«Plus vous
trouverez de raison dans un homme, plus vous trouverez en lui de probité ».
Diderot
La saison
ressemble étrangement aux périodes de curées annonciatrices de désordres, de
règlements de comptes, organisés et animés par des jivaros assoiffés de têtes à
réduire, de voix à faire taire et de débats à éradiquer. L'anomie généralisée
s'y prête, dopée par des dysfonctionnements graves, des cacophonies
structurelles, une vaste corruption et des mouvements de «guérillas» autour du
passeport biométrique imposé par les décideurs à l'échelle planétaire et
inventé par eux, pour se prémunir de terrorismes qui tuent au nom de Dieu et de
l'islam, de la barbe et du voile dit intégral, nouvelles formes de prison et
d'avilissement de la femme. Longtemps estimé résiduel sinon agonisant, le terrorisme
tue régulièrement, enlève des citoyens, fait exploser des bombes dans une
démarche cohérente qui donne l'image d'un pays en guerre avec moult barrages
ralentisseurs, des herbes, des chicanes, des hommes en gilet pare-balles et un
«couvre-feu» largement respecté partout dans le pays. L'ANP, le DRS, la police
et la gendarmerie font leur travail, perdent des hommes, arrêtent et livrent à
la justice. Mais le terrorisme et ses fondements intégristes n'ont toujours pas
reçu aux plans idéologique et politique des réponses idéologiques et politiques
à même de mobiliser contre eux les institutions, les partis de la majorité, la
société entière, les médias lourds, etc.
A mi-chemin entre d'un côté la démocratie et
la modernité et de l'autre des danses du ventre islamistes et des archaïsmes
surréalistes, l'Algérie s'enfonce dans des zones sombres irriguées par les
malheurs, les régressions et la mono-exportation. Le terrorisme résiduel, les
institutions, le Parlement, la justice, l'administration ennemie jurée des
citoyens ne sont plus que des avatars.
La loi impose à une foule de cadres
supérieurs, aux ministres, aux parlementaires une déclaration relative à leur
patrimoine. Dans un parfait consensus, dans le déni absolu de la loi, tous
ignorent la loi, hormis une poignée de gros salaires qui passent pour des
clowns là où est censée naître la loi et le suivi de son application. Est-on
devant des responsables soucieux de la dignité de leurs charges ou sous le
règne d'avatars? Un parti, avatar d'un islamisme aux contours aussi flous que
les prérogatives d'un maire, menace de quitter la majorité présidentielle et
retrouver ses origines, ses «constantes» et sa «pureté» doctrinale. Armé de
diplômes prestigieux anglo-saxons, d'El Azhar, d'un programme économique,
culturel et politique, chiffré et dûment planifié pour les 20 - 30 années à
venir, ledit parti donne, pour sa part, l'image d'un pays d'avatars. Et
pourtant, à l'intérieur du RND et du FLN il y a des cadres compétents, de
l'expertise de grande valeur, des femmes et des hommes d'expérience et de
talent. D'anciens responsables dans la fleur de l'âge sont consignés, congelés
à domicile. Dans l'opposition la plus frontale, il y a des compétences dans
tous les domaines, des femmes et des hommes qui peuvent être très utiles au
pays. Mais ce sont des «irresponsables» sinon des «traîtres» à la solde de… On
leur préfère des avatars.
Les patrons du secteur privé tirent la
sonnette d'alarme. Ils ne seront sûrement ni entendus ni écoutés alors que la
simple venue d'une délégation de haut rang, ce qui est banal dans les pays
modernes, met la capitale en état de choc, paralyse la circulation pour des
heures.
Les formations politiques qui ont une genèse
et qui dirigent le gouvernement ne font pas de politique intérieure et surtout
pas extérieure. La donne socialisée admise par ces formations est devenue la
norme algérienne. Les options économique et industrielle, l'avenir d'une
éventuelle indépendance alimentaire, la perspective sur les 20 années à venir
dans l'éducation et l'enseignement supérieur et d'autres problématiques
stratégiques ne connaissent aucun traitement, aucun document publié, aucune
conférence affichés par des partis qui ont la majorité et la conduite de
l'exécutif. A part le RND, l'instance religieuse est convoquée, manipulée,
enrôlée là où le pays a besoin de politiques, de programmes, d'accès au savoir
et aux sciences les plus nouvelles. L'islam est brandi lorsqu'il s'agit de la
nécessaire abolition de la peine de mort ou pour formater l'exercice des
libertés dans l'espace public, sans le point de vue des femmes dès lors que des
hommes ex cathedra décrètent le licite et l'illicite. Et ils le font,
péremptoires, sans contestation officielle.
