L'Etat algérien dépense trop. Les banques ont trop d'argent, mais les PME ne trouvent pas de financement. Les experts de l'Initiative Nabni dissèquent les dysfonctionnements de l'économie algérienne.
Des experts de l'initiative NABNI ont appelé dimanche à Alger, à couper définitivement avec la politique actuelle des subventions appliquée par le gouvernement, et puisant essentiellement de la rente pétrolière. Selon Wassim Benhassene, enseignant à l'Ecole nationale de management, qui s'exprimait à l'occasion de la rencontre du journal El-Khabar, organisée à l'Ecole supérieure de journalisme, le budget de l'Etat dépend à 66% de la rente pétrolière, une situation qui n'est pas sans conséquences sur le devenir et l'équilibre de l'économie algérienne. En effet, au risque de baisse des prix et ses conséquences sur les rentrées en devises, pointe le risque d'une baisse du volume d'exportations, d'autant plus que durant les dix dernières années, l'Algérie n'a pas enregistré de découvertes majeures dans le domaine des hydrocarbures.
Les perspectives pour les cinq prochaines années ne sont pas plus encourageantes, en raison, entre autres, du développement des gaz et pétrole de schiste, qui dessine une nouvelle configuration du marché gazier et pétrolier mondial, du fait du boom sans précédent qu'enregistrent les Etats Unis d'Amérique dans ce domaine. L'essor que connait le gaz de schiste aux USA menace d'un risque de baisse structurelle des prix, préviennent les experts, qui appellent à engager rapidement un processus de transition énergétique en Algérie.
Eclatement des dépenses publiques
En attendant l'amorce d'une telle option, le pays demeure dépendant de sa rente pétrolière, au point d'en être prisonnier. Au moindre toussotement ou malaise sur le marché pétrolier, c'est toute la structure de l'économie algérienne qui est menacée de dislocation. Selon les experts, il est temps par exemple que l'Algérie révise sa politique de subvention des prix énergétiques. Ils préconisent d'utiliser d'autres moyens pour faire parvenir les subventions aux personnes les plus démunies, soulignant que certaines subventions, non seulement grèvent le Trésor public, mais ne profitent guère aux plus nécessiteux. L'exemple le plus éloquent concerne les prix administrés pour les carburants, qui sont parmi les plus bas sur le plan régional, mais qui profitent souvent aux pays voisins et aux réseaux de contrebande. Selon Abdelkrim Boudraa, un des animateurs de l'initiative NABNI, dans les années 1980, avant le crash pétrolier de 1986, les gouvernants algériens ont agi selon une règle d'or non écrite selon laquelle le budget de l'Etat devait provenir de la fiscalité ordinaire. Or, aujourd'hui on enregistre un éclatement des dépenses, devenant économiquement insoutenable. Surtout qu'elles sont puisées exclusivement de la rente pétrolière.
Trop d'argent dans les banques, pas d'argent pour les PME
D'autre part, les participants à la rencontre ont mis en avant les distorsions qui caractérisent le système bancaire algérien, avec une caractéristique particulière : les banques, publiques et privées, sont en situation de surliquidités, alors que les PME n'ont pas accès à ces financements dormants. Pour ces experts, la pénalisation de l'acte de gestion est l'une des raisons principales de cette situation; une disposition qui freine, selon eux, tout élan, et voit la marge de manœuvre des managers fortement réduite, ce qui rend toute prise de risque nulle. Si cette raison peut être invoquée à la décharge des banques publiques, l'attitude des banques privées, elle, ne s'explique pas, d'autant qu'elles enregistrent des rendements très élevés en contrepartie d'une prise de risque nulle. Parfois même, les banques privées empochent des dividendes sans même débourser le moindre sou. « Le système bancaire, en Algérie, se caractérise par des distorsions liées au marché, d'autres liées aux entreprises, mais en grande partie aux banques elles-mêmes », relève un expert.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Younès Djama
Source : www.maghrebemergent.info