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Les craintes des spécialistes



Les professionnels de la santé s'accordent à dire que le cap des 1 000 cas de contaminations au nouveau coronavirus enregistrés durant les deux derniers jours ne reflète pas la réalité de la pandémie. Faute de tests PCR, ils estiment que les chiffres communiqués sont encore loin de l'étendue de la contamination à la Covid-19.Rym Nasri - Alger (Le Soir) - L'Algérie a franchi, depuis deux jours, la barre des 1 000 nouveaux cas de Covid-19 en 24 heures. Loin des records enregistrés dans les pays voisins ou en Europe, ce seuil est fortement contesté par des professionnels de la santé. Ce chiffre est pour le Pr Salim Nafti, ancien chef de service de la clinique des maladies respiratoires au CHU Mustapha-Pacha, «très bas» pour un pays comme l'Algérie.
«Ce sont les malades qui se sont présentés dans les structures de santé et qui ont été soumis au test PCR lorsque c'était possible, et testés positifs à la Covid-19. Il faut dire que ce test n'est pas disponible partout et n'est pas également accessible à la majorité des bourses», dit-il. Selon lui, notre pays doit compter au moins six à sept fois, voire dix fois le nombre de cas annoncés par les autorités sanitaires. Dire que, poursuit-il, «nous n'avons pas encore atteint le pic de la vague de contaminations et cette ascension risque de se prolonger longtemps». Le spécialiste en pneumo-phtisiologie pointe du doigt la mauvaise utilisation des masques de protection d'autant que ces bavettes ont une durée de vie très limitée. «Il est utile d'enseigner aux citoyens le mode d'utilisation du masque et de leur faire des démonstrations parce que tant qu'ils continuent à le porter de cette manière, la transmission et la contamination ont de beaux jours devant elles, avertit-il. Pour lui, l'éducation sanitaire doit être la priorité des autorités.
Le Pr Salim Nafti insiste également sur le dépistage de masse autour des cas positifs. «En l'absence de tests, nous ne pourrons jamais avoir les vrais chiffres. Aujourd'hui, nous nous référons uniquement aux cas symptomatiques. Pourtant, il faut dépister autour de ces cas aussi bien dans leur entourage familial que professionnel. A ce moment, nous aurons des chiffres qui se rapprochent de la réalité», dit-il. Le président du Syndicat des praticiens de la santé publique (SNPSP), le Dr Lyès Merabet, estime, de son côté, que les chiffres actuels sont encore loin de la réalité. «Ce sont des chiffres qui expriment le niveau de dépistage que nous avons pu réaliser par rapport aux cas avérés», dit-il. Et de souligner que la PCR n'est pratiquement pas disponible dans le secteur public. «Elle se fait uniquement aux malades Covid-19 en hospitalisation. Chez le privé, ce test n'est pas à la portée de tout le monde en raison des prix élevés exercés», explique-t-il. Toutefois, le praticien estime que le cap des 1 000 nouveaux cas de contaminations en un jour, annoncé, est synonyme d'une situation sanitaire qui se dégrade davantage.
«Cela signifie que l'épidémie continue à gagner du terrain. Nous aurons plus de cas nécessitant une prise en charge en milieu hospitalier et nous serons obligés de dispenser plus de lits en annulant d'autre activités hospitalières. Les services de réanimation accueilleront plus de malades et le taux de mortalité sera plus élevé. Les produits pharmaceutiques, les médicaments, et notamment l'oxygène connaîtront une surconsommation», détaille-t-il.
Ry. N.
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