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Le regard authentique d'un artiste de talentHOMMAGE À MUSTAPHA TIGROUDJA, ARTISTE PLASTICIEN



Un artiste actif et dynamique
Ses tableaux réalisés avec dextérité, illustraient le mal de la société algérienne, sans tomber dans la dérision.
Né le 22 avril 1979 à Tizi Ouzou, le même jour que des célébrités telles que Odilon Redon, Emmanuel Kant, Madame de Staël ou Lénine. Après une lutte contre la maladie qui s'est déclenchée en avril 2012, Mustapha Tigroudja subit une première intervention réussie, en septembre 2012, à peine a-t-il bouclé ses 34 ans. Il subit une deuxième intervention chirurgicale le 3 juillet, pour traiter un cancer de l'estomac, il décède le jeudi soir du 4 juillet 2013 dans un hôpital de la capitale, heureusement entouré de sa famille, il est ensuite inhumé à Tizi Ouzou.
Mustapha Tigroudja est issu d'une famille aisée, d'origine kabyle, descendant des Ath Jennade, a grandi dans les quartiers d'Alger-Est, artiste plasticien algérien hors repères, d'abord par son éducation irréprochable puis par son talent d'artiste plasticien, il était parmi les meilleurs jeunes dessinateurs, portraitistes et peintres de son atelier.
Après avoir entamé un cursus de 5 ans au département des beaux-arts option peinture, il obtient son diplôme d'études de l'Ecole supérieure des beaux-arts d'Alger en 2006, et entre dans la vie professionnelle où il ne lésinait pas sur la qualité et l'originalité de son travail. Mustapha était un bon vivant, très sociable et beau, il avait l'allure d'un acteur.
Il aimait son pays
La différence, c'est qu'il était un vrai Algérien, d'une très grande modestie, d'une bonté, d'une gentillesse, noble et sincère avec une grande ambition de réussir. Nous étions tellement admiratifs et impressionnés par son travail que nous, en tant que camarades, avions peur pour lui qu'il ne puisse évoluer dans notre société où l'artiste peine à trouver sa place. Mustapha Tigroudja avait du génie, aimait son pays à en mourir, puisqu'il a prouvé qu'il pouvait réaliser des chefs-d'oeuvre avec ses mains et son génie sans se cloisonner.
Il était attentionné avec ses camarades et son entourage. Correct, humble et pieux. Bilingue et d'expression arabe, il partageait ses idées et cherchait à comprendre les autres. Ses tableaux réalisés avec dextérité, exprimaient toute la beauté de son génie et son énergie et illustraient le mal de la société algérienne, sans tomber dans la dérision. Il était toujours optimiste et prenait la vie avec humour.
Les tableaux de Mustapha Tigroudja, c'est avant tout son pays et sa culture. On retrouve de nombreuses peintures sur son blog de TAXI-PHEN, qui illustrent bien la beauté des quatre contrées de l'Algérie: femme kabyle, femme algéroise; mais voilà, devant cette culture qui commence à disparaître, il réalise, des causes!
Représentant en avant-garde et de façon remarquable des tableaux aux titres de: Observation personnelle; Le méchant, Moment de colère; les yeux de l'audace; les yeux de la peur, les yeux de la mort; les yeux, les yeux, l'oeil qui pleure, l'oeil tout simplement.
Cet oeil et ces yeux qui ont suscité autant de récits à travers l'histoire et les religions, Mustapha les observait dans toutes leurs expressions, les représentait à sa façon afin de percer leur mystère.
Artiste actif et dynamique, très bon académicien, son travail s'inscrit dans le courant expressionniste, frais et original, il reste en tête et nous interpelle au premier tableau. A travers ses recherches, il nous permet de comprendre sa peinture, cette volonté nous dit vouloir cerner le mystère des yeux, au langage spécial qui détiennent une vérité, l'a poussé à réaliser une peinture captivante qui englobe les yeux dans toutes leurs dimensions.
Il se basait sur les secrets de la physionomie ou «3Ilm El Farassa» qui fait allusion à l'importance de la diversité des peuples, de la tolérance des gens ainsi que la piété déjà citée au Coran, tout ceci vu par un peintre. Il s'était appuyé sur des sources telles que: Farasset El Aïne de Zaidane; Les yeux, Magie du corps de M.Desmond; De l'art du portrait de N.Schneider; L'oeil comme symbole sacré, Le regard animal, Les superstitions et croyances populaires, ou encore Comment se prémunir du mauvais oeil!
Sur le plan esthétique, Mustapha était fidèle aux textures et aux couleurs opalescentes, la transparence est quasi-présente dans la totalité de ses tableaux. Il nous expliquait par rapport à sa peinture, que plus on s'éloigne du centre du tableau, plus les traits et les formes s'entrelacent et tendent à disparaître, comme le fait de focaliser en photographie, ceci pour donner au sujet toute sa valeur.
