La charte pour la paix et la réconciliation nationale n'a pas réglé les problèmes engendrés par la tragédie nationale. Les membres des familles des victimes des disparitions forcées l'ont rappelé une nouvelle fois.
Ils étaient, en effet, plusieurs dizaines à venir commémorer, à leur manière, le septième anniversaire de la promulgation de cette «charte de la honte». Ils ont réussi à faire entendre leur voix en organisant, hier, un rassemblement à Alger-Centre. Soutenus par des représentants des ONG nationales, les mères et les parents des victimes ont réussi, en effet, à braver l'interdit et à manifester dans un endroit stratégique à proximité de la Grande-Poste. «Nous voulons rappeler aux citoyens que cette charte, conçue pour être un remède à la tragédie nationale, n'a pas cicatrisé la plaie béante ouverte par des années de violence», lance un des manifestants. «Sept années se sont écoulées depuis la promulgation de la charte pour la paix et la réconciliation nationale, qui a privé toutes les victimes de leur droit à la justice et à la vérité. Malgré l'intimidation et le harcèlement que les familles et parents des disparus ont subis tout au long de la décennie noire et pendant les années suivant la promulgation de la charte, ces derniers n'ont pas baissé les bras et ont continué leur combat par des sit-in hebdomadaires, des rassemblements pacifiques et diverses manifestations au niveau national et international», explique l'association SOS disparus, initiatrice de cette action.
Les contestataires ont réussi à déjouer la vigilance des policiers dépêchés, en nombre, sur les lieux pour les contenir. Ils ont pu manifester sur la route principale menant vers la Grande-Poste. Entamée vers 10h, l'action s'est poursuivie jusqu'à environ 13h. Trois heures, durant lesquelles les mères et les parents des victimes ont scandé, en ch'ur, leurs slogans contre la réconciliation nationale et réclamant la vérité et la justice. «Justice internationale, la nôtre nous a trahis !» et «Disparu soit patient, Dieu est au courant de tout», lancent les protestataires. Munis de haut-parleurs, les responsables de l'association ont scandé des slogans contre le général à la retraite, Khaled Nezzar, et le président de la Commission nationale pour la promotion des droits de l'homme, Farouk Ksentini. Le rassemblement ne s'est pas déroulé sans incident. Dans un premier temps, les policiers se sont contentés de former un cordon de sécurité pour empêcher les protestataires de marcher dans la capitale.
Après quelques minutes de contestation, ils (les policiers, ndlr) ont précédé à l'arrestation de jeunes représentants de certaines ONG.
Plusieurs arrestations et un photographe malmené
Parmi les personnes interpellées, il y avait même l'ex-n°2 du FIS dissous, Ali Benhadj, qui s'est invité, pour la première fois, au rassemblement des familles des disparus. Aussitôt arrivé, l'ex-islamiste radical a été arrêté et conduit loin de la foule. Les photographes de presse qui ont tenté d'immortaliser l'action ont été malmenés. C'est le cas de Hamdi Khaled, photographe au quotidien Saout El Ahrar, qui a été pris à partie par les policiers qui lui ont même cassé son appareil. Les jeunes interpellés n'ont été libérés que plus tard dans la journée. A l'occasion de ce rassemblement, les responsables de SOS disparus ont rendu public un communiqué dans lequel ils se réjouissent de la visite prochaine d'un groupe de travail onusien sur les disparitions forcées.
Mais les familles de disparus restent sceptiques concernant la volonté du gouvernement de rouvrir le dossier. «L'Algérie est prête à accueillir le Groupe de travail sur les disparitions forcées (GTDF) onusien. Or, les familles demandent à ce que le GTDF puisse mener sa mission en toute liberté et sans condition», lit-on dans le même communiqué. Les familles des disparus appellent également les autorités à ratifier la Convention internationale contre les disparitions forcées, signée le 6 février 2007. «Nous n'acceptons aucun compromis qui porte entrave à notre droit à la justice et à la vérité sur les conditions de disparition des milliers d'Algériens», affirme-t-on dans le même document.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Madjid Makedhi
Source : www.elwatan.com