En sport, l'argent est le nerf incontestable de la bataille. Indispensable à chaque projet lancé. Le noyau quant à lui est le potentiel humain qu'on forge par la suite pour faire clore cette graine de champion. L'enfant, ou le talent en herbe, qui doit suivre un processus
traditionnel : passer par les diverses catégories avant d'atteindre le sommet s'il réussit à passer par les mailles du filet. «Senior», un palier qui fait rêver. Un cap difficile à atteindre voire à franchir même quand on se retrouve si près. Avant, il faut être bien formé. Apprendre à murir, grandir, se surpasser. Encore faut-il avoir les moyens pour cette interminable traversée du désert et arriver à l'Oasis. Les catégories jeunes souffrent, sont assouvies au compte goutte quand elles ne sont pas asséchées avec pour meilleur exemple, le sport roi en Algérie, le football. Les dirigeants n'ont d'yeux que pour l'équipe sénior et courent derrière les contacts avec des joueurs qui viennent d'ailleurs pour des prestations médiocres. Des subventions détournées dans le compte de la SSPA pour combler les dettes, payer les salaires, les primes' Et les jeunes qui sont sensés représenter la relève de demain, dans tout ça' Une politique condamnable et des présidents qui ne pensent qu'à leurs intérêts personnels. On court derrière des résultats à court terme, en oubliant de mettre en place un réel projet permettant à l'équipe de mieux se régénérer et à un coût largement inférieur. De nos jours, on préfère ce qui est prêt mais pas forcément frais. Faire signer un joueur de 30 piges au lieu de lancer un élément issu des jeunes catégories. On ne forme plus, on achète. Pire, on ne propose plus de produit. La notion de formation s'est noyée dans l'océan des billets. Les jeunes ne voient plus le bout du tunnel et sont victimes d'une politique sportive déchue des vertus même du sport. Bien que le ministère de la Jeunesse et des Sports ait fait de la formation et la prise en charge des jeunes une priorité, les chairmen des clubs ne semblent pas avoir l'intention d'aider à lancer ce processus sensé permettre au sport national de se relever et en comptant sur les enfants de l'Algérie. Les différentes aides octroyées par le MJS destinées à la formation ne sont pas injectées dans la «bonne veine» par la classe dirigeante des différents clubs. Dans la précipitation et l'envie de «bien faire» selon les responsables, qui préfèrent gagner des titres dans le court terme plutôt que de former la relève et mettre en place des bases solides qui tiennent au fil des années, ce sont les jeunes qui en payent le prix et subissent les conséquences de décisions hâtives et basées sur l'unique intérêt personnel, celui de connaître son heure de gloire. Cependant, derrière chaque succès peut se cacher un échec. Des graines d'or peuvent passer à travers les mailles du filet ou le voile du succès. La vitrine peut en cacher des choses. Parfois un titre peut cacher une chute proche. Certains des clubs qui faisaient, jadis, partie de l'élite en ont fait l'amère expérience. Les clubs de l'Ouest, réputés pour leur qualité en termes de formation, tombent comme des «mouches» ces dernières années pour finir au fond du gouffre. Pour preuve, le WA Tlemcen, qui a révélé les Benmoussa, Boudjakdji, Mezaïr' et autres, va quitter le palier suprême cette année alors qu'avant rien qu'avec ses enfants, le Widad faisait le beau jour de la Capitale des Zianides et du football algérien.
L'exceptionnelle USM El-Harrach!
