« Je cherche un bon comptable!». «Je veux recruter un responsable pour lacommunication». «Je n'arrive pas à trouver des commerciaux». Des phrases quel'on entend souvent de la part les chefs d'entreprises. En effet, recruter et trouver des co mpétences n'est pas une tâche facile dans notre pays.Confrontées à la désorganisation du marché du travail, les entreprises privéeset publiques sont touchées de plein fouet par la rareté des compétences et ladétérioration de la qualité de l'enseignement dans les universités et lescentres de formation professionnelle.Pourtant, l'Algérie affiche un taux de chômage élevé: plus de 12% selonle gouvernement et un peu moins de 30%, selon des estimations non officielles.Le chômage touche particulièrement les jeunes de moins de 30 ans: on parle d'untaux de 75%. Logiquement, l'équation est facile à résoudre: il suffit de puiserdans les longues listes de chômeurs pour satisfaire les offres d'emploisémanant des entreprises. En théorie, cela devrait marcher, mais ce n'est pas le cas en pratique: les offres d'emplois des sociétés netrouvent pas parfois preneurs lorsqu'il s'agit des nouveaux métiers de lafinance, au marketing, en passant par la communication. Même dans les vieuxmétiers comme la maçonnerie, l'électricité, le coffrage, le ferraillage, lesentreprises peinent à recruter. «Les métiers difficiles n'attirent pas lesjeunes», remarque un chef d'entreprise dans le bâtiment. Pour les nouveauxmétiers, nécessaires aux exigences de l'économie de marché, les entreprisespeinent à trouver l'oiseau rare. Pourtant, sur le papier, le marché de l'emploiest bien organisé: il est calqué sur le modèle français, avec une Agencenationale de l'emploi (ANEM), censée jouer un rôle clé pour rapprocher lesentreprises des demandeurs d'emplois. Les chômeurs sont invités à s'inscrire auniveau de cette agence pour trouver du travail. Pour recruter, les entreprises,privées et publiques, sont obligées de déposer officiellement leurs offres auniveau de l'Anem qui répond avec une liste decandidatures. Ensuite, l'entreprise effectue les entretiens d'embauche,nécessaires au recrutement. Mais parfois, les candidats envoyés par l'Anem ne répondent pas aux conditions de l'employeur.L'entretien d'embauche ne se déroule pas comme prévu, l'entreprise peutdemander une autre liste de chômeurs inscrits à l'Anemet refaire l'opération. Si l'Anem n'a pas les bonscandidats, l'entreprise est autorisée à recruter directement sur le marché. Du coup, le passage obligé par l'Agence nationale de l'emploine résout pas le problème. Parfois, il lecomplique. Des entreprises se plaignent des profils des candidats envoyés parl'Anem et des pertes de temps occasionnées par lesentretiens d'embauche non concluants. Pourtant, les chômeurs inscrits au niveaude l'Anem passent un premier test au niveau del'agence. But: permettre aux responsables de l'Anemde vérifier les informations fournies par le candidat dans son CV. En plus, lesnouveaux diplômés et les chômeurs d'une façon générale ne passent pasautomatiquement par l'Anem. Certains préfèrent joueren solo. Pour beaucoup, le recrutement dans notre pays est une affaire «depiston» et de relations. Et ils n'ont pas vraiment tort. On imagine mal le filsou la fille d'un haut responsable «faire la queue» au niveau de l'Anem et attendre un hypothétique emploi. C'est compliqué etaléatoire. Du coup, l'Anem se retrouve le refuge deschômeurs «sans piston» et une boîte d'enregistrement pour «les pistonnés».«Lorsqu'on veut recruter, on envoie le candidat à l'Anempour ramener le quitus. On n'a pas de grosses difficultés pour trouver ce qu'oncherche», confie le patron d'une PME spécialisée dans le mobilier. Le bureau demain-d'oeuvre accepte, en effet, d'intervenir a posteriori pour régulariser desentreprises qui ont recruté indirectement. «La régularisation est autoriséelorsque l'Anem n'a pas le profil demandé parl'entreprise. Ça se fait en une semaine», assure un responsable de l'Anem. Les demandes d'emploi conditionnées par l'expérienceet des qualifications élevées et rares sont en quelque sorte exonérées de laprocédure officielle de recrutement. Dans ces cas, les employeurs sontautorisés à recruter directement sur le marché. Conçue pour organiser le marchéde l'emploi, l'Anem est censée assurer l'accès àl'emploi sans aucune discrimination. Mais cette mission n'est pas facile à tenir.Les difficultés rencontrées par les entreprises pour recruter ne sont en faitque la partie émergée de la désorganisation du marché de l'emploi dans notrepays. Car le mal est profond. Les difficultés de recrutement freinent la croissance des entreprisesdans un contexte de profondes mutations économiques. Trouver les bonnescompétences est un casse-tête permanent pour les chefs d'entreprises. Tous lessecteurs sont touchés. Toutes les spécialités sont concernées. Les juniorsfraîchement diplômés rechignent à travailler avec des salaires peu attractifs.«Le salaire est la seule chose qui intéresse un demandeur d'emploi», regrettela directrice des ressources humaines dans une entreprise privée. Fini le tempsde l'apprentissage. Selon des témoignages de chefs d'entreprises, les jeunesd'aujourd'hui veulent en général de gros salaires. L'expérience professionnelleest reléguée au second plan ! «Même dans les pays développés, les entreprises ont des soucis avec lesjuniors. Ils s'adaptent difficilement aux conditions de travail del'entreprise», affirme un directeur des ressources humaines d'un grand groupeprivé. En Algérie, cela s'est aggravé avec le manque de formation des juniors:dégradation de la qualité de l'enseignement et formations peu adaptées auxbesoins de l'entreprise. Les juniors sont parfois séduits par le gain facile dumarché de l'informel, prospère dans notre pays. Conséquence, les entreprises seméfient des nouveaux arrivés et tardent à leur offrir les formationsnécessaires. Toutefois, les entreprises commencent à prendre au sérieux leproblème du manque de compétences et de main-d'oeuvre. De plus en plus depatrons misent sur la formation pour sortir de la crise. Mais cette stratégie,les entreprises l'appliquent la peur au ventre: les cadres algériens changentsouvent d'entreprise à la recherche de meilleurs salaires. Cette infidélitépèse lourd dans les politiques de ressources humaines dans les entreprises.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Hamid Guemache
Source : www.lequotidien-oran.com