
Il est tragique que les vrais enjeux du pays ne fassent pas l'objet de débat«On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l'a créé.» EinsteinDans la torpeur de ce début de novembre insolite où la température est de 6° au-dessus de la normale, 19 personnalités, à l'instar des 22 de la Révolution, prennent leur courage à deux mains et toute activité cessante par ailleurs, prennent les Algériens à témoin qu'ils ont - pour l'Histoire - attiré l'attention du président sur la situation délicate et dangereuse que vit le pays. Louable initiative que celle de s'occuper du destin de ce pays dans un contexte géopolitique de plus en plus menaçant.Morceaux choisis: «Le renoncement à la souveraineté nationale par notamment l'abandon du droit de préemption de l'Etat, la déliquescence des institutions de l'Etat au moment où le niveau des menaces extérieures est si élevé, la substitution d'un fonctionnement parallèle, obscur, illégal et illégitime, au fonctionnement institutionnel légal ou encore la grave dégradation de la situation économique et sociale qui frappe la majorité du peuple algérien à laquelle sont apportées des réponses inquiétantes de la part des autorités du pays augurant de l'extrême précarisation des plus vulnérables tout en livrant le pays, ses richesses, ses capacités aux prédateurs et aux intérêts étrangers et l'abandon des cadres algériens livrés à l'arbitraire, aux sanctions partiales, en violation des lois et règlements de la République et des procédures légales dans un climat d'oppression.». C'est une «démarche citoyenne collective, ses auteurs issus d'horizons politiques divers sont seulement liés par leur patriotisme et leurs craintes par rapport aux derniers développements économiques, économiques et sociaux, très préoccupés à propos des graves conséquences, graves sur notre cohésion nationale, la stabilité et la souveraineté nationales». «Nous ne visons aucun poste ni privilèges. Nous ne visons les postes de quiconque. Nous nourrissons juste de légitimes craintes quant au devenir de notre pays.» Cela rappelle à s'y méprendre L'appel du premier Novembre réalisé par des trentenaires intègres qui voulaient combattre un système. Non seulement ils n'ont jamais cautionné ou demandé quelque chose en échange, mais leur sacerdoce est qu'ils sont allés jusqu'au sacrifice suprême pour une Algérie indépendante. Il est utile tout d'abord, pour la clarté des débats, de connaître les dynamiques profondes qui animent les signataires de cet appel, Ces honorables personnalités s'intronisent avocats de l'Algérie profonde représentée par ces 40 millions d'Algériennes et d'Algériens qui, si, d'aventure, ils devaient leur demander d'intercéder- le feraient,surtout, pour une demande de visibilité pour leur avenir et de leur tracer un cap vers le futur.S'il n'y a pas de monopole du coeur ou de l'amour du pays, on peut s'interroger cependant, pourquoi un rassemblement aussi disparate et qu'ont ces honorables personnalités en commun' Pourquoi maintenant début novembre pour créer dans l'imaginaire des citoyens un amalgame' J'observe que ces personnalités confortablement installées dans la vie n'ont pas intervenu pour des problèmes majeurs qu'a connus le pays comme l'attaque de Tiguentourine. Est-ce parce qu'ils craignent pour la santé du président qu'ils veulent prendre à témoin de ce qui se passe sans qu'il n'ait été au courant' Louable initiative mais incomplète et en tout cas qui ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau car c'est une initiative en apesanteur qui n'a aucun ancrage social si ce n'est celui donné par des médias complaisants. Je n'ai naturellement aucune réponse à ces interrogations. La crainte d'un abandon de souveraineté est légitime et l'argument de la préemption que l'on avance qui pourrait faire craindre un désarmement de l'Etat au profit d'une oligarchie prédatrice par des mécanismes inavouables, l'Algérie a connu cela. Il est vrai en effet, que «l'avant-projet de loi de