Les festivals et les salons se sont multipliés dans notre pays, souvent à grands frais, pour mieux cacher l'immense arrière-cour où la médiocrité le dispute à l'indigence intellectuelle. Le 17e Salon international du livre a été clôturé, hier à Alger, avec la conviction de chacun que cette édition a été un succès commercial certain. L'affluence du public a été exceptionnelle, selon les organisateurs, mais il reste à savoir si le lecteur a trouvé le bon livre et au prix attendu. Les quantités d'ouvrages écoulées ne peuvent pas constituer un indice de la qualité des contenus, d'autant que le volet théologique occupe, comme de coutume, une portion importante du volume global entreposé dans les stands.
Les dérives propagandistes, en relation avec l'apologie du terrorisme, ont été ôtées du Salon, selon le département ministériel de tutelle, ce qui est déjà un motif de satisfaction dans une aire géographique sous la pression permanente de l'activisme intégriste.
Au-delà de l'impact de cette rencontre sur le public, la question de la place du livre dans le quotidien de l'Algérien reste entière. Il apparaît paradoxal que le succès des «foires» du livre s'accroît au moment où, de l'avis des spécialistes, le niveau du système éducatif dans notre pays continue sa course vers la lanterne rouge. La dernière illustration de l'«embellie» intellectuelle dans notre pays nous vient de l'Assemblée nationale où, à l'occasion du débat autour du plan du gouvernement, les nouveaux députés ont donné à leurs électeurs de mauvaises nouvelles sur la qualité et le niveau de l'actuelle représentation parlementaire.
Si les pouvoirs publics se sentent à l'aise dans leur rôle d'organisateurs aguerris de manifestations culturelles, on ne peut pas dire qu'un travail en profondeur ait été fait, ces dernières décennies, pour bâtir des pôles d'excellence susceptibles de s'imposer au plan international dans l'innovation et la création. C'est sans doute le contraire qui a été laborieusement entrepris dans l'objectif d'anesthésier la société, de désamorcer ses ressorts intellectuels qui sont la vraie menace sur l'hégémonie et les pouvoirs autocratiques. L'histoire récente dans la région montre que les révoltes populaires ont concerné prioritairement des sociétés culturellement émancipées, où le niveau du système éducatif a fait naître des élites éclairées et conscientisées. Les régimes les plus autoritaires misent sur l'acculturation plus que sur la répression et sur la surveillance policière.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com