Directeur de l'information et des relations publiques des armées, le lieutenant-colonel Souleymane Maiga revient, dans l'entretien qu'il nous a accordé, sur la situation au Mali, particulièrement dans le Nord. Il évite d'évoquer le sort de nos otages, préférant renvoyer la balle aux autorités algériennes qui, selon lui, sont en contact avec les ravisseurs.Entretien réalisé
à Bamako (Mali)
-L'armée est accusée d'être à l'origine de la crise actuelle car ayant mené un coup d'Etat contre le régime d'Amadou Toumani Touré. Qu'en est-il au juste '
Beaucoup de gens ne nous comprennent pas. Ils disent que c'est le coup d'Etat qui est à l'origine des problèmes. Or, celui-ci n'est qu'une des conséquences de la situation qui a prévalu durant près de vingt ans. C'est l'expression du mécontentement, du ras-le-bol et de la colère de la population, des militaires et de leurs familles. Cela a commencé par une marche de colère, rien de plus. Un groupe de militaires est sorti dans la rue. Ils voulaient se faire entendre. Mais une fois devant la Présidence, ils n'ont trouvé personne. Que fallait-il faire ' Certains ont dit qu'il fallait prendre le pouvoir. C'est aussi simple que cela. Il n'y a pas eu de planification. C'est exactement comme ce qui s'est passé au Burkina Faso lorsque les militaires sont sortis dans la rue.
-Pourquoi cette colère '
Les militaires n'étaient pas contents de la manière avec laquelle la situation était gérée par le régime d'ATT (Amadou Toumani Touré), notamment au nord du pays où les Touareg s'étaient rebellés.
-Ils n'ont pas eu de mal à contrôler cette partie du pays'
C'est vrai que durant cette offensive, la situation était très difficile. Les militaires affectés dans cette région étaient coupés du Sud et sous-équipés. Beaucoup ont déserté. Ce qui a facilité la victoire des rebelles.
-Quel est leur sort aujourd'hui '
Ceux qui ne se sont pas présentés après le délai imposé par le commandement de l'armée pour le retour aux casernes ont été déférés devant une commission de discipline pour être radiés de l'effectif de l'armée. Les autres ont dû justifier leur comportement. Certains ont rejoint le corps sans problème, d'autres ont subi des sanctions. Mais sachez que la plupart ont envoyé leurs dossiers auprès des commissions d'enquête.
-Pensez-vous que le scrutin soit une solution qui réglera le problème de la sécurité '
Pour nous, les élections vont permettre d'installer un pouvoir légitime et d'avoir un chef des armées ayant une vision à court et long termes pour le devenir de l'institution. Nous sommes conscients des défis et nous savons que la période de transition ne peut régler le problème de l'armée. Au regard de la situation sur le terrain, nous pensons qu'un homme légitimé, qui a de la poigne, peut rétablir le pouvoir et la discipline au sein de l'armée. Il peut avoir suffisamment de pouvoir pour imposer ce qu'il juge nécessaire pour la souveraineté du pays.
Depuis le 14 janvier 2012, la situation au Mali est catastrophique. Nous avons perdu les régions du Nord et pour les reprendre, il va falloir beaucoup de discussions et de controverses, parce que nous ne comprenons pas pourquoi une armée en guerre, qui a besoin de se défendre, est bloquée par ses partenaires. Nous ne comprenons pas aussi pourquoi les frontières de notre pays nous ont été fermées, tout en laissant celle du Nord ouverte aux groupes armés, qu'ils soient djihadistes ou de la rébellion. Nos partenaires ont imposé un blocus au Sud, alors qu'au Nord tout était permis.
-Pouvez-vous parler des cargaisons d'armement bloquées par un des pays voisins'
Pas seulement cet armement, mais aussi l'empêchement de survol du territoire par les avions militaires. L'armée avait besoin de s'approvisionner par avion et certains pays lui ont refusé l'autorisation de survol de leur territoire. Comment comprendre cela ' Pendant que nous étions sous le blocus au Sud, au Nord les terroristes s'approvisionnaient en carburant, en armement, en munitions et en produits alimentaires. Mais si nous avions un président légitime, l'armée aurait pu avoir les moyens nécessaires pour faire face à la situation.