finances 2016 introduit la possibilité pour les investisseurs étrangers de contourner le droit de préemption de l'Etat algérien en cédant leurs participations dans les entreprises algériennes via la Bourse d'Alger. Dans l'article 54 de l'avant-projet de loi de finances 2016, «le recours à toute cession de parts ou de participation de l'offre publique d'entrée en Bourse pour la cession par des résidents au profit de non-résidents ne sont pas soumis à la procédure de préemption ou d'autorisation de l'Etat ou de ses démembrements. Le gouvernement vise à «accroître l'attractivité du marché de capital investissement algérien et lever les fonds destinés au financement des entreprises algériennes». Elle contribuera aussi à «dynamiser le marché financier en diversifiant l'offre de titres d'autant plus qu'il est réservé aux seuls investisseurs nationaux». Le crédo «néolibéral» actuel étant de faciliter à tout prix l'investissement étranger, pourquoi cracher dans la soupe. Faut-il alors en conclure que le vrai Bouteflika, que Mme Toumi connaît bien, est si hostile au néolibéralisme, qu'il n'aurait jamais avalisé, s'il avait tous ses esprits, cette «mesure d'abandon» néolibérale, prise avec la complice neutralité des médias dit «indépendants»»' (1)Le désarmement tarifaire nous l'avons déjà connu avec l'Accord avec l'Union européenne et à l'époque il n'avait pas soulevé d'objection mis à part les réactions d'universitaires - j'en suis du nombre- et d'un parti politique. Souvenons-nous aussi en 2004-2005, le ministre de l'Energie avait proposé une loi qui donnait la part belle aux compagnies étrangères et dépossédait de ce fait l'Algérie de ses ressources qui sont ses seules défenses immunitaires. Je me souviens qu'à l'époque, nous n'étions pas nombreux à protester et à clamer notre indignation. La loi fut finalement changée dit-on grâce à une intervention providentielle extérieure. Quand il s'est agi enfin, de développer les gaz de schiste qui auraient pu compromettre définitivement l'avenir du Sahara et de ses habitants, peu nombreux étaient là encore, les personnalités à s'impliquer pour donner raison aux habitants de In Salah.Les méfaits du libéralisme: les vrais problèmes du paysEn tant que modeste professeur -fonction que j'essaie de mériter en permanence- qui a consacré sa vie entière à la formation de l'élite du pays, je serai curieux de savoir ce que les honorables proposent comme alternative autre que celle de voir le Président. Ils doivent certainement savoir quels sont les vrais enjeux du pays. Pourquoi n'utilisent-ils pas leur aura et leur respectabilité à proposer une vision de sortie de crise apaisée qui ne fait pas dans les effets d'annonce qui sont sans lendemain. J'aurai aimé que ces dignes personnalités s'occupent de cette jeunesse en panne d'espérance et lui tracent une perspective. Du fait que votre poids politique vous permet cette liberté de langage contrairement aux besogneux que nous sommes et qui n'ont pas les faveurs des médias qui continuent encore et toujours à déifier le «politique au détriment du scientifique». Pour rappel, ce que j'ai dit quand j'ai été consulté par la Présidence, à propos de la Constitution tient toujours et plus que jamais... Le nouveau siècle nous commande de faire émerger à côté des légitimités historiques d'autres légitimités, celles de la connaissance. J'avais en conclusion de l'entretien dit que qu'il fallait dimensionner une Constitution non pas pour le présent avec ses contradictions mais pour le futur. Le gros problème de ceux qui nous dirigent ou qui ont été aux affaires à une époque donnée est qu'ils pensent qu'ils ont - politique oblige- qu'ils détiennent, eux seuls, la solution pour le pays, que les jeunes sont immatures et que tout doit se ramener à eux. Dans les pays qui se respectent, les hommes et les femmes politiques sont des justiciables comme les citoyens lambda, ils doivent rendre compte. Je souhaite que cette initiative ne soit pas un effet d'annonce