Sa chute a été aussi absurde qu?a été fulgurante son ascension. Le mouvement des archs s?est littéralement dissous dans la nature, s?est biodégradé, après avoir longtemps trusté les projecteurs politiques et médiatiques. Après avoir surtout occupé la scène politique et compté pendant au moins deux années comme l?organisation la plus influente en Kabylie. Nés dans le chaos des débuts des émeutes d?avril 2001, les archs ont représenté un véritable OVNI politique qui a soulevé la curiosité bien au-delà des frontières. D?abord, produit de la protestation spontanée et généralisée, ensuite son catalyseur assidu. En tout cas, c?était l?organisation qui mettait en place l?agenda des manifestations qui ont prolongé la durée de vie des événements. Un mouvement un jour citoyen, un autre populaire, tiraillé à ses débuts entre le souci « d?arrêter l?effusion de sang » et l?ambition de monter à l?assaut du « pouvoir maffieux et assassin ». Le véritable acte de naissance du mouvement a été la plateforme de 15 points rédigée le 11 juin 2001 dans une salle du centre culturel d?El Kseur, à Béjaïa. Un document réalisé dans la précipitation comprenant aussi bien le slogan bateau (Contre la « hogra » et toutes formes d?injustice et d?exclusion) et l?exigence nette (départ des brigades de gendarmerie). Son fait d?arme le plus marquant, la marche du 14 juin 2001 à Alger. Conçue à la fois comme une démonstration de force et d?assaut final contre la dictature (l?un des mots d?ordre plus ou moins entendus de la marche était de bloquer pacifiquement la capitale jusqu?au départ du Pouvoir), la manifestation, qui a drainé près de deux millions de manifestants, avait mis cet embryon d?organisation devant l?impératif de se définir des mécanismes de fonctionnement et de savoir simplement ce qu?il veut et avec qui il veut le réaliser. Mais l?on préférera continuer dans la protestation brute, à l?exclusion de toute forme d?articulation organique au nom de l?horizontalité et de représentation directe. Des verrous conçus comme barrages à toutes velléités de leadership sont portés dans un code d?honneur, définissant le délégué comme un soldat dévoué à la cause et au sacrifice sans autres formes de compensation que les hommages éventuels de l?histoire ; comme a été décrétée « scellée et non négociable » la plateforme de revendications. De belles utopies qui vont s?avérer fatales pour le mouvement. L?« empêchement » des élections locales et législatives de 2002, l?interdiction active signifiée aux officiels de se rendre dans la région, des manifestations importantes tenues à l?occasion de date symbole (20 août, 20 avril?), permettront à la structure de survivre durant des années sans efforts de réflexion au moment où elle continuait à se couper de la rue et à agacer les partis qui y voyaient un instrument redoutable de discrédit du politique dans la région. En optant pour le choix de dialoguer avec le gouvernement à un moment de grande décrue de la protestation, en 2004, ce qui restait du mouvement a pris le risque d?imprimer une issue beaucoup moins glorieuse à la lutte amorcée des années auparavant et de prêter le flanc à la disgrâce. D?autant que le pays s?apprêtait à vivre des échéances politiques décisives, à l?exemple de la présidentielle d?avril de la même année. Les animateurs seront traités de tous les noms, avant de tomber simplement dans l?oubli. On ne leur prêtera même plus le mérite, au-delà du débat à faire sur les « acquis », d?avoir mené au bout une expérience de lutte et de n?avoir engagé que leur semblant de structure en signant le fameux accord avec Ahmed Ouyahia.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M. S.
Source : www.elwatan.com