Il y a une année exactement, le mardi 21
juillet 2009, le président Bouteflika laissait pantois les membres du Conseil
des ministres qui devaient adopter la très controversée loi de finances
complémentaire pour 2009. Il venait de biffer d'un geste la disposition qui
prévoyait l'effet rétroactif dans la nouvelle répartition du capital des
sociétés étrangères dédiées à l'importation. Tout le monde se souvient que
cette disposition qui prévoit de réserver 30% du capital à un partenaire
algérien pour tout nouvel investissement étranger dans le domaine de la
«revente en état» en Algérie, était extensible aux entreprises étrangères
importatrices déjà existantes. Un effet rétroactif qui a provoqué de nombreuses
récriminations dont la plus tonitruante restera le courrier adressé au ministre
algérien du Commerce par la baronne Catherine Ashton alors commissaire
européenne au commerce extérieur.
Une année plus tard des remontées d'informations attestent que
l'effet rétroactif touche insidieusement les entreprises étrangères déjà en
place en Algérie avant la LFC 2009 et avant même les deux circulaires de Ahmed
Ouyahia de décembre 2008 qui annonçaient le nouveau cadre réglementaire de
l'investissement étranger. Circonstance amplifiante du phénomène, l'effet
rétroactif agirait pour toutes les entreprises étrangères et pas seulement pour
celles qui, comme les concessionnaires automobiles, ont «échappé» à
l'obligation de trouver des partenaires avant le 31 décembre 2009. C'est en
tout cas une interprétation particulièrement zélé de la loi par le CNRC (Centre
national du registre du commerce) qui a remis en scelle l'effet rétroactif sur
les IDE en 2010.
Un simple changement d'administrateur…
Plusieurs témoignages concordants au sein
d'entreprises étrangères affirment qu'il «est devenu impossible de changer quoi
que ce soit dans les statuts d'une société étrangère anciennement présente en
Algérie sans être invité par le CNRC à se mettre en conformité avec la loi de
finances complémentaire de 2009.» C'est-à-dire de céder 51% ou 30% du capital,
selon la nature de l'activité, à un partenaire algérien. «Nous avons renoncé à
changer un membre du conseil d'administration, lorsque la résolution a été
portée sur les statuts chez le notaire et qu'il a fallu en faire mention sur le
registre de commerce, le CNRC nous a affirmé que nous tombions sous le coup de
la LFC 2009 et que dans ce cas il fallait cherchait un partenaire algérien à
51%. Nous avons bien sûr annulé la résolution et nous attendons de savoir si le
CNRC applique une directive ou s'il a choisi d'interpréter librement la loi»
raconte un cadre algérien dans une entreprise européenne du secteur de
l'engineering électrique.
Le CNRC semble considérer tout amendement
porté sur un registre de commerce d'une société étrangère comme l'émanation
d'un nouvel investissement… qui est rattrapé par le 51%-49% et le 30%-70%.
Paralysie dans la création de filiales
Siemens SPA, une autre société étrangère
implantée en Algérie depuis toujours, va changer de siège social dans les
prochaines semaines. Un avocat d'affaires se disait, en marge d'une récente
journée d'étude organisée par les allemands de AHK sur les exportations hors
hydrocarbures, curieux de voir si le CNRC va également refuser de porter un tel
changement au registre de commerce sans le préalable d'une «mise en
conformité». Il va sans dire, devant une telle évolution, que la création de
filiales pour les entreprises étrangères présentes en Algérie antérieurement à
2009 ne peut que conduire à l'application des dispositions de la LFC 2009:
«l'interprétation inverse est tout aussi valable. Une entreprise étrangère déjà
immatriculée au CNRC devient un acteur de droit algérien, son investissement
s'il est financé par le produit de son activité dans le pays n'est plus un
nouvel investissement étranger. Les filiales sont une simple extension externe
d'entités juridiques déjà en place» estime le même avocat d'affaires. La
soumission des filiales à «l'effet rétroactif» du 51%-49% aurait bien déjà
provoqué le renoncement - temporaire ? - à plusieurs naissances de filiales
d'entreprises étrangères. C'est notamment le cas dans le secteur de la finance.
Des sociétés d'investissement, des bancassurances, des sociétés de leasing,
sont autant de filiales dans les cartons des banques étrangères en place mais
dont la soumission, non encore tout à fait claire il est vrai, à l'effet 51-49
reporte de fait la mise en Å“uvre. De même que la filiale assurance vie de GAM,
détenu depuis 2007 par le fonds d'investissement ECP, pourrait ne pas naître,
comme prévu initialement à la fin de l'année 2010, si elle devait tomber sous
le coup de la LFC 2009 et de la recherche de partenaire algérien.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Kadi Ihsane
Source : www.lequotidien-oran.com