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Les Italiens pleurent un grand patriote



Les Italiens pleurent un grand patriote
Il menait une vie retirée et discrète depuis quelques années. Devenu arrière-grand-père, ce Toscan, originaire de Livourne, ancien résistant antifasciste, nommé sénateur à vie en 2006, s'est éteint dans une clinique romaine à l'âge de 95 ans.Formé à l'école normale de Pise, cet économiste est entré tard dans la vie politique du pays, lorsqu'il avait été nommé président du Conseil italien durant la période très mouvementée des scandales de Tangentopoli.Ciampi s'est retrouvé aux commandes d'un pays qui devait affronter les conséquences de l'opération anticorruption manipulite, qui avait éclaboussé plusieurs responsables et ministres italiens. Celui qui avait dirigé la Banque centrale italienne pendant 14 ans n'entretenait de liens avec aucun parti politique, ce qui le rendait parfait pour le rôle de chef d'un Exécutif technocrate qui devait mener le pays aux élections législatives.Devenu ensuite ministre du Trésor dans le gouvernement de gauche de Romano Prodi (1996) et après de Massimo d'Alema, il fut le cerveau qui a mis en place la stratégie financière qui a permis à la péninsule de réduire ses dettes afin de correspondre aux critères de Maastricht et de rejoindre le groupe des membres de l'Union monétaire. En 1999, Ciampi fait l'unanimité parmi les partis politiques qui le désignent comme chef de l'Etat, mission qu'il accomplit avec une dignité et un patriotisme qui réconcilièrent les Italiens avec leur pays.Malgré sa formation technique, il était cordial, humble et doté d'une grande ouverture sur le monde et sur l'Afrique en particulier. Durant le sommet du G8 tenu à Gênes (Ligurie) en 2001, il avait tenu à y inviter des chefs d'Etat africains les installant à la table des décideurs des grandes puissances.Il avait également un grand sens de l'appartenance méditerranéenne de l'Italie. L'histoire de Ciampi avec l'Algérie commence dès 1990, lorsque le chef de gouvernement de l'époque, Mouloud Hamrouche, le reçut ; c'était le premier gouverneur d'une Banque centrale d'un pays industrialisé à se rendre à Alger, pour soutenir les réformes économiques que le pays avait entrepris.Treize ans après, en janvier 2003, celui qui était devenu président de la République italienne se rendit de nouveau à Alger, pour une importante visite officielle de deux jours qui vit la signature du traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération entre les deux partenaires méditerranéens. L'Algérie venait de sortir de la décennie rouge, durant laquelle le pays avait subi un lourd isolement international.Et cette visite d'un chef d'Etat de l'Union européenne arrivait comme un baume sur le moral des Algériens. Dans son discours au Parlement, il avait eu des mots d'estime et d'encouragement pour les Algériens : «C'est le moment d'aller de l'avant, d'accomplir un saut de qualité et de quantité? Les Italiens croient et ont cru en l'Algérie.Un demi-siècle s'est écoulé depuis que Enrico Mattei avait prévu une liaison organique entre les ressources énergétiques de l'Afrique du Nord et les capacités industrielles et d'entreprise de l'Italie. Le gazoduc Transmed, qui bénéficie aujourd'hui à nos deux pays, a donné raison à cette vision audacieuse et réaliste en même temps.Nos sociétés n'ont jamais quitté le pays, même dans les moments les plus difficiles.» Durant son septennat, lorsqu'il nous avait reçus en tant que membre du Conseil de la presse étrangère à Rome, il m'avait demandé en me serrant la main : «De quel pays êtes-vous '» Et quand je lui ai répondu : «Je suis Algérienne !» son visage s'était illuminé d'un sincère et large sourire et il s'était exclamé, affectueusement : «Ah, l'Algérie?»
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