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Les effets des subventions



L'existence d'une corrélation forte entre croissance agricole et soutiens publics pose la problématique, à l'avenir, de la capacité du gouvernement à soutenir ce modèle de croissance agricole en Algérie, avec des ressources publiques de plus en plus rares.Au cours des deux dernières décennies, les mesures de soutien mises en ?uvre dans le cadre de la politique agricole en Algérie ont permis de catalyser la croissance globale de ce secteur et même le poids du secteur en part du produit intérieur brut (PIB), qui a continué à croître malgré une évolution significative de la croissance du secteur des hydrocarbures et des services.
C'est du moins ce que relèvent Sid Ahmed Ferroukhi (enseignant-chercheur à l'Ecole nationale supérieure agronomique), Mohamed Yazid Boumghar (chercheur au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement) et Foued Chehat (professeur en sciences économiques à l'Ecole nationale supérieure agronomique d'Alger) dans une analyse publiée dans Les cahiers du Cread. Les trois chercheurs ont tenté, dans leur article, d'apporter une contribution à l'analyse et l'évaluation rétrospective (près de 20 années) des effets des subventions agricoles sur la valeur ajoutée du secteur et sur la croissance agricole en Algérie.
"Le travail se caractérise par l'exploitation et l'analyse des données collectées sur les subventions réellement consommées, leur catégorisation, la caractérisation de leur destination finale, la période 'ex post' prise comme référence pour l'évaluation de l'impact global des différents programmes", souligne-t-on. Selon les trois chercheurs, sur la période 2000-2018, près de 40% des soutiens (1 102 milliards de dinars) sont allés aux producteurs, tandis que 60% ont bénéficié aux consommateurs (1 567 milliards de dinars).
À partir de 2004, les chercheurs font état d'une relation croissante entre les superficies cultivées et la valeur ajoutée. La relation avec les subventions est plus contrastée. La valeur ajoutée est plus sensible aux subventions adressées aux producteurs qu'à celles adressées aux consommateurs. Le coefficient de corrélation entre la valeur ajoutée et la subvention aux producteurs est de 0,89.
Par contre, celui avec les subventions aux consommateurs est beaucoup plus bas (0,74). Dans leur conclusion, les chercheurs affirment que "les résultats du modèle utilisé, à régression linéaire multiple, dans l'évaluation de l'impact ex-post, démontre bien l'effet positif de ces soutiens à la production sur la valeur ajoutée agricole en Algérie". Cet impact, indiquent-il, "reste significatif, puisque l'effet retour des subventions est mesuré pour la période 2000-2018 à près de 1,3".
Les chercheurs précisent que "si l'évaluation par le modèle utilisé nous permet d'évaluer l'efficacité de la politique agricole menée sur la période (2000-2018) par rapport à l'objectif de catalyser la croissance agricole, elle ne permet, par contre pas, de mesurer l'efficience des différentes mesures de soutien entre elles : soutiens aux intrants, prix garantis aux producteurs, etc.".
Ces premiers résultats ouvrent la voie à d'autres études relatives à l'efficacité de ces subventions à analyser à l'échelle des différentes filières ciblées, mais aussi sur le plan macroéconomique, tant sur le plan de l'allocation des ressources publiques que sur leur coût d'opportunité par rapport à d'autres secteurs de l'économie.
Par ailleurs, signalent-ils, l'existence de cette corrélation forte entre croissance agricole et soutiens publics pose la problématique à l'avenir de la capacité future des pouvoirs publics à soutenir ce modèle de croissance agricole en Algérie, avec des ressources publiques de plus en plus rares et de cette double nécessité d'assurer l'efficacité et l'efficience des interventions publiques.

Meziane Rabhi
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