et que cette inquiétude légitime soit le début effectif d'une dynamique où réellement la parole soit donnée à ces 40 millions d'Algériens en panne d'espérance et qui attendent un messie. Naturellement, il y a une formalité pour ces «sauveurs de l'Algérie»; il sera nécessaire pour avoir les suffrages de cette Algérie profonde de montrer qu'ils sont clean et qu'ils ont toujours servi sans rien demander en retour car les jeunes à travers les réseaux seul espace d'expression où ils peuvent s'exprimer seront sans pitié pour tous ceux qui ont des arrière-pensées L'Occident ne se contente pas d'imposer sa vision du monde à la fois par la science et la force, il s'attaque depuis quelques années aux identités. Au moment où même dans les pays occidentaux et à des degrés divers les nations luttent pour ne pas perdre leur identité, les pays du Sud sont en train de perdre leurs dernières défenses immunitaires. Cette désymbolisation du monde mise en évidence par le philosophe Dany Robert Dufour professeur au Collège de France est en train de pénétrer en profondeur le tissu social. Le néolibéralisme vise à la ruine des instances collectives mais aussi et surtout la culture en ce qu'elle a de plus structurant et de ce que nous pensions être pérennes.Cette lutte pour l'identité est illustrée à titre d'exemple, par le fait suivant: des chercheurs d'une grande université japonaise de passage à Alger, lors d'une conférence à l'Ecole Polytechnique, ont présenté des robots très évolués représentant des poupées japonaises millénaires. Leur savoir-faire a été mis au service de la pérennité des traditions pour qu'elles ne tombent pas dans l'oubli. Cet exemple édifiant est à méditer, notamment dans notre pays où le ministère de la Culture devrait s'occuper de la mémoire de ce peuple au lieu de sacrifier à des modes sans épaisseur et malheureusement sans lendemain. A juste titre, la mondialisation et le néolibéralisme peuvent être tenus pour responsables de cette débâcle planétaire. L'individu n'ayant pas d'alternative laïque éprouve le besoin d'un retour à des «valeurs sûres» qui lui font retrouver une identité ethnique, voire religieuse. Le retour du religieux et le besoin «d'âme» de l'individu, quelle que soit sa latitude est, à bien des égards, un indicateur de l'errance multidimensionnelle. Cette nouvelle religion «matérialiste» est basée sur le libéralisme sauvage que d'aucuns appellent le «moneythéïsme». Dans ce troisième millénaire, avec une mondialisation-laminoir dimensionnée pour les plus nantis, quelles que soient d'ailleurs leurs latitudes, les capitalistes des pays du Sud sont d'ailleurs les plus «négriers». La frontière de l'inégalité n'est plus seulement entre les Etats en général, mais aussi entre les hommes. Le monde vit au rythme de la terreur et non pas à celui de l'apaisement. A côté de l'errance identitaire fruit d'une madonalisation des cultures et du résultat d'un autisme étatique qui ne veut pas reconnaître les spécificités sans pour autant proposer une utopie fédérative, à savoir qu'est-ce qu'être Algérien au XXIe siècle, une autre servitude prend en charge le jeune Algérien. C'est l'asservissement au marché, au libéralisme sauvage. Par ailleurs, on peut citer pour couronner cette errance le développement de l'individualisme, la diminution du rôle de l'Etat, la prééminence progressive de la marchandise sur toute autre considération, le règne de l'argent, la transformation de la culture en modes successives notamment importées du Moyen-Orient ou de l'Europe, l'exhibition des paraître, la désinstitutionalisation sont en définitive, autant d'éléments qui contribuent à l'errance de l'individu qui devient, de ce fait, une proie et partant une victime du néolibéralisme. La fameuse «perte de repères chez les jeunes», induite par la précarité de la vie temporelle et spirituelle, n'a alors rien d'étonnant: ceux-ci expérimentent une nouvelle condition subjective dont personne, et sûrement pas les responsables de