Alger - A la une

Le verdict sans appel des Algériens



Engagement, colère et détermination étaient visibles hier à Alger pour le 36e acte de la révolte pacifique. Dès la mi-journée, sous une fine pluie et au milieu d'un dispositif sécuritaire impressionnant, une petite foule d'irréductibles rompait déjà le calme qui règne sur les grandes artères de la capitale avant la prière du vendredi. À peine accompli le rituel hebdomadaire, Alger tonnait à nouveau pour faire entendre sa détermination à ne pas céder et à faire valoir pacifiquement ses revendications de changement radical de régime politique, de rejet définitif d'une élection présidentielle imposée et de libération inconditionnelle des détenus d'opinion.Face à des policiers bien en place, visiblement en alerte mais hésitant à intervenir, l'emblème amazigh, prohibé depuis plusieurs semaines, refait très ostensiblement son apparition dans la rue Didouche-Mourad, brandi par une foule compacte comme pour faire rempart à ses porteurs contre une éventuelle intervention des forces de l'ordre. Au fur et à mesure, hommes, femmes, enfants, jeunes et moins jeunes grossissaient graduellement les rangs des "marcheurs", scandant de nouveaux slogans réactualisés, mais aussi d'anciens, rejetant le régime politique en place et l'élection présidentielle prévue pour le 12 décembre.
"Participer aux marches est pour moi un devoir !" nous confie Madjid, chef de rang de son état, la trentaine passée, et dont la seule crainte est de voir les caprices du climat refroidir l'ardeur des manifestants. Pour lui, le changement radical que réclame le peuple est désormais irréversible. "Il ne peut y avoir d'élection avec le pouvoir actuel", tranche-t-il.
Plus que l'ampleur des marches et le comptage approximatif des manifestants, "la colère et la détermination sont plus visibles que jamais", nous dit, pour sa part, Ahmed, médecin sexagénaire et "manifestant assidu", selon son propos. "On ne peut qu'y croire (?)", nous fait-il comprendre. "Par-delà même l'échéance du 12 décembre, il est clairement question d'un véritable sursaut révolutionnaire", renchérit Nacira, artiste et militante engagée depuis de longues années.
Pour elle, la portée du mouvement du 22 février est sans précédent et se situe bien au-delà de simples revendications immédiates et de la tenue ou pas d'un scrutin présidentiel que voudrait imposer le pouvoir. En somme, "une leçon révolutionnaire (?)", comme nous le décrit un couple de touristes français, qui n'hésite pas à faire le parallèle entre la mobilisation populaire en Algérie et le mouvement des "Gilets jaunes" en France, mettant surtout en évidence l'attitude déterminée et "extraordinairement" pacifique des Algériens.
Du côté des forces de l'ordre, témoigne enfin un jeune policier en poste à Alger, les positions diffèrent. Certains, nous dit-il, "sont zélés, tandis que d'autres sont plutôt contre la répression et se contentent souvent d'obéir aux instructions quand ils n'ont pas le choix". Tous, nous affirme-t-il en définitive, redoutent surtout une pression encore plus intenable à l'approche du 1er novembre et de l'élection présidentielle.

Akli Rezouali
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