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Les Algérois entre abstention et résignation



Les Algérois entre abstention et résignation
Les élections législatives et le raz-de-marée du FLN semblent laisser les Algérois indifférents.
L'on vaque à ses occupations en cette chaude journée de mai. Ce scrutin, pourtant présenté comme «l'événement du siècle» par les discours officiels, n'aura rien changé à leur quotidien. «Et encore moins à nos vies !», s'exclame un quinquagénaire. «Nous ne pouvons même pas dire que nous sommes déçus car nous ne nous attendions à rien», poursuit-il en haussant les épaules. Pourtant, le changement tant réclamé par les citoyens était censé se «produire par les urnes».
Ces mêmes citoyens ne semblent pas du même avis. «Quel changement ' Ce n'était qu'un v'u pieux, un discours à usage externe. Le changement ne se décrète pas du jour au lendemain. Le changement s'opère d'abord dans les esprits, les mentalités. Et ce ne sont pas des élections fantoches qui, franchement, nous sortent par les yeux, qui y changeront quelque chose», assène un fonctionnaire.
Entre fatalisme et désintérêt total, que pensent-ils des résultats de cette consultation ' Le sujet les surprend et même les fait sourire. Tout particulièrement les plus jeunes, certains confessant «ne pas s'y être intéressés», «ne pas avoir d'opinion à ce propos». «Je ne m'attendais pas à cette question. Les élections ' Je n'en pense pas grand-chose.
Les résultats étaient prévisibles. J'avoue d'ailleurs que ceux qui s'attendaient à autre chose m'amusent», confie, souriant, un jeune cadre. Pour lui, la victoire du FLN est indéniable. Seulement, «pas à ce point». «Comme nombre d'Algériens, je ne nie pas que le parti soit en tête, mais les scores et le nombre de sièges remportés c'est tout de même un brin exagéré», juge un octogénaire, plongé dans la lecture de la presse nationale. D'ailleurs, si sur les bancs publics, les occupants débattent vivement, journaux à la main, il suffit de prêter l'oreille à des bribes de conversation pour comprendre que les termes qui fusent ne sont, le plus souvent, pas tendres envers le pouvoir ou encore les grands gagnants de ce scrutin. «Fraude», «corruption», «tchipa», «PV trafiqué», «parti unique»' «Le FLN est au pouvoir depuis 50 ans et regardez l'état du pays. Je ne pense pas que les gens puissent avoir voté pour eux, je ne me l'explique pas», s'emporte une quadragénaire, cadre dans une entreprise privée. Avis que ne partage pas l'un d'eux.
La vraie question : l'abstention
«Les élections n'ont pas été fraudées, elles ont été calculées, étudiées et pensées. Cela fait des années que les partis au pouvoir, qui ont raflé la mise jeudi, achètent tout le monde à coups de milliards ou de privilèges. Dans ce contexte, il est évident que les Algériens votent FLN et RND», estime le sympathisant FLN. Pourtant, il n'a pas voté.
Ils étaient d'ailleurs peu nombreux à garder une ombre d'encre sur leur index. «Non je n'ai pas voté. Je connaissais les résultats et je ne vois pas pourquoi j'aurais cautionné cette mascarade», grommelle un trentenaire en montrant ses mains. La vraie question suscitée par ces élections est, selon nombre d'entre eux, le fort taux d'abstention.
«Le paramètre sur lequel doivent urgemment se pencher le pouvoir et les partis politiques, et avec le plus grand sérieux, ce sont les millions d'Algériens qui n'ont pas jugé utile d'aller voter», estime, avec de grands gestes, un retraité de l'éducation. «Imaginons que j'organise une fête et qu'un de mes voisins, que j'avais pourtant invité, ne vienne pas. C'est le fait qu'il ne soit pas venu qui va le plus me préoccuper, non pas comment sont venus les autres», compare-t-il en souriant. «Je réfléchis à ce que j'ai bien pu lui faire pour qu'il m'en veuille autant et je tente de réparer mon erreur !», poursuit-il. «Alors j'estime qu'aujourd'hui, la priorité absolue des dirigeants algériens est d'écouter le peuple, de se pencher sur sa détresse», espère-t-il. «Ils ont eu leur victoire, et largement. Il est temps pour eux d''uvrer pour le bien et la dignité des Algériens. Et surtout des plus jeunes», conclut-il en posant son regard sur un jeune vendeur de cigarettes.


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