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Le réalisme des jeunes auteurs arabophones



Ce rendez-vous a permis à Farès Kbiche, Saïd Fettahine, Yacine Khadraoui, Ahmed Taleb Botma, Amel Mokhtari ou encore Hadjer Asnam d'échanger, au cours d'une séance de déclamation et de lecture poétique, sur leurs propres écritures et la littérature arabophone en général.De jeunes poètes arabophones des quatre coins du pays (Sétif, Jijel, Aïn Defla, Alger...) ont été conviés à une rencontre organisée lundi dernier à la Bibliothèque nationale d'El-Hamma (Alger), dans le cadre de la rentrée culturelle 2020-21, lancée par le département de Bendouda du 26 septembre au 7 octobre prochain. Ce rendez-vous a permis à Farès Kbiche, Saïd Fettahine, Yacine Khadraoui, Ahmed Taleb Botma, Rana-Fatiha Nechadi ou encore Hadjer Asnam d'échanger, au cours d'une séance de déclamation et de lecture poétique, sur leurs propres écritures et la littérature arabophone en général.
Le premier constat fait sur la spécificité scripturale de ces jeunes auteurs et autrices est la nature réaliste de leurs écrits, puisés du plus profond de leur environnement social, de leur expérience personnelle ou de celle de leur entourage, et des problèmes auxquels fait face le jeune Algérien. Dans ce sens, l'auteur et poète Saïd Fettahine traite de l'émigration clandestine, ou harga, à travers l'histoire d'un ami et voisin d'enfance, dans un poème cru et des mots qui résonnent à la fois comme une condamnation quant à la douleur infligée aux familles et une acceptation du fait accompli.
Il y décrit minutieusement le cheminement mental de ce jeune écrasé par le poids de la société, par la hogra et par sa condition sociale, pour qui "mourir en mer, avalé par des poissons vaut mieux que de vivre une vie indigne". Dans cette histoire issue de son dernier recueil de nouvelles et intitulée La Pirogue de la mort, Fettahine dresse le portrait, certes, peu reluisant de "Moh el Guench", petit bandit de cité, qui n'a cependant pas eu d'autre choix que de partir au péril de sa vie.
"Le jeune auquel j'ai dédié mon texte était issu d'une famille très pauvre à Cherchell, dont la maison n'avait même pas de toit", explique Fettahine. Et de continuer : "Le message de mon travail est destiné aux jeunes qui veulent tenter la traversée. Je veux leur dire que malgré ce que l'autre rive de la Méditerranée peut leur offrir, il ne faut pas qu'ils oublient que l'aventure peut aussi leur être fatale." Dans le registre poétique, qui fera l'objet d'une publication prochaine, Yacine Khadraoui déclare sa flamme à sa dulcinée tout en dénonçant l'approche algérienne de l'amour, perçu comme une émotion qu'il faut taire, garder pour soi, au risque de se ridiculiser aux yeux de la société.
"On entend souvent les gens dire ?tah fiha' (il est tombé amoureux d'elle) comme si c'était quelque chose de négatif. C'est un problème qui démontre notre conception erronée de tout ce qui a trait à l'amour, qui est finalement l'origine de tout dans la vie." La vie n'épargne ni les adultes, ni les jeunes gens, ni les adolescents, qui font face à ses aléas en subissant ses coups. La jeune poétesse Amel Mokhtari, dix-neuf ans, traite du combat que mènent chaque jour, dans le silence le plus total, ces jeunes écorchés dans un poème, une sorte de "motivational book", destiné à une tranche d'âge juvénile. Mais, en vérité, son texte s'adresse à tout un chacun, jeune ou moins jeune, tant les mots de la jeune poétesse se révèlent d'une grande maturité, mue par un besoin d'aider son prochain à travers la lecture.
Il est à noter par ailleurs que la rencontre avec l'écrivaine et journaliste Zahia Mancer, ainsi que la déclamation poétique avec de jeunes auteurs arabophones n'ont pas eu lieu, sans que les organisateurs daignent prévenir du changement du programme.

Yasmine Azzouz
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