
Le siège de SonatrachLe juge revient sur les circonstances des négociations et demande aux prévenus pourquoi ils ont refusé de revoir à la baisse leurs prix, puisqu'ils tenaient tant à ce marché.La séance matinale du procès Sonatach 1, démarre avec l'audition des accusés du 4e groupe, en l'occurrence les représentants des entreprises étrangères, qui étaient en relation avec Sonatrach, et poursuivis pour surfacturation sur les contrats, et d'abus d'avoir. Le premier à se présenter à la barre, le représentant de la société Saipem, une société qui était en relation avec Sonatrach depuis 1968 jusqu' à 2010, et à ce titre elle a engrangé durant ces années, un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars sur 175 projets concrétisés, dont une participation du temps du P-DG Meziane sur 20 appels d'offres, soit huit projets d'une valeur de trois milliards de dollars. De prime abord, l'accusé insiste sur le fait que la relation était des plus normales durant toutes ces années, et que le choix de gré à gré pour la signature des contrats était une décision de Sonatrach. Par ailleurs, sur les faits et les détails des événements qui se sont produits en Italie, le prévenu affirme que cela n'est pas de son ressort. C'est sur ces réponses, que le juge convoque le représentant du groupe algéro-allemand Contel Funkwerk, spécialisé dans la télésurveillance et accusé de corruption. Ce dernier confirme l'aspect urgent de la sécurisation des sites de Sonatrach, c'est ce qui a particulièrement dicté le choix du gré à gré. Suite à quoi, c'est le représentant de Funkwerk Group, Dr Gueling, qui arrive à la barre, s'exprimant en anglais et traduit par deux interprètes.Il précise qu'il avait pris la supervision des contrats à partir de celui signé avec El Ismaïl Djaâffar, qui prospectait pour trouver une société efficace pour la réalisation de son projet. Le juge Reggad l'interroge sur les prix très élevés des contrats, et demande des explications. L'accusé, avec beaucoup d'assurance, répond que les prix de son groupe ne pouvaient pas être comparés avec d'autres offres de service, vu la qualité de la technologie utilisée dans ses réalisations, et précise que sa société ne se contente pas d'installer uniquement des caméras, mais offre également la possibilité d'exploiter des systèmes hautement performants. Le juge insiste sur les critères qui déterminent les prix, et sont-ils discutés avec Contel-Algérie' Le prévenu informe que les prix sont discutés et étudiés par une commission interne et restent tributaires des matières premières et composants achetés, et qui influencent considérablement les valeurs.Un virement de 650.000 eurosLe juge Reggad enchaîne à la reprise des auditions, après la pause, avec la nature des relations du prévenu avec Réda Meziane. L'accusé insiste fortement sur le principe de Funkwerk Group, qui interdit formellement la signature de contrats avec des personnes qui ont une relation avec Sonatrach.Et c'est précisément la réponse qu'il a donné à la proposition de Réda Meziane, sachant que ce dernier était le fils du P-DG de Sonatrach, et indique que même El Ismaïl Djaâffar ne l'avait pas mis au courant de son association avec Faouzi Meziane, et il ne l'a su qu'au moment de la concrétisation de la société mixte.Suite à quoi, le juge indique au prévenu, que El Ismaïl Djaâffar avait reçu un virement de 650.000 euros sur lesquels il avait financé l'achat d'un logement à Paris, pour le compte de l'épouse de M.Meziane, l'accusé assure qu'il était au courant uniquement du virement de 30.000 mensuellement au compte de El Ismaïl Djaâffar, pour son travail de consultation, et dont une partie était un prêt. Aussi, il explique que cela peut arriver avec nos partenaires estrangers pour leur permettre de fournir un meilleur rendement et régler leurs frais de logistique et d'installation. Il informe que de toute façon les deux montants ne peuvent être que des prêts qui sont supportés par des documents officiels qui comportaient deux clauses importantes, l'une anticorruption et l'autre qui dégageait le groupe de tout règlement de taxes. D'autre