A côté de
l'action sociale des pouvoirs publics, notamment le ministère de la Solidarité
nationale et de la Famille, à l'échelle des directions des quarante huit
wilayas, l'Association Algérienne Enfance et Familles d'Accueil Bénévole
(AAEFAB) apporte sa petite contribution. Avec méthode et abnégation, elle
s'occupe de nourrissons abandonnés à la naissance par leurs mères. En plus de
vingt ans d'existence, elle a pris en charge plus de 2 000 nourrissons.
L'initiateur de cette association (agréée en 1985 par la wilaya d'Alger et en
1989 à l'échelle nationale), Témi Tidafi, est décédé en 2009, à l'âge de 76
ans. Ce natif de Hadjout, docteur en économie rurale à la Sorbonne et dont la
thèse a été publiée en 1970 aux éditions Maspero, a laissé une association
rôdée à la prise en charge d'enfants abandonnés. Tout en occupant diverses
responsabilités au ministère de l'Agriculture (1963-1966) et à Sonatrach
(1970-1982), il s'est investi dans cette action caritative.
La contribution de
Cheikh Hamani
Père de 2 enfants
adoptés, il s'y est consacré, avec son épouse. Il a été parmi les promoteurs du
mouvement associatif algérien indépendant et n'a eu de cesse de faire tomber
les tabous relatifs à cette catégorie d'enfants, soulignent ses proches. Sous
son impulsion, l'AAEFAB a ouvert sa première pouponnière à Hadjout en 1987,
suivie par celle de Palm Beach (Alger) en 1989. Elles offrent, ensemble, une
capacité de 60 lits et elles viennent en soutien aux pouvoirs publics afin que
les nourrissons ne séjournent pas plus que nécessaire dans les maternités des
hôpitaux. A ce jour, plus de 2 000 enfants ont été admis dans ces pouponnières.
Dans la logique du principe de l'association, «chaque enfant a droit à une famille».
Cela se traduit par leur placement soit chez leur mère biologique, soit, en
accueil, au sein d'une famille. Mais avant cela, les animateurs de
l'association Å“uvrent à prévenir que le bébé soit abandonné en portant
assistance à la mère en détresse, pour diverses raisons. Ce travail a débouché
sur un résultat remarquable : le tiers des enfants abandonnés a été repris par
la mère biologique. Les deux tiers restants, soit environ 1 600 enfants ont été
placés en «kafala» au sein de familles.
Ce type d'adoption
est conforme au droit musulman. Il est le fruit de l'avis favorable émis par le
Haut Conseil Islamique qui était alors dirigé par feu Cheikh Hamani. Ce
théologien au grand cÅ“ur a contribué à cette avancée juridique, elle-même
appuyée par des intellectuels et des responsables politiques. Concrètement
cette fetwa donnait le feu vert du Haut Conseil Islamique. Elle a abouti à un
décret en 1992 qui permet que l'enfant «makfoul» prenne le nom du parent
«kafil», sans toutefois créer de lien de filiation.
Une approche
singulière du maternage
Dans
l'association présidée aujourd-'hui par Youcef Antri Bouzar, on ne dit pas
nourrice, mais berceuse. C'est plus affectueux, plus humain. Cela contribue à
prévenir les carences affectives de ces enfants abandonnés par leurs mères,
explique, Ouelhadj Lila, directrice de la pouponnière Amal de Palm Beach.
Cette approche singulière du maternage est
inspirée, précise-t-on auprès de l'Aeefab, des travaux du docteur Pikler à la
pouponnière Loczy de Budapest. Elle évite autant que faire ce peut les carences
affectives chez le bébé élevé en institution. Elle intègre les découvertes les
plus récentes en matière de développement de l'enfant et lui offre les
conditions d'un développement harmonieux. Cette approche est diffusée auprès
des pouponnières étatiques depuis 2000 par le biais de la formation qualifiante
de leurs berceuses, indique-t-on fièrement au sein de l'Aeefab. Et puis, il y a
le cahier «jardin secret», une sorte de carnet de bord, de journal intime du
nourrisson. Dans ce cahier «jardin secret», la berceuse note tous les
évènements marquants du bébé durant sa croissance.
Lorsqu'il est pris en «kafala», ce cahier est
remis au «kafil» qui détient en quelque sorte la mémoire de la petite enfance
du «makfoul», qui un jour pourra en prendre connaissance. Cet aspect sensible
l'est autant que le moment d'apprendre à un enfant qu'il a été abandonné et que
ses parents ne sont pas ses parents biologiques. Là aussi, l'Aaefab accompagne
les parents «kafil» de sorte à ce qu'il n'y ait pas de problème psychologique.
Une dame nous a raconté que sa fille «makfoula» en a été informée très jeune,
mais qu'elle ne veut pas que cela se sache, sauf si elle-même décide de le
dire. Comme toutes les associations, l'Aeefab a besoin de fonds. Il y a la
subvention de l'Etat ainsi que les apports de généreux donateurs qui apprécient
le travail de cette association. Celle-ci a été retenue par «Les Amis de
l'ONU», comme l'une des cinq associations les plus exemplaires dans le monde,
dans la catégorie «activités humanitaires». En 2002, elle a été distinguée par
le président Bouteflika et le ministre de la Solidarité.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Oualid Ammar
Source : www.lequotidien-oran.com