S'il y a bien une équipe qui dépense peu, étonne et suscite un énorme respect dans le football algérien, c'est le dauphin actuel de l'ES Sétif, l'USM El-Harrach. N'ayant pas les moyens financiers de s'attacher les services de joueurs de «renom», le club de la banlieue d'Alger joue la carte de formation. Pas moins de 4 joueurs sont promus chaque année par l'entraîneur en chef, Boualem Charef, qui semble avoir une conception plus juste de ce sport collectif avant tout, se jouant en équipe et non pas sur le papier. Donner la chance et l'opportunité aux plus jeunes de goûter au bonheur d'évoluer dans le palier supérieur afin de s'épanouir plus et gagner un peu plus en maturité et en expérience. Une chance que n'offrent pas tous les clubs. Sous l'influence des dirigeants, les coachs se voient obligés de se passer des services de jeunes par peur des performances de ces derniers. L'appréhension prend souvent le dessus. Ce n'est pas tous les présidents ou tous les entraîneurs qui ont le courage d'aller chercher dans ces «antichambres» que sont les divisons inférieures. Ils n'ont pas aussi la volonté de bien faire et d'accorder un peu plus d'attention à ceux qui s'entraînent dans des conditions parfois très difficiles, qui font des sacrifices pour le club tandis qu'à la fin ils se retrouvent à la porte pour des raisons extra-sportives, juste parce que dans l'équipe A ils n'ont pas leur place, la place pour laquelle ils se sont battus dès leur jeune âge et une chance qu'ils n'auront jamais. L'autre formation jeune de la D 1, la JSM Béjaïa semble avoir trouvé en ses jeunes un moyen de faire face aux difficultés financières que rencontre le club de la Soummam. C'est d'ailleurs le souci de la majorité de nos clubs, la direction et le staff technique qui ont décidé de lancer des jeunes dans l'objectif de «garantir la pérennité du club», selon le boss des Aigles de Yemma Gouraya, Boualem Tiab. Une décision qui demande patience afin de cueillir les fruits comme est en train de le faire l'USMH devenu aujourd'hui
l'un des meilleurs teams algériens. L'exemple à suivre.
Où va l'enveloppe réservée aux jeunes '
Les jeunes sont délaissés, ignorés et ne rentrent pas dans les pseudo-projets des clubs qui font plus dans l'amateurisme et la gestion hasardeuse dans un championnat dit professionnel. Certains dirigeants ne payent même pas les frais de l'équipe première pour ce qui est de l'hébergement lors des mises au vert, la restauration, le transport'. Ce n'est donc pas étonnant que la génération dite «montante» ne soit pas la préoccupation majeure de personnes dévoyées qui privent les enfants du club de l'argent qui leur est destiné et donc leur droit le plus absolu en s'engageant avec le club. L'Etat, via le MJS, a laissé entendre que ses subventions iront davantage, désormais, à la formation sportive des jeunes plutôt que vers les clubs. Dans une déclaration, M. Mohamed Tahmi, lors de sa visite à Tébessa, a affirmé que : «Les aides des pouvoirs publics devront être orientées vers la création de structures de formation sportive et à la multiplication, à court et moyen termes, des classes sport-études pour promouvoir et développer la pratique sportive». Une position que sa tutelle avait déjà prise mais l'enveloppe a toujours été dépensée dans tout, sauf dans la formation des jeunes. Pour cela, dans le nouveau projet de loi relative à l'organisation et au développement de la formation et des activités physiques et sportives, il a été relevé que les dispositions de la loi n°04-10 en matière de contrôle des associations se sont avérées inefficaces car elles n'énoncent pas les mécanismes de sa mise en place ainsi que l'utilisation des subventions, ce qui a engendré de l'opacité dans la gestion des fédérations ainsi, que dans les apports accordés par d'autres sources (sponsors, collectivités locales '). De surcroit, le volet de la formation sportive, qui connait de sérieux dysfonctionnements, a été abordé, mentionnant que les approches disparates ont rendu beaucoup plus difficile l'établissement d'une synergie entre les différents partenaires, notamment la formation des jeunes athlètes. Cette dernière fut à maints égards négligée, institutionnalisée. Ce qui n'a pas permis d'assurer le renouvellement de l'élite. Une élite qui se cherche toujours et dans toutes les disciplines. L'argent part et revient, tout comme les résultats. Au milieu de tout ça, seuls ceux qui ont des bases solides tiendront la route et iront au bout de leurs rêves.
La base, c'est les jeunes, les champions de demain qui doivent bénéficier d'un peu plus d'attention et d'opportunités. Il faudra pour cela trouver ceux qui la leur donnent. Rien n'est sur.
M. T.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed Touileb
Source : www.latribune-online.com