leur éducation, ne possède les clés.Un autre défi: l'errance de nos jeunes et la facebookisationIl est illusoire de croire que quelques leçons de morale à «l'ancienne» même chez nous où la tradition et la religion tentent encore de maintenir la structure sociale, pourraient suffire à enrayer les dommages causés par le libéralisme. La valeur symbolique, est ainsi démantelée au profit de la simple valeur monétaire de l'homme devenue marchandise de sorte que plus rien d'autre, aucune autre considération (culturelle, religieuse...), ne doit l'entraver. On sait que l'Occident, espace repu a bâti son développement sur les Sud épuisés et incapables de suivre le mouvement de la science et de la haute technologie. Il fut une époque où la population d'un pays était en principe son plus sûr garant contre les agressions extérieures. Ceci n'est plus vrai, la sécurité d'une nation ne dépend plus du nombre mais de la maîtrise de la technologie. Le salut est dans le qualitatif et non dans le quantitatif. Comment le jeune peut-il s'y retrouver' il expérimente des techniques qui lui permettent de garder hors de l'eau des stratégies d'évitement en attendant des jours meilleurs et dans ce cadre les réseaux sociaux, sont à la fois un facteur d'apaisement, mais aussi un facteur d'effritement identitaire' L'internaute voyage, navigue sur la Toile, constitue des réseaux à la fois intra et extra muros, bref un citoyen qui n'a qu'un lointain rapport avec l'avenir du pays du fait qu'il n'est ni consulté ni instruit sur les dangers de l'avenir. C'est dire si cette initiative, au risque de me répéter, ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau et il est tragique que les vrais enjeux du pays ne fassent pas l'objet de débat au sein de thinks tanks où les partis pourraient y prendre de la graine qu'ils se doivent, de mon point de vue de préparer sereinement l'alternance apaisée pour le bien de ce pays. Si je devais actualiser mon message au Président, -j'ai tout de même-les mêmes droits que ces honorables personnes à m'adresser au président- mon voeu le plus cher est que la nouvelle Constitution soit dimensionnée pour une Algérie du futur fascinée pour l'avenir qui puisse permettre l'avènement d'autres révolutionnaires capables de mettre Un premier novembre 2.0 où il ne sera pas impossible d'avoir un président ou un Premier ministre dans la quarantaine ou la cinquantaine comme cela se fait partout. Mattéo Rienzi en Italie est devenu Premier ministre à 39 ans. Obama président des Etats-Unis à 46 ans. Le nouveau Premier ministre canadien élu il y a une semaine a 43 ans. La boutade d' Einstein: «On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l'a créé» est à méditer. Il nous faudrait, de mon point de vue, si on veut être en phase avec le mouvement du monde et ne pas compromettre l'avenir des générations futures, changer de paradigme. Ne pas miser sur la rente, ne pas être scandalisé outre mesure par le recul de l'Etat en termes de préemption car une loi des finances est faite pour être modifiée. Par contre, et comme l'écrit Napoléon «le seul combat qui ne nous donne aucun regret c'est celui contre l'ignorance». En son temps, la Révolution de Novembre fut une belle réussite avec des révolutionnaires qui avaient moins de 30 ans. Comment faire émerger de nouveaux révolutionnaires trentenaires capables d'impulser cette Révolution 2.0 qui fait son Graal de l'Economie de la connaissance; un autre djihad aussi important qui permettra à l'Algérie de garder son rang. Je suis prêt à participer à cette réflexion du groupe des 19 pour continuer à nous battre pour une Algérie de nos rêves d'une façon discrète loin des effets d'annonce et des feux de la rampe tant il est vrai qu'il s'agit de cette Algérie qui nous tient tant à coeur.1.http://www.algerieinfos-saoudi.com/ 2015/11/le-droit-de-preemption-khalida-toumi-et-bouteflika.html
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chems Eddine CHITOUR
Source : www.lexpressiondz.com