part, le prévenu précise que l'investissement en Algérie est une grande aventure, et qu'il était indispensable de travailler avec des sociétés qui connaissaient le terrain, d'autant plus que Sonatrach ne voulait pas réaliser ces projets avec de petites entreprises. A ce moment, le juge revient sur les circonstances des négociations et demande au prévenu pourquoi ils ont refusé de revoir à la baisse leurs prix, puisqu'ils tenaient tant à ce marché. A cela le prévenu répond que ce projet leur a coûté beaucoup d'études, et ce en plus des honoraires des consultations. A ce stade du procès arrivent les questions des avocats de la partie civile, qui, regroupés autour du prévenu, ne ménagent aucun effort pour apporter des éclaircissements, notamment sur les prix et sur le choix de Contel-Algeria comme partenaire, sachant que cette dernière était d'une importance commerciale nettement faible par rapport au groupe Funkwerk, qui est coté en Bourse et qui compte à son actif une multitude de contrats internationaux très importants.La tâche du juge Reggad compliquéeA son tour, le procureur général revient sur les équipements utilisés par Funkwerk en Algérie, et pour lesquels il a fallu élever les prix. Le représentant de Funkwerk Group, explique que le choix de l'entreprise était lié par l'aspect d'urgence pour la réalisation du projet pilote de Hassi Messaoud, le partenaire El Ismaïl Djaâfar semblait le plus habilité pour cette tâche. D'un autre côté, certains équipements nous coûtaient très cher, du fait qu'ils étaient destinés à des emplois très difficiles, tels que l'installation des caméras dans des zones à risques. C'est alors qu'entrent en scène les questions des avocats de la défense, qui reviennent en premier sur la rencontre qui a eu lieu en Allemagne entre le représentant de Funkwerk, El Ismaïl Djaâffar, et Réda Meziane, en vue de concrétiser la relation entre les deux parties. Il est utile de rappeler que le représentant de Funkwerk avait déclaré qu'il était présent à cette rencontre mais qu'il n'avait pas eu de discussion avec Mohamed Réda Meziane et ne savait pas qu'il était le fils du P-DG de Sonatrach. Or, en arrivant à la barre, Mohamed Réda Meziane affirme que le représentant de Funwerk Group n'était pas parmi les personnes qu'il avait rencontrées en Allemagne.Les questions se succèdent et tournent autour des prix pratiqués, étaient-ils les plus élevés sur le marché, et ont-ils réellement respecté le cahier des charges' A cela, le prévenu reprend les mêmes arguments et insiste sur le fait qu'avant tout, leur groupe vendait de la technologie de haut niveau et qu'il avait rencontré énormément de difficultés, notamment pour l'acheminement des équipements et leur dédouanement.Au terme de cette douzième journée du procès, il apparaît clairement que la tâche du juge Reggad demeure des plus difficiles. Et pour cause, les déclarations des accusés sont souvent contredites, ou font l'objet de rétractations. Les éléments de réponse et les arguments avancés pour justifier les deux points centraux de cette journée, en l'occurrence l'importance des prix pratiqués et les raisons et les circonstances de l'entreprise réalisatrice, ne trouvent pas de voie d'explication. Et ce en plus des zones d'ombre qui au fur et a mesure du déroulement du procès augmentent et se creusent notamment sur les virements et les acquisitions à l'étranger au profit des prévenus qui concordent avec la signature des contrats. Mais de loin, la grande interrogation évoquée dans les couloirs de la cour demeure l'absence inexplicable des experts qui auraient pu analyser les prix pratiqués et déterminer leurs justesse, d'autant plus aucun élément de comparaison n'existe pour pouvoir juger leur exagération ou non.En somme, le passage des représentants des sociétés étrangères impliquées dans cette affaire a contribué néanmoins à déterminer avec précision les circonstances qui ont mené à la signature des contrats de gré à gré, et à préciser le rôle de chaque partie dans cette affaire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali AMZAL
Source : www.lexpressiondz.com