFA) qui se voient refuser des stages et ont du mal à trouver un employeur pour finaliser leur contrat. Parfois, note l?un des jeunes entrepreneurs interviewés, cette discrimination se joue dès les premières démarches pour s?inscrire dans un CFA. «Pour m?inscrire dans un CFA, il fallait que je trouve un employeur qui accepte de me prendre en apprentissage. Le CFA vous fournit une liste de patrons à contacter mais c?est à vous de vous débrouiller pour trouver un employeur. Quand vous habitez le 93 ou Sarcelles et que vous vous appelez Ali ou Mohamed, je peux vous dire que le parcours du combattant commence déjà à cet âge où l?on essaye d?entrer dans le marché du travail. Au début, on se culpabilise mais quand on se rend compte que les jeunes recalés du quartier sont pratiquement tous issus de l?immigration maghrébine ou africaine, alors là on se pose vraiment la question».
Trouver un stage ou un emploi: un parcours du combattant
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Madoui *
Source : www.lequotidien-oran.com