Autrement, pour ce qui est des traits qui s'entrecroisent, divergent, s'entrelacent en mouvement dans toute la surface de sa peinture, ce sont une expression réelle de Mustapha pour ce qui est pour lui des nerfs qui permettent la viabilité de l'oeil et ce nerf qui permet de transmettre l'image à l'esprit, il est de ce fait le semeur de la vie et dans l'ensemble, tout ceci s'articule dans un mouvement perpétuel. Mustapha par son caractère sociable, arrivait à synthétiser, avec des couleurs et des mots, ce que les autres ne pouvaient voir ou entendre. Le choix des yeux de la mort, se réfère aussi à cet oeil bleu qu'on retrouve comme talisman dans la culture ottomane, pour se prémunir du mauvais oeil, et qui représente l'oeil de l'étranger.
Parmi les expositions, ses tableaux ont orné plusieurs galeries et événements, comme celle de la Maison de jeunes, Réghaïa (individuelle); L'Université Houari Boumediene de Bab Ezzouar (Collective, 1999), Festival Taous Amrouche, Béjaïa (2000); L'Ecole supérieure des beaux-arts d'Alger (individuelle, 2001); l'Ecole supérieure des banques, Bouzaréah individuelle, 2001); l'hôtel El Aurassi (collective 2002, individuelle 2003); L'hôtel El Djazaïr (Individuelle, 2003); salle El Mougar (collective 2002, 2004); Galerie de Tiaret (Collective 2003); 11e biennale des jeunes créateurs méditerranéens et européens Athènes, Grèce (2003); Centre culturel de Boumerdès (collective 2004); Galerie Racim, Journée de l'artiste et la salle Ibn Khaldoun (collective, 2004), Bastion 23 Kassr el rias, Mosaïque d'été (collective 2004).
En somme, il avait à son actif plus d'une soixantaine de tableaux parfois accompagnés de poèmes, titrés après réalisation, des reproductions, où le quotidien des gens, Mustapha ne s'est pas laissé abattre par la maladie, même aux dernières semaines de sa vie, il a continué à s'exprimer en tant que peintre. Il a aussi plusieurs travaux et expositions remarquables, où il a voyagé et a pu connaître d'autres sociétés.
Il était à jour avec son temps et surtout polyvalent, il a réalisé des maquettes monumentales à échelle réelle pour le ministère du Tourisme lors de la Foire internationale d'Alger comme l'arc de Trajan de Timgad (Arc de Triomphe) 2001 et 2002; réalisation de décor pour l'année de l'Algérie en France 2003; il a aussi participé à plusieurs fresques monumentales dans les différentes régions d'Algérie et a été aussi, décorateur de dessins animés.
D'un parcours prodigieux, à un avenir prometteur, il illustre l'ouvrage de Règle-ments et codes militaires de l'armée musulmane (Yacine Béna-chenhou 2009). Il réalise aussi la décoration de plateaux de cinéma.
La féerie de ses travaux avait pour origine de travailler la perfection, réussir en tant que jeune talent algérien, devenant ainsi chef décorateur, il avait pour rôle de créer l'espace physique de l'oeuvre cinématographique et définir son esthétique dans ses moindres accessoires, tout en respectant un budget déterminé. Il s'est vu donc évoluer en participant à la décoration du film Délice Paloma en 2007 (Nadir Moknèche) ou de Mascarade en 2008 (Lyès Salem); puis devient chef décorateur de long et court métrage où il se distinguait à chaque fois, comme pour le film de Mostepha Ben Boulaïd en 2009 (Ahmed Rachedi), Parfums d'Alger 2011 (Rachid Benhadj), Iminig (Menad Embarek), Zabana en 2011 (Saïd Ould Khelifa), également d'émission, Hanout Maker 2012. Enfin, Opération Maillot en 2013, avant que la maladie l'empêche de terminer.
Voyage à travers l'histoire
A travers son travail, il dit aux Algériens, toutes générations confondues, et toutes classes sociales, qu'en tant qu'artiste plasticien algérien, il est là, en Algérie, que c'est possible de voyager à travers l'histoire de son pays.
Mustapha Tigroudja était issu d'un monde où les gens comprennent le langage des yeux, de ceux qui méritent le Paradis, il a laissé sa piété comme maître mot, sa sagesse et ses travaux comme un cadeau pour l'Algérie et à ses générations futures, la mort en a été jalouse et l'a pris. Sa disparition nous a choqués. Cependant, la maladie ne doit intimider personne, Dieu a créé un remède pour chaque mal, le prophète Mohammed (Qsssl) nous rappelle qu'il n'y a que la jalousie qui ne possède pas de remède. Mustapha nous a souhaité les meilleurs voeux de santé et de paix pour l'année 2011.
Aujourd'hui, ses camarades, ses amis, et famille se joignent pour veiller à ce qu'il repose en paix. En ces jours de l'Aïd, nous demandons à tous ceux qui l'ont connu d'avoir une pieuse pensée en sa mémoire. Puisse Dieu l'accueillir en Son Vaste Paradis. A Dieu nous appartenons et à Dieu nous retournons.
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