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Le trafic d'enfants entre Alger et Saint Etienne n'a pas révélé tous ses chiffres



Le trafic d'enfants entre Alger et Saint Etienne n'a pas révélé tous ses chiffres
Le tribunal criminel près le tribunal d'Alger a jugé lundi une affaire de trafic et de transfert illicite de nouveaux nés vers l'étranger. Une affaire aux contours quelque peu sordides qui n'a pas permis de répondre à la question : cas isolé ou phénomène étendue d'un « marché noir » des enfants
Il y a bel et bien eu un trafic de nouveaux nés entre l'Algérie et la France entre le début des années 90 et 2009, date où il a été éventé. C'est le sentiment qu'a laissé à la salle l'interrogatoire des prévenus ce lundi 28 mai à la cour criminelle d'Alger. Même si l'audition des sept prévenus présents sur les 13 incriminés, n'a pas permis d'évaluer les enjeux financier d'une telle activité. A la barre, le principal accusé, H. K médecin généraliste, incarcéré depuis mars 2009, avance le chiffre de 9 enfants adoptés et transférés en France. Dans des tentatives de plaider sa cause, le médecin qui a reconnu avoir orchestré de bout en bout les opérations de transfert, s'est perdu en conjectures en essayant de donner « un sens moral » à son action. S'il a fait accoucher ces mères célibataires loin des regards, ce serait dans un but humanitaire. « Je l'ai fait pour les protéger de l'opprobre populaire et surtout de la colère de leurs parents », insiste-t-il. Cette ligne de défense n'a pas réussi à emporter «l'empathie » de la salle. D'autant qu'avec son débit saccadé et ses gestes désordonnés, le médecin prévenu n'a pas montré de signe de repentir devant le juge. En somme s'il reconnait la matérialité des faits, il refuse de leur attribuer une connotation crapuleuse. Pour lui, il ne travaillait pas pour l'argent. Ils étaient au total 13 inculpés dont 7 présents ce lundi au box des accusés. Chefs d'inculpation : constitution d'un groupe de malfaiteurs, vol et transfert d'enfants illégalement à l'étranger. Le nombre d'enfants que ce trafic a touché a touché est l'une des zones d'ombres du procès. L'accusé principal H.K a donc reconnu avoir transféré neuf enfants à l'étranger, mais la longévité de son activité, depuis les années 90, laisse bien sûr penser qu'il y a eu bien plus de transferts illicites d'enfants vers l'étranger. Le réquisitoire du ministère public a été à la mesure de la gravité des faits. Une peine de 20 années de réclusion criminelle a été requise à l'encontre de deux accusés dans l'affaire dont le principal accusé H. K. ainsi qu'à titre posthume, un notaire S. W. Des amendes de 5 millions de DA et 2 millions de DA chacun ont été requises par le procureur général de même que la radiation pour une période de dix ans du corps médical à l'encontre du médecin. Le ministère public a requis une peine de 10 années de réclusion criminelle à l'encontre de cinq autres accusées dont 4 femmes et une amende de un million de DA.
Une filière stéphanoise de parents « demandeurs »
Si le procès du trafic d'enfants a tenu en haleine aussi bien l'opinion publique que la presse, présente en grand nombre, c'est que l'affaire a défrayé la chronique judiciaire pendant plusieurs mois. Sans doute parce que les faits pour lesquels ont comparu sont presque inédits en Algérie. L'affaire a, pour rappel, été jugée en première instance avant d'être renvoyée. Le principal accusé dans cette affaire, le médecin généraliste était propriétaire d'une clinique privée à Ain Taya, dans la banlieue Est d'Alger. Il est poursuivi pour le chef d'accusation de constitution d'un groupe de malfaiteurs qui a organisé depuis les années 1990 le transfert illégal de nouveaux nés vers la région de Saint Etienne en France, où le médecin faisait adopter ses enfants auprès de couples monnayant des rétributions. Le médecin titulaire d'un doctorat en médecine générale, s'est découvert des vocations d'obstétricien. S'appuyant, à Alger, sur le concours d'un réseau de « femmes d'accueil », il faisait venir les candidates à l'avortement en leur promettant, au nom de la sauvegarde de la vie, de les aider à aller au bout de leur grossesse et à accoucher. Mais en contrepartie elles devaient se désister de leur progéniture une fois venue au monde. Après quoi, le médecin faisait signer avec la complicité d'un notaire, aujourd'hui décédé, de faux actes de Kafala pour le compte de couples sans enfants installés en France. C'est à Saint Etienne que se recrutait l'essentiel de la « clientèle » de H.K au terme même des 09 transferts qu'il a reconnu. Le médecin y possède un appartement qui lui servait accessoirement, selon l'acte d'accusation, de « place de négoce » pour l'adoption des nouveaux nés. Le subterfuge de la Kafala factice nécessitait l'enrôlement d'une troisième personne apportant son faux témoignage. Les deux complices faisaient payer aux candidates à l'avortement de petites sommes pour chaque « contrat » de désistement de leur enfant signé. Le gros de leur rétribution venait des parents d'accueil en France. Ce « négoce » a duré depuis le début des années 1990 et n'a finalement pas pu révéler en audience son étendue réelle, même si le procureur parle de « commerce florissant ». En 2009, l'affaire a éclaté au grand jour après qu'une des candidates à l'avortement eut dénoncé le médecin et ses complices. Lors de la perquisition, les éléments de la police judiciaire ont découvert au domicile et dans la clinique une quantité importante de matériel de médecine obstétrique. Le voisinage paraissait être dans le secret. La clinique de H.K était appelé l'abattoir. Les plaidoiries de la défense ont commencé en début de soirée.
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