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«Le stylisme culinaire convoque plusieurs métiers»



Malek Haddad sait mêler l'artistique et le culinaire dans son métier. Il sait sublimer le plat à travers la photo, le dressage et la décoration. Il nous explique son métier très visuel qui donne envie au potentiel consommateur.? Comment a commencé votre aventure dans la photographie '
Le début de mon aventure dans la photographie remonte à l'époque ou j'avais 14 ans. Les appareils photo traînaient partout dans la maison, car mon regretté père, Saci Haddad, était l'un des pionniers de la photographie algérienne.
Il était reporter photographe au journal El Moudjahid. La photographie est une histoire de famille. Je dirais que mes jouets ont toujours été des appareils photo. Je me plaisais à photographier tout ce qui était dans mon champ de vision dont, entre autres, des bibelots, ou encore les biscuits que ma mère préparait, tout en essayant d'adopter le bon cadrage et la bonne lumière. J'accompagnais mon père le week-end au journal El Moudjahid, et c'est là que j'ai appris à développer mes propres clichés.
A l'âge de 20 ans, j'hésitais entre faire une carrière dans la cuisine et la pâtisserie ou dans la photographie. En 1984, j'ai intégré, finalement, en tant que photographe la rédaction du journal El Moudjahid, puis celle d'Algérie-Actualité, pendant près de dix ans. J'ai monté en 1991, ma première exposition photographique en noir et blanc intitulée «Mémoire du temps» au cercle Frantz Fanon de Riadh El Feth, à Alger.
? En 1994, vous décidez de quitter le métier de photographe de presse pour travailler à votre propre compte?
Après mûre réflexion, j'ai quitté mon travail de photographe de presse pour me lancer dans une autre aventure des plus intéressantes. Je me suis installé à mon compte en créant une agence, spécialisée dans le consulting, la communication et l'audiovisuel. J'ai illustré mes premiers livres de cuisine et de pâtisserie, puis de fil en aiguille, j'ai commencé à être contacté pour réaliser différents pack shoots photos. Il est important de souligner que cela fait une vingtaine d'années que je me suis finalement spécialisé dans le stylisme culinaire.
Pour percer dans ce métier très particulier du styliste culinaire, il faut savoir et pouvoir allier la cuisine à la photographie. Il faut avoir du feeling et aimer ces deux corps de métier à la fois très techniques et très artistiques. Depuis 2009, mon équipe et moi réalisons intégralement différents livres de cuisine avec photos, textes et élaboration de recettes, et de là j'ai commencé à fournir différents éditeurs qui y ajoutaient leurs noms. J'ai réalisé près de 200 livres de cuisine d'une quinzaine de recettes chacun, qui sont disponibles sur le marché national sous différentes collections et parmi lesquels nous citerons, entre autres, Bnina, Culina, El Djazaïria.
Depuis deux ans et l'avènement des forfaits internet, les gens ne vont plus vers le livre culinaire. Ils préfèrent surfer sur le Web. J'irai encore plus loin dans ma réflexion en disant que les opérateurs économiques communiquent désormais plus sur le Web et non pas via les chaînes de télévision. C'est une nouvelle époque, une nouvelle ère où aucun éditeur ne se risquerait d'éditer des livres de cuisine, car le marché n'est pas lucratif. Pour 100 DA, le prix d'un livre, les gens préfèrent télécharger des gigas sur le Web et avoir tout ce qu'ils veulent.
? Justement, vous avez lancé, il y a un an et demi, une nouvelle chaîne sur Youtube baptisée «Les AteliersLihLih»?
Nous sommes passés de la version papier à la version vidéo en créant il y a un an et demi notre propre chaîne sur Youtube baptisée «Les AteliersLihLih». Nous avons commencé dans un premier temps par créer de petites vidéos de cuisine qui ont d'ailleurs été diffusées sur une chaîne de télévision privée. Cette chaîne, «Les Ateliers LihLih», propose des recettes faciles à réaliser et des astuces culinaires, déclinées en quatre langues, l'arabe, le français, l'anglais et le tamazigh. Les recettes y sont expliquées de manière très explicite, étape par étape.