En Algérie, cette minorité d'hommes qui
dirigent la foi des citoyens brillent cependant par une absence totale, de leur
part, de diplômes, d'études religieuses reconnues, de publications relatives au
droit musulman, à la théologie et sur les évolutions de leur pays. Ils gardent
un temple qui est pourtant multiple. Si on part du principe que les populations
des pays musulmans sont toutes musulmanes, pourquoi les pratiques religieuses,
vestimentaires et juridiques diffèrent d'un pays musulman à un autre? L'islam
en Afghanistan est différent de celui de la Tunisie, surtout pour les femmes.
Le rite iranien est éloigné de celui du Sénégal, et celui en vigueur en Arabie
Saoudite ne ressemble pas à celui de la Turquie, surtout pour les femmes. S'ils
sont tous musulmans, pourquoi cette mosaïque? Parce que la politique
«nationalise» l'islam dans chaque pays pour des intérêts et des objectifs de
pouvoir. Donc pour des motifs politiques bien terrestres, loin du divin.
Dans l'Occident «kafer», les protestants, les
catholiques, les clergés américain, allemand, scandinave, italien sont
différenciés et pratiquent tous leur foi en un seul Dieu et leur religion, en
cohabitant pacifiquement. Entre un pasteur qui se marie, un prêtre pédophile,
un enterrement religieux au son du gospel, un rite chrétien au Brésil, la
politique ne fait pas le bon choix car l'unité dans la diversité fait la force
des grandes nations.
Le Japon et l'Allemagne ont été battus et
pratiquement détruits durant la Seconde Guerre mondiale. L'Amérique a été
colonisée. L'Afrique du Sud a réglé l'apartheid dans des conditions acceptables
par tous. La Russie a été communiste mais les religions et les rites ont
retrouvé leur place, etc. Le point commun pour des pays très contrastés au plan
religieux est qu'ils sont de grandes puissances qui vendent aux musulmans des
armes, de la nourriture, des médicaments, des avions, des voitures et même des
préservatifs et des pilules. Les arabes, minoritaires en islam flottent,
flottent.
L'exemple emblématique de la régression, de
l'immobilisme meurtrier pour l'avenir est le procès fait à Louiza Hanoune par
le MSP. Ce dernier reproche à celle-ci sa position sur la peine de mort en
partant d'un postulat dominant dans les pays arabes : une femme a tort devant
un homme, et surtout si le litige porte sur un sujet à la lisière du religieux
M. Soltani croit dur comme fer que l'opinion est de son côté, formatée qu'elle
est dès la crèche pour la suprématie de l'homme et par le monopole qu'il aurait
sur l'islam. Avec la bénédiction des clergés et des pouvoirs en terre d'Islam,
tous deux imbriqués et intéressés dans la gouvernance et la rente. N'en
déplaise, la peine de mort est une abomination barbare, héritée de la Jahilia.
L'islam est une religion du pardon et du repentir sincère. Il manque juste de
grands hommes qui voient loin, qui ont de l'audace et de grandes ambitions pour
les générations futures et le pays. Les avatars ont trop longtemps sévi.
Le bons sens élémentaire, la raison qui doit
être au pouvoir, la science et les bienfaits de la démocratie demeurent les
déclencheurs du développement et les balises indépassables pour une bonne
gouvernance et le meilleur vivre ensemble pour les gouvernés et les
gouvernants, le pouvoir et l'opposition, le croyant et le libre-penseur,
l'artiste et l'imam.
Les avatars qui pensent avoir toutes les
connaissances ou un droit divin sur ce pays ne peuvent que retarder des
échéances qui peuvent s'avérer brutales. Comme tous les peuples, les Algériens
ont droit au bonheur, aux vacances, à la paix, à la prospérité, à la
cohabitation dans la tolérance et le respect des différences, des libertés, des
expressions, des opinions. Sous la protection de la loi. Les avatars ne seront
pour toujours et partout des avatars, mais ils peuvent enfoncer le pays pour
des générations. Ce qui serait criminel.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com