La confusion totale qui règne aujourd´hui au Mali est loin d'être un problème politique interne à ce pays, l'un des plus pauvres au monde, mais plutôt la conséquence d'un coup d'Etat fomenté par une junte militaire contre le président démocratiquement élu, Amadou Toumani Touré.
Sous la pression de l'Union africaine et de la communauté internationale dans son ensemble, les conjurés, commandés par le capitaine Asongo, ont fini par retrouver la raison en se rangeant à l'idée du retour à l'ordre constitutionnel. Le processus est même déjà engagé, depuis hier, après la rencontre du chef de la junte avec celui qui doit conduire la transition pendant 45 jours, le président du Parlement malien.
Doit-on pour autant conclure que le Mali est à présent sur la voie de la réconciliation nationale et de la stabilité ' La crainte serait que ce pays du Sahel soit, hélas, bien entré dans la plus longue phase d'instabilité de son histoire, même avec un gouvernement légitime, issu des élections les plus libres et les plus transparentes, et internationalement reconnu. Car, sur le terrain, politique, économique, ethnique et militaire, la réalité est bien plus complexe qu'un simple retour à la normalisation du processus démocratique.
Le nord du pays, la région de Kidal, est depuis plus d'une décennie sous contrôle des groupes d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui ont eu tout le temps d'occuper le terrain et de tisser des liens avec les populations locales, devenues en partie son vivier. Dans cette terre de personne, où n'existe ni Etat ni institutions officielles, les groupes terroristes en ont fait leur fief.
Ces derniers jours, ils n'auront fait qu'exploiter la confusion politique à Bamako pour pousser les limites de leur zone d'influence plus loin vers le nord, forçant les populations des localités voisines des villes algériennes de Tinzaouatine et Timiaouine à trouver refuse en territoire algérien. Plus bas vers le sud, ils ont consolidé leur implantation en occupant Tombouctou et Gao. Voilà les objectifs auxquels doit faire face le nouveau gouvernement de transition.
Rendre incontournable une intervention étrangère
Or, de quels moyens militaires propres disposera le futur gouvernement démocratique pour stopper l'avancée des groupes terroristes qui évoluent en territoire conquis au nord comme plus au sud ' Le gouvernement de Bamako pourra-t-il convaincre le Mouvement national de libération des Azawad (MNLA) de renoncer à son projet de république islamique sur cette partie du territoire malien, comme il l'avait fait grâce à la médiation algérienne pour éviter la partition de son territoire '
Il y a plusieurs causes à l'instabilité politique profonde au Mali. La junte militaire a tenté d'expliquer son coup de force du 22 mars par le laxisme du président déchu face à la rébellion des Touaregs, aidés par les groupes terroristes sur place, Aqmi et sa branche dissidente, le Mouvement de l'unicité et du jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) qui a revendiqué l'enlèvement des sept diplomates algérien à Gao. Elle-même a dû se rendre compte, moins de trois semaines d'expérience de coup de force, que la réalité est bien plus complexe et dépasse de loin le cadre politique malien.
Le capitaine Asongo a soupesé, ces derniers jours, à son dépit, tout le poids que l'ancienne puissance coloniale, la France, continue d'exercer sur les régimes démocratiques de la région autant que jadis sur les dictatures qu'elle avait placées pour asseoir son influence sur l'ensemble francophone africain. Il a compris que le président ivoirien Lassane Ouatarra et ses pairs du Cédéao l'ont obligé à quitter le pouvoir sous la menace d'une intervention militaire, officiellement, régionale, mais française dans sa mise en 'uvre.
Les avertissements d'Alger
L'Algérie, et avec elle l'Union africaine, avait averti contre le scénario d'une intervention étrangère qui pouvait plonger encore davantage le Sahel dans le chaos. Elle l'avait fait déjà au début de la crise libyenne.
Les man'uvres du gouvernement français dans la région, où ses services secrets sont omniprésents, du Tchad à la Mauritanie, ont rendu une telle option incontournable. C'est la guerre de Libye, conduite par la France au prétexte de sauver les populations de Benghazi des «bombardements du colonel Kadhafi», qui a précipité les événements au Mali.
Depuis plus d'une année, les armes les plus sophistiquées de l'armée libyenne sont passées entre les mains d'Al Qaïda au Maghreb islamique, avec les complicités des services de renseignements français. Le MNLA en a profité à sa guise. Voilà la vraie cause du problème malien.
L'objectif la France aura été de créer une situation d'instabilité dans la région pour rendre incontournable une intervention militaire internationale que seule l'ancien empire colonial aura mandat de conduire. Comme en Libye. Paris a tout fait pour torpiller le Pacte de Tamanrasset signé entre les états-majors pour n'avoir pas pu prendre le leadership de la ligne de front Algérie, Mali, Niger et Mauritanie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hania A
Source : www.letempsdz.com