En une année, «Les Ateliers LihLih» ont enregistré plus de 4 millions de vues et près de 60 000 abonnés. Nous avons réalisé des milliers de recettes. Je dois reconnaître que cela fait plusieurs années que nous avons entamé ce nouveau virage. Nous nous sommes rendu compte qu'il y avait un besoin réel en stylisme food. Nous sommes devenus par la force des choses un laboratoire d'essai culinaire.
Nous essayons et adaptons toutes les recettes, de façon à ce que les gens puissent cuisiner et pâtisser avec les produits made in Alegria en leur garantissant une réussite à 100% de leurs recettes. Nos vidéos sont disponibles gracieusement sur Youtube «Les AteliersLihLih». D'autres passent sur des chaînes de télévision thématiques.
? Comment définissez-vous la photographie culinaire '
La photographie culinaire c'est pouvoir réaliser des images qui éveillent tous les sens. C'est pouvoir sentir et goûter uniquement du regard. C'est finalement pouvoir sublimer un produit et lui donner suffisamment d'appétence pour mettre en éveil toutes vos papilles.
? Vous êtes exigeant et méticuleux dans la présentation de vos recettes qui sont servies dans des ustensiles originaux et rares à la fois?
J'ai accumulé plusieurs accessoires au gré de mes voyages et ceux de mes proches. Tout le monde est impliqué dans cette collecte de belle vaisselle. Un objet rare peut apporter une touche particulière au niveau de la décoration. J'ai compartimenté tous mes ustensiles de cuisine, mes épices, mes nappes et mes décorations dans des rayonnages pour avoir plus de visibilité. Je me suis spécialisé dans ce que je fais.
Mon personnel a fait des formations d'appoint un peu partout à l'étranger. Je n'ai pas la prétention d'être un chef. C'est pour cela que je reviens toujours à notre expertise, le stylisme culinaire et notre laboratoire d'essais culinaires. Ce sont deux corps de métier exceptionnels que la photo vient chapeauter. Après 40 années d'expérience dans la photographie et la mise en scène, Je dirais que c'est l'?il de l'artiste qui est mis au service du culinaire.
? Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier '
Chaque jour que Dieu fait est une nouvelle aventure enrichissante. Il faut continuellement trouver des idées et des astuces originales. Il faut trouver et remédier à certaines contraintes quand vous avez à photographier un plat fondant sous les projecteurs (rires). Nos journées de tournage sont parfois très longues. Il faut parer, souvent, à des détails de dernière minute. Il y a le stress qui s'installe, mais qui est vite dissipé une fois le résultat fini. Le brûler ou le faire tomber par terre !
? Quel est votre regard sur la gastronomie algérienne '
Je pense qu'il y a eu énormément d'évolution et un immense pas fait en avant. Je pense aussi que les métiers se sont confondus. Pour certains, il suffit que la personne fasse un cake pour qu'elle s'autoproclame chef. Aujourd'hui, je me dis que ma mission est de continuer à offrir de bonnes et belles recettes stylisées à la portée de toutes les bourses. Nous sommes présents sur le marché algérien avec notre expertise et notre expérience. A titre d'exemple, tout le monde peut réaliser un mille-feuille. On peut le présenter sous deux formes, rectangulaire ou ovale. Les bases sont les mêmes, mais il faut savoir relooker et donner une touche artistique au produit.
? Quels sont vos souhaits et aspirations '
C'est de revenir au livre d'art. J'aimerais aller à contre-courant de la tendance du tout numérique. C'est vrai que le beau livre reste cher. Il se vend approximativement à 5000 da, mais j'espère pouvoir à terme réaliser le beau livre de mes rêves qui envelopperont tous une carrière, riche de quarante ans qui s'appellerait «Les ateliers LihLih». Je voudrais aussi, si possible, ouvrir une école académique, spécialisée dans la photo et le stylisme culinaire.
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