-Qu'en est-il de la situation sécuritaire au nord du pays '
Au lieu d'appliquer la résolution 21/00 de l'ONU qui autorise l'armée à se déployer dans toute la région de Kidal, la communauté nous a imposé les accords de Ouagadougou qui rétrécissent la liberté de manœuvre de l'armée sur son territoire. En effet, après de longs tiraillements, cet accord a abouti à la présence d'une seule unité dans cette vaste région qui avait besoin d'être sécurisée. Et même cette unité n'a pu être installée que dix jours après l'accord, alors qu'il était question qu'elle le soit dès la signature du document. Mieux, jusqu'à la veille des élections, nous n'avions aucune unité militaire ni à Aguelhoc ni à Tessalit.
Sur notre propre territoire, nous ne pouvions pas commander nos déploiements. Cela fait très mal. Si nous avions un président légitime, nous n'aurions jamais subi cette offense. Les groupes armés continuent à commettre des enlèvements, à s'attaquer à la population et à mener des actes de banditisme dans la région de Kidal. Ils passent leur temps à changer de drapeau et à tourner la veste en passant d'Al Qaîda à Ançar Eddine, d'Ançar Eddine au MNLA et du MNLA au CETA. Ils sont tous les mêmes. Ce qui est malheureux, c'est que nous n'avons pas été écoutés lorsque nous avons parlé de cette situation. Mais pour faciliter l'apaisement entre les uns et les autres, nous avons accepté de respecter tous les accords et les partenaires qui les ont parrainés.
-Peut-on espérer la fin de la crise avec la solution imposée par la France et la Cédéao '
C'est une solution, ou plutôt un début de solution, parce que tant que nous n'avons pas d'autorité légitime, nous ne pouvons rien faire.
-Quel sera le sort de toutes ces forces étrangères présentes au Mali et qui sont rémunérées par la communauté internationale '
C'est la communauté internationale, comme vous l'avez dit, qui les paye et qui sait pourquoi elles sont au nord du Mali. Il faut savoir que dans l'esprit de ceux qui font partie de ces contingents, le principe est de tout faire pour ne pas se faire tuer. Il est exclu d'aller mourir pour les autres. C'est aux Maliens de défendre leur territoire. Le rôle principal revient à leur armée. Cependant, à chaque fois que nous le disons, ils nous répondent : «Non, l'armée n'a pas sa place là-bas. Ce sont les Nations unies qui sécurisent.» Malheureusement, ces forces ne sécurisent rien. Vous savez que les accords signés la veille de notre entrée obligent de céder les points d'accès des villes aux troupes des Nations unies et exigent des groupes armés le cantonnement. Or, au moment où nos troupes entraient, elles voyaient ces mêmes forces côte à côte avec les groupes armés. Est-ce normal '
-Justement, où sont ces groupes qui occupaient le Nord ' Ont-ils quitté la région '
En fait, la plupart des étrangers venus de très loin ont tenté de résister en menant des actions kamikazes désespérées. La plupart ont été tués. Pour ceux venus des pays voisins, beaucoup sont retournés chez eux. Mais il y a aussi une partie qui s'est fondue dans la population.
-Pensez-vous à Ançar Eddine '
Pas seulement Ançar Eddine, mais également le Mujao, puisque de nombreux Maliens en faisaient partie. Il y en a aussi d'autres, comme les Touareg maliens qui activaient sous le drapeau du MNLA. Nos partenaires, comme l'Algérie, la France et les Etats-Unis, savent très bien que des terroristes ont utilisé le drapeau du MNLA. Cheikh Haousa, le bras droit de Ayad, était membre d'Al Qaîda, et le jour où nous avons pris la ville d'Anefis, il dirigeait une colonne de rebelles sous la bannière du MNLA.
-Avez-vous des informations sur le sort des diplomates algériens détenus depuis plus d'une année par les groupes terroristes au nord du Mali '
Cette question doit être adressée aux autorités algériennes qui ont plus d'informations sur vos diplomates que nous ici. Elles sont en contact avec les ravisseurs par l'intermédiaire de certains notables de la région. Votre ministre des Affaires étrangères a bien dit que les otages se portent bien. Donc il a plus d'informations que nous sur leur sort et il doit bien savoir où ils sont et avec qui ils sont'
-Qu'attendez-vous des pays voisins '
Une collaboration franche, pas plus. Ces groupes ont franchi leurs frontières pour rentrer au Mali et pour en sortir. Les voisins doivent prendre des mesures adéquates. Lorsque le feu a pris au nord du Mali, certains ont mis de l'huile pour l'attiser.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com