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Les Algériennes battues doivent se faire violence pour pardonner !



Les Algériennes battues doivent se faire violence pour pardonner !
Le projet de loi incriminant un peu plus les violences contre les femmes a été adopté malgré la guérilla procédurière et réactionnaire des députés islamistes. Il contient des progrès timides mais réels, mais comporte toutefois une disposition controversée, perfide même. Un verrou vicieux, un sous forme d'article pernicieux qui absout le crime de violence en cas de pardon de la victime.Par principe, dirait-on, toute avancée est bonne à prendre. Surtout quand il s'agit de plus de droits et de plus de libertés. Encore plus quand il est question d'une meilleure protection des femmes et des enfants. Dans le cas présent, la bonne nouvelle, c'est le renforcement du faible arsenal juridique en matière de répression des violences à l'encontre des femmes. Le projet d'amendement du Code pénal prévoit en effet de criminaliser la violence contre les femmes, notamment dans la relation conjugale ou hors cadre du mariage. Il n'en était que temps, plus d'un demi-siècle après l'Indépendance ! Et, dirions-nous à ce propos, il n'est jamais trop tard pour bien faire dans un pays où les pesanteurs sociales et la tradition, dans la réalité des faits quotidiens, pèsent plus lourd que le droit.Mais, aussi réjouissante soit-elle, cette avancée réelle porte en elle un vice rédhibitoire, celui de la main droite réactionnaire qui retire les bienfaits de la main gauche libérale. Le projet de loi comporte, à vrai dire, une clause scélérate. Une stipulation vicieuse qui disculpe du crime de violence «quand la femme pardonne à son agresseur» ! Insidieuse et turpide, cette condition l'est certainement car la scélératesse est synonyme de ma-lignité, de perfidie, d'infamie, de trahison, d'abomination et d'injustice. La rosserie de cet arrangement coupable de lâcheté politique, est d'autant plus évidente que cette clause de pardon n'est même pas une clause compromissoire. C'est, assurément, une conditionnalité abusive, nettement léonine. Car elle responsabilise plus la victime invitée ainsi à réfléchir aux conséquences de son éventuelle plainte. Et elle favorise justement son pardon dans une société où la pression sociale est telle que la victime serait amenée, le plus souvent, à absoudre son bourreau. Ceux qui ont élaboré le projet de loi et le gouvernement qui a cédé aux forces machistes et rétrogrades, semblent avoir agi hors temps, hors sol et hors contexte. Une loi, c'est évident, se conçoit et s'élabore en prenant en considération les aspects sociologiques, économiques et psychologiques de la population. Or, on sait pertinemment que les femmes algériennes violentées au sein d'une société où les rapports sociaux sont violents et basés le plus souvent sur le rapport de force et la survalorisation de la place de l'homme dans la société et dans la famille, se plaignent assez rarement devant un juge.Dans la plupart des cas, elles ne déposent pas plainte de peur de se faire éjecter du domicile familial et parce qu'elles ne peuvent pas subvenir à leurs besoins, une fois seules. Selon des statistiques fiables, seules 17% des femmes ont des revenus réguliers qui leur permettraient, le cas échéant, de se prendre en charge financièrement. C'est ainsi que le législateur condamnait déjà les femmes sans ressources et sans autonomie financière à souffrir en silence et à ne pas penser à porter plainte. La loi, parfaitement imparfaite de ce point de vue, tient peu compte des facteurs de menace, d'intimidation et de chantage dont les femmes sont l'objet permanent au sein de la famille, dans le travail et dans la société. Cette clause infâme et finalement peu protectrice des femmes battues, et alors qu'elle se propose de mieux les défendre, aurait même, une fois appliquée en l'état, un effet contreproductif vénéneux. Elle favoriserait un surcroit de violence, particulièrement la récidive, sachant que le pardon des victimes absoudrait in fine le crime de violence. Or, nul ne doit ignorer que les conditions sociales et le contexte psychologique du couple et de la famille élargie, dans le cadre plus global de la société, inciteraient le plus souvent les femmes à pardonner après la plainte. Les mêmes facteurs qui l'incitent à ne pas porter plainte, pousseraient la victime à pardonner après coup ! Cercle vicieux.Toutes les associations de lutte contre la violence à l'encontre des femmes et qui sont à leur écoute permanente, disent qu'elles ont peur et subissent des pressions incoercibles. Et que la grande majorité retire la plainte, redoutant de se retrouver à la rue avec les enfants. Même quand elles savent que le logement familial reviendrait à la femme qui a la garde légale de la progéniture, en cas de divorce en bonne et due forme. Cette clause injuste, qui efface, après coup, la responsabilité délictuelle de l'auteur des violences, ne doit pas être maintenue. Et, il faudrait, même en cas de pardon de la victime, que la Justice maintienne elle-même la plainte. La Justice doit donc rester le premier et l'ultime responsable de la protection de l'intégrité des personnes, à fortiori des individus fragiles, encore plus des femmes violentées.C'est évident, la miséricorde ne doit pas dépasser, surpasser, contourner la justice. Et, il ne faudrait pas, comme le disait Blaise Pascal, que ne pouvant pas fortifier la justice, on justifie alors la force, dans ce cas, la violence conjugale, absoute, après coup. Les législateurs, les juges et les pouvoirs publics doivent finalement écouter Confucius lorsqu'il dit «Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal».N. K.


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