Alger - Revue de Presse

Les arts plastiques modernes dans la tendance arabo-africaine des arts maghrébins



Les arts plastiques modernes dans la tendance arabo-africaine des arts maghrébins 2ème partie La peinture de chevalet, entité étrangère ou complément revigorant de l’art maghrébin Ce dysfonctionnement peut avoir aussi pour cause un faux fond d’histoire, où la colonisation qui a introduit la peinture de chevalet s’est acquittée maladroitement de sa dette officielle qui était de civiliser les peuples soumis. Cette introduction n’a pas été accompagnée par une politique d’intégration des Algériens dans le processus d’un développement culturel national, global et non discriminatoire. Les Algériens ont été privés d’accéder à l’enseignement artistique académique, domaine réservé aux Européens. Car bien que des établissements pédagogiques pour Algériens furent créés au début du siècle dernier, l’objectif avoué n’était pas de les hisser au même niveau que les Européens, mais d’en faire des collaborateurs mimétiques. Ainsi, une hiérarchie du savoir artistique fut instituée pour préserver la supériorité de l’Européen, artiste majeur sur l’indigène artiste mineur. Des initiés du domaine ont parlé d’une «greffe» subtile de l’élément aliénateur, la peinture de chevalet, sur la fibre indigène. A ce titre, le journaliste et critique d’art du début du 20ème siècle, Arsène Alexandre peu convaincu de l’opportunité d’une telle «opération», estime que «tenter de greffer le pommier sur le dattier parait une entreprise paradoxale, voir chimérique». Exclus des bienfaits du progrès social et de l’instruction, privés de l’éducation et de la formation culturelle, dont bénéficiaient les enfants de colons, les jeunes Algériens n’ont pas eu cette chance d’être nourris à la culture du musée, car les musées n’étaient pas pour eux. Ils sont restés relégués aux besoins d’une main d’œuvre asservie et peu exigeante. Rares étaient ceux qui, nantis pour leurs affinités avec les valeurs occidentales, et ayant eu accès à la culture moderne. A l’indépendance, les peintres conscients déjà de ce dysfonctionnement, ont tenté de se faire les relais de cette pratique artistique introduite par nos dominateurs. Ils voulaient la faire adopter par leurs concitoyens comme besoin culturel devant s’inscrire dans la politique culturelle de l’Algérie indépendante. Ils préconisèrent alors, la naissance d’un art populaire, dans lequel l’Algérien se reconnaîtrait, ou reconnaîtrait ses valeurs. Même, s’il était question d’explorer de nouveaux langages artistiques, le défi du peintre était dans sa capacité de communiquer avec son destinataire. Cette option généreuse et révolutionnaire placera l’artiste algérien dans sa fonction sociale: Bertold Brecht disait que «Une œuvre d’art ne naît pas populaire, elle le devient». Khadda autant que ses confrères, imaginait des œuvres, je cite «défaisant des nœuds, enrichissant, désaltérant un public qui en retour, dans un échange parfait, allait transformer ses artistes: reflets réfléchissants dans l’infini du peuple». On voulait être dans le sillage de nos illustres pionniers Mohamed Racim et Azouaou Mammeri, qui ont consommé cette «greffe» de façon heureuse, et démontré par leur travail son caractère culturellement positif malgré tout, par ses apports d’une nouvelle vision de l’art et d’une initiation à de nouvelles techniques. Le premier s’était inscrit au cabinet du dessin d’Alger en 1910, et quoique par vocation il était enlumineur, il apprit la miniature avec l’aide d’Etienne Dinet. Quant au deuxième, fraîchement sorti de la première «promotion d’Algériens dite «Indigène» des Beaux Arts d’Alger, se fit connaître en 1916 et affûta sa technique avec Léon Carré. Mais tous deux adaptèrent cette pratique artistique venue d’ailleurs à leur inspiration restée authentiquement maghrébine. Les relents d’une culture ancestrale, restés vivaces dans leur sensibilité et leur esprit apparaissent dans leurs œuvres et confortent le spectateur, découvrant ce qui lui appartient. Henri Matisse n’a-t-il pas dit que «le rôle de l’artiste est uniquement de saisir des vérités courantes», mais qui dit vérités, dit repères aussi, sociaux ou culturels, matériels ou immatériels. Ses repères par lesquels nous nous définissons face aux autres, et grâce auxquels nous traiterons avec sérénité, toutes difformités occasionnelles surgies au gré des influences mal digérées. Sid Ahmed Hamdad Universitaire, artiste-peintre
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