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LES CHOSES DE LA VIE



LES CHOSES DE LA VIE
Par Maâmar Farah[email protected] /* */Dans notre article du 1er octobre 2015, intitulé «La fin du monde unipolaire post 11 Septembre», nous écrivions : «Soit nous marchons vers une seconde guerre froide – improbable –, soit la tendance sera à la détente”?» La réponse n'a pas tardé : il semble bien que ce soit plutôt la seconde alternative qui s'offre à un monde qui marche désormais sur ses deux jambes. On ne dira jamais assez le rôle primordial, déterminant à plus d'un égard, de l'intervention militaire russe, dans l'arrêt d'un processus de décomposition de toute une région stratégique qui allait mener le monde vers les âges barbares.Il semble bien que cette intervention militaire soit le début de quelque chose de nouveau dont on ne sait pas avec exactitude ce qu'elle donnera sur le plan des relations internationales mais, ce qui est sûr, c'est qu'elle met un terme à une période parmi les plus troubles de l'histoire de l'humanité. Entamée le 11 septembre 2001, cette phase a connu plusieurs étapes mais la fixation s'est faite sur le Proche-Orient. Après la chute du mur de Berlin et l'éclatement du bloc socialiste, y compris la Yougoslavie, victime de la première agression impérialiste d'un pays européen, l'interventionnisme militaire post 11 Septembre a d'abord frappé en Afghanistan. L'objectif de cette première phase est on ne peut plus clair : encercler la Russie.Par la suite, ce fut au tour de l'Irak. Guerre totale et ruineuse. Le pays sombre dans le chaos. La folie de Bush n'a d'égale que le silence d'un monde incapable de réagir aux sinistres plans de la nouvelle droite. Les niet de la France chiraquienne et de l'Allemagne ne pèseront pas lourd dans la balance”? L'après-Bush s'annonçait sous les meilleurs auspices mais le monde continuait de ployer sous le poids grandissant d'un seul gendarme. Les vœux pieux de Barack Obama et ses promesses du Caire ne tarderont pas à être soufflés par le bellicisme yankee, qui est au cœur même du système américain et, certainement, l'un des leviers de son économie. A la faveur des soulèvements populaires arabes – spontanés ou provoqués, selon les pays –, les faucons vont reprendre le dessus. Dans un contexte marqué par le recul des Etats au profit de nouveaux pouvoirs supranationaux dominés par les financiers et les magnats de l'industrie militaire – qui sont souvent les mêmes – la manipulation médiatique ou ce que l'on appelle les «médiamensonges», va jouer un rôle capital dans ces nouvelles guerres.Les Etats-unis se retirent sans gloire de l'Irak. Ils abandonnent l'intervention militaire directe au profit d'un travail de déstabilisation plus néfaste qui sera mené par les services du renseignement. Et c'est à la France qu'échoit le rôle de tuteur de ces drèles de «printemps». Le pouvoir français, qu'il soit de droite ou de gauche, se laisse embobiner par l'argent du Qatar et de l'Arabie Saoudite pour soutenir militairement ces révolutions menées, curieusement, par des intégristes. Pour une démocratie qui ne verra jamais le jour, on détruit des pays, affame des sociétés et pousse des peuples à l'exode. Le plan, imaginé par Israël et mené en collaboration avec la Turquie, trouve en la France un parrain parfait. Mais le peuple français ignore que toute cette agitation a pour seule motivation l'argent, que ce soit au profit des personnes ou des groupes industriels, grâce à la vente de matériel, souvent militaire. En Libye et en Syrie, la France sera le fer de lance de l'agression et son soutien actif au Conseil de sécurité. Alors que la Russie et la Chine restent en marge, il apparaît que la France est appelée à jouer un rôle central dans les relations internationales. Mais, en réalité, elle sous-traite pour Israël et fait le sale boulot à la place des Etats-Unis. Le «printemps» abordait sa dernière ligne vers la victoire et il ne restait plus que Bachar Al-Assad à déboulonner pour qu'émerge ce nouveau Moyen-Orient qui, en créant des pays sur des bases confessionnelles et ethniques, vise en fait à faciliter l'émergence du Grand Israël. Les mercenaires arrivent par milliers. Aux groupes terroristes traditionnels, vient s'ajouter un véritable Etat de la terreur, Daesh, qui gagne rapidement du terrain malgré les «bombardements» occidentaux.Et puis vint Poutine et sa guerre inattendue contre l'Etat islamique et les plans impérialistes. Réaction de la bête blessée, en l'occurrence de l'ours poussé dans ses derniers retranchements, la contre-attaque porte toute la rancœur d'un pays encerclé économiquement et militairement, étouffé par les boycotts successifs et affaibli sur la scène internationale.Poutine déstabilise tout le monde. Pour la énième fois, se vérifie le fameux dicton de Mao Tsé Toung : «L'impérialisme est un tigre en papier.» Intelligents, les Américains font profil bas avant de s'entendre avec les Russes. La rencontre Obama-Poutine dont une partie seulement fut rendue publique, a mis en branle toute une série d'accords qui en font un second Yalta. Mardi 3 septembre 2015, une première confirmation venait étayer cette assertion : Américains et Russes passent à la coopération pratique dans le ciel syrien. Autre fait : l'armée russe collabore activement avec l'opposition armée proche de Washington. Cette nouvelle donne change fondamentalement le rapport de force. L'Allemagne ne pose plus comme condition le départ de Bachar Al-Assad et se rapproche de Moscou. L'Europe ne veut plus suivre l'intransigeance française. Les cheikhs du Golfe accourent au Kremlin. Quant à Israël, il semble bien qu'il fasse partie de l'accord. Comment, pourquoi ' On le verra dans les prochaines semaines.Si la principale victime de ce rapprochement est la France qui va certainement se lancer dans de nouvelles batailles pour redorer son blason, il faut relever que la Turquie et l'Arabie Saoudite sont les grands perdants et que leur situation intérieure risque de connaître des perturbations qui pourraient menacer leur intégrité. La situation en Libye est appelée à connaître une rapide amélioration puisque le Qatar, tuteur de la partie intransigeante dans le conflit, devrait se calmer. C'est bel et bien la fin de ce sale «printemps» qui fut une saison mortelle. Il laisse des pays à genoux, des peuples sans repères, des centaines de milliers de morts. La démocratie promise a débouché sur le néant. En Syrie, Bachar Al-Assad sera maintenu mais nous pensons que l'accord porte sur son départ, une fois la situation rétablie. L'agression du Yémen devrait également cesser. L'Iran sort grandi.Quant à l'Algérie, il n'est pas hasardeux de dire qu'elle a bien négocié cette période trouble en affirmant une stabilité chèrement acquise. Les tentatives d'y creuser les sillons du sinistre « printemps » ont lamentablement échoué. Sa vision politique sur tous les problèmes de la région est celle du camp des victorieux. C'est celle du camp de la paix.Cela devrait renforcer sa position en Afrique et dans le Bassin méditerranéen. Nous devrions cesser de raser les murs et passer à la vitesse supérieure en prenant des décisions diplomatiques de plus en plus hardies. Et il se pourrait aussi qu'un autre printemps, un vrai, commence”? dans certains royaumes arabes pourris où l'hiver a trop tardé !


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