
Le FLN a profité de la venue de journalistes, pour couvrir le discours de De Gaulle, pour donner l'ordre aux Algériens de sortir protester et montrer ainsi au monde entier les brutalités policières et c'est ce qui s'est passé. » Ahmed Bedjaoui, maître de conférence à l'université d'Alger et expert en cinéma, indique que c'est à partir du congrès de la Soummam que les dirigeants du FLN ont compris qu'il fallait internationaliser la révolution : « Les Abane Ramdane, M'hamed Yazid ou Abdelhafid Boussouf, ont décidé qu'il faudrait gagner la bataille des images. » Et c'est justement en cette année de 1956 que deux reporters américains, Herb Greer et Peter Throckmorton, vont changer le cours de l'histoire : expulsés une première fois par l'armée française, ils reviennent en Algérie, précise M. Bedjaoui, grâce aux responsables du FLN qui les ont fait entrer clandestinement en Algérie pour filmer et photographier durant cinq mois les moudjahidine dans les maquis, leurs quotidiens et les batailles : « Un film de 10 minutes est passé sur la chaîne américaine NBC, l'impact est immédiat car quelques semaines après, Kennedy, qui était alors sénateur, a prononcé un discours sur l'Algérie. C'est à partir de ce document visuel que les Américains ont remplacé le terme terrorisme par résistance » note M. Bedjaoui. L'orateur regrette cependant le fait que plus de cinquante ans après l'indépendance, le cinéma algérien n'ait pas encore couvert, comme il se doit, la révolution. A l'exception de quelques productions, les films réalisés depuis l'indépendance « sont malheureusement hollywoodiens sans profondeur et sans réflexion, ils commencent et se terminent pas une bataille. Ce sont des films de guerre et non sur la révolution. Au lendemain de l'indépendance, c'est le décor rural qui a dominé le cinéma algérien. Il fallait attendre la fin des années 1970 pour qu'enfin on parle du rôle déterminant de la ville dans la révolution. Le premier film qui mettait en scène une ville, c'est Omar Gatlatou. Je regrette que pour le cinquantenaire de l'indépendance, la France ait produit cinquante films sur l'Algérie, tandis que nous, nous en avons réalisé zéro ! » Concernant l'adaptation du roman de Yasmina Khadra Ce que le jour doit à la nuit par le réalisateur Alexandre Arcady, M. Bedjaoui considère que c'est plus une reconstitution d'un passé nostalgique, et qu'Arcady a voulu montré son propre regard, un peu français. A ce sujet, il dira : « Contrairement à ce que montre ce film, moi je n'ai aucun souvenir d'Algériens et d'Européens qui sortent ensemble. En dehors du lycée, chacun était dans son coin ». L'expert en cinéma considère, par ailleurs, que le temps est venu pour passer le flambeau aux jeunes. « On ne peut pas rester éternellement nostalgiques d'une certaine époque, j'aimerais bien qu'on donne la chance aux jeunes pour qu'ils expriment leur point de vue sur la révolution algérienne. Le problème, c'est qu'aujourd'hui les moyens sont mis à la disposition des réalisateurs, mais la qualité n'y est pas. Cela commence par la réouverture des salles de cinéma et il faut aussi privatiser le secteur et laisser les professionnels travailler, sinon on n'aura jamais de films de qualité » conclut M. Bedjaoui.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kais Benachour
Source : www.horizons-dz.com