Quelle fut la désillusion des usagers des transports publics en constatant que le voyage à destination de la capitale était quasi absent en ce jour de vendredi qui coïncide avec la 37e marche populaire d'Alger. Par grappes humaines, les lève-tôt se sont dirigés comme à l'accoutumée vers les deux stations des transports des bus et du tramway au niveau de l'une des plus importantes agglomérations de Bordj-el-Bahri, et quelle fut leur surprise d'apprendre que les moyens de transport urbain publics étaient hors d'usage.Abdelhalim Benyellès - Alger (Le Soir) - Les premiers arrivants sont les plus chanceux en s'accrochant aux bus privés de passage en provenance des agglomérations lointaines de Aïn Taya et de Dergana. Il fallait jouer des coudes pour s'agripper aux vieux bus privés où l'accès était devenu un luxe pour la circonstance. Mais au fur et à mesure que les minutes s'égrènent la destination à atteindre devient presque impossible.
Les bus arrivent quasi chargés et de ce fait l'arrêt est reporté dans beaucoup de stations. Les vieux tacos ont défilé avec regret devant les groupuscules impatients, sous les regards hagards qui traduisent une inquiétude perceptible. Le scénario est pitoyable pour les plus âgés. Ce sont des familles entières, des dames mais aussi beaucoup de jeunes, visiblement impatients de se joindre à la foule de la marche mémorable qu'accueille le centre de la capitale à l'occasion de la 37e marche populaire des vendredis qui a coïncidé hier avec la date historique du 1er Novembre 54.
Certaines familles, conduites généralement par le père comme pour certaines dames, sont fidèles au rituel des visites familiales des vendredis à Alger. Alors que pour les jeunes, ils sont catégoriques et s'accordent à dire que « la marche du 1er Novembre est un événement historique à ne pas louper ». « Je ne suis pas un lève-tôt des vendredis mais aujourd'hui c'est exceptionnel», nous rétorque un jeune habitué aux marches d'Alger, mais pour la circonstance il n'est pas drapé de l'emblème national. Selon lui, il était prévisible que les barrages policiers allaient se faire de plus en plus serrés. « Autant éviter tout désagrément de dernière minute », enchaîne son compagnon.
Pour un père de famille rencontré tôt devant la station de tramway de Bordj-el-Bahri, l'une des plus fréquentées de la côte-est d'Alger, communément appelée « Café Chergui », l'heure est au désappointement en constatant que l'espace était désert dès les premières heures de la journée. Les guichets fermés traduisent bien le désagrément.
Juste à quelques mètres, l'alternative de l'autre transport urbain était elle aussi impossible. Il faut dire qu'habituellement, l'animation est remarquable même les vendredis. Notre interlocuteur dresse un réquisitoire sans appel en direction des responsables des transports. « Nous avons été privés de l'une de nos libertés, celle de circuler librement », s'insurge-t-il. Une dame, à côté, s'est levée très tôt pour la circonstance afin d'éviter les désagréments des transports, dans le but d'effectuer son habituel voyage familial chez sa fille mariée à Alger. « Je ne m'attendais surtout pas à ça », se lamente-t-elle.
En fait, le parcours qui s'effectuait habituellement en une vingtaine de minutes a dû se faire hier, non sans lassitude, en deux heures de temps. Il faut dire aussi que les désagréments n'en finissent pas puisqu'à l'approche de la capitale, les bouchons se font de plus en plus gros. Et à certains endroits, la circulation automobile s'arrête carrément et au bout d'un long moment devant les barrages des services de sécurité avant de reprendre de plus belle. Pour les passagers des bus privés, la station de Tafourah, la destination à atteindre, paraît presque inaccessible dans ces conditions.
A l'intérieur, la souffrance se fait de plus en plus ressentir à certains endroits quand la circulation est immobilisée mais aussi en raison de la surcharge de l'engin. «C'est le peuple qui paie toujours les pots cassés », lâche un homme d'un certain âge. Le message est visiblement vite déchiffré par les passagers dépités. Les lève-tard de la côte-est de la capitale, Aïn Taya, Dergana, Bordj-el-Bahri, Bordj-el-Kiffan n'ont pas eu hier la chance de rejoindre la capitale. La déception des habitués des marches des vendredis n'est plus à décrire. Cependant, pour la tranche des plus jeunes, ils se sont adonnés au plaisir de la marche.
Le ratage de la 37e marche populaire n'est pas permis, s'accordent-ils à nous lancer, pleins d'enthousiasme. Il est vrai que les marcheurs étaient fort nombreux. Ils sont parvenus, hier, à ajouter beaucoup d'animation à la journée historique du 1er Novembre, un constat unanime noté chez les personnes rencontrées sur le chemin qui mène vers la capitale.
Un sexagénaire nous rétorque que ces générations éprises de liberté raconteront, dans quelques années, à leurs enfants les péripéties de l'événement historique du 1er Novembre 2019. Et à son compagnon de même âge d'ajouter, sur un ton grave : « C'est leur Révolution à eux .»
A. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelhalim Benyellès
Source : www.lesoirdalgerie.com