Les terroristes ont-ils un lien avec la mouvance islamiste?
La déclaration du ministre de l’Intérieur, mardi à la sortie de l’hémicycle, affirmant devant les journalistes que les groupes terroristes sont des «fanatiques» qui n’ont «ni une vision politique nationale, ni une vision économique ou une autre alternative en faveur du citoyen algérien», a le mérite de poser une problématique de fond, laquelle va bien au-delà d’une réponse par rapport aux derniers attentats. Loin d’exprimer un point de vue personnel, d’autant qu’il est membre influent du gouvernement, Yazid Zerhouni semble, en fait, se faire l’écho d’une approche vraisemblablement partagée par une sphère du Pouvoir, notamment celle acquise à la réconciliation nationale. A prendre au pied de la lettre ce que nous dit Yazid Zerhouni, les groupes terroristes qui continuent d’ensanglanter la vie des Algériens ne seraient que des desperados sans perspectives qui agissent pour le compte des ennemis de l’Algérie. D’ailleurs Zerhouni, pour appuyer sa thèse, n’a pas manqué de pointer «la coïncidence» entre les attentats terroristes qui surviennent à chaque fois que l’Algérie veut défendre ses intérêts. Sauf que le ministre de l’Intérieur, qui sait certainement de quoi il parle, n’a pas donné la moindre indication sur cette main étrangère. Une vieille rengaine que le pouvoir utilise toutes les fois qu’il est confronté à une situation d’impasse politique. En soutenant que les éléments du GSPC sont une minorité dont le cas relèverait, à la limite, de la psychiatrie, le ministre de l’Intérieur laisse entendre, aussi, qu’ils n’ont pas de lien avec la mouvance islamiste porteuse d’idéologie et que celle-ci est, au contraire, favorable à la réconciliation nationale. Mais dans ce cas, pourquoi tous les chefs islamistes qui ont bénéficié des dispositions de la réconciliation nationale et qui baignent, aujourd’hui, dans un confort matériel digne des vizirs des «Mille et une nuits» se taisent face aux massacres du GSPC? Pourquoi Madani Mezrag, Benaïcha, Layada, Kertali ne montent pas au créneau pour dénoncer les actions terroristes ? Ont-ils peur de se faire, eux-mêmes, tuer par les groupes armés qui les considéreraient comme des traîtres ou ne croient-ils pas à fond à la politique de réconciliation nationale? Une chose est, toutefois, acquise: les groupes armés auteurs des attentats ont bien conscience d’agir au service d’une idéologie, comme le montrent leurs discours, pour ceux qui veulent croire à l’inverse. A ce niveau, ces groupes armés rejoignent le général Khaled Nezzar dans son approche. Dans le récent entretien qu’il avait accordé à l’agence Reuters, l’ex-homme fort de l’armée n’y va pas par quatre chemins: pour lui, les terroristes ne sont que le bras armé d’une mouvance idéologique qui, plus est, est en train de reprendre du poil de la bête à la faveur de la politique de réconciliation nationale par rapport à laquelle le général Nezzar demande une sorte de droit d’inventaire. C’est dire à quel point les derniers attentats terroristes interpellent la classe politique et le pouvoir, singulièrement, sur la nécessité de nouvelles perspectives.
H. Senouci
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com