Alger

Le rouge et le noir



Officiellement, le taux de chômage en Algérie est de 12%. Il n?existe aucun moyen de vérifier l?exactitude de cette donnée. Dans un pays où les pouvoirs publics exercent un monopole complet sur les chiffres, il devient difficile de distinguer entre le vrai et le faux dans le discours officiel. L?envahissement du marché informel de l?emploi, vécu comme une situation de fait, permet aux fonctionnaires d?Alger de « remplir » les bulletins de bonnes notes et de s?installer dans le confort du « tout va bien ». Situation amplifiée par les propagandes-recyclage de la télévision unique sur l?état de l?économie nationale. Chaque fait et geste du gouvernement est présenté comme une réussite indiscutable. Alors que des voyants sont au rouge. Comme il y a plusieurs institutions qui interviennent dans la sphère économique, au point de se superposer et de se marcher sur les pieds, les données sur l?emploi sont nombreuses, parfois contradictoires. C?est simple : quelle est la différence entre le ministère de l?Emploi et de la Solidarité et celui du Travail ? Emploi et travail n?ont-ils pas la même signification ? Les opérateurs économiques disent ne pas savoir à qui s?adresser pour régler un problème ou obtenir une décision. La bureaucratie, toujours étouffante, empêche des projets qui auraient pu contribuer à créer des postes d?emploi pour les jeunes. Proclamer, dans le cadre aseptisé du Club des pins, qu?une « stratégie industrielle » va être appliquée ne sert à rien. Sauf à cacher une incompétence, de plus en plus vérifiable, à donner un réel coup d?accélérateur aux réformes économiques et à montrer ce que l?on veut faire de l?Algérie de demain. Pire, on installe le doute dans la communauté des affaires à travers des actions pénales qui semblent relever plus de règlements de comptes politiques que d?une volonté de faire justice. Pas besoin de citer des exemples. Fermer ou mettre sous séquestre des usines ou des entreprises, sans fondement légal justifié, aide-t-il à lutter contre le chômage et renforcer l?image d?attractivité du pays ? Faut-il que l?allégeance aux tenants du pouvoir devienne un acte ordinaire de gestion pour que les capitaines d?industrie ne craignent plus les sautes d?humeur des procureurs et des juges ? Il est vrai que le combat contre la corruption est un devoir permanent pour les autorités ? qui curieusement n?évoquent plus « la moralisation » de la vie publique ? et pour la justice. Mais, la justice est-elle au-dessus de tout soupçon ? Les banques publiques, réputées peu efficaces dans les dispositifs « d?insertion » des jeunes dans la vie active, sont au c?ur d?un système qui bloque les initiatives et qui entretient l?opacité. Aucun officiel n?arrive à expliquer pourquoi les réformes financières s?enfoncent dans le sable. Et pourquoi des containers de crédits sont accordés à des particuliers, proches des cercles lumineux, sans aucun contrôle ni aucune barrière. Reste que dans les rues des villes et villages, les jeunes, qui sont loin des salons moelleux d?Alger, regardent le temps passer sans espoir. Le noir destin qu?ils s?imaginent a, fatalement, la même couleur que celle du pétrole.
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