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Le projet de loi sur la retraite en débat à l'APN



Le projet de loi sur la retraite en débat à l'APN
Les travées de l'Assemblée populaire nationale (APN), occupées par des députés de la majorité (FLN, RND), étaient sourdes aux cris de colère de syndicats autonomes qui protestaient à quelques encablures de là (esplanade de la Grande-Poste) contre le projet de loi sur la retraite soumis à examen au niveau de la plénière, en présence du président de l'APN, Larbi Ould Khelifa, et du ministre du Travail et de la Sécurité sociale Mohamed El Ghazi, initiateur de ce projet de loi très controversé.Younès Djama - Alger (Le Soir) - Si les députés de la majorité ont applaudi au nouveau texte, ceux de l'opposition ont, eux, dénoncé un coup de force et prévenu contre cette dérive sur les acquis sociaux des travailleurs dont ce texte n'en est qu'un prélude. «Il s'agit d'un passage en force, depuis que le projet de loi nous est parvenu au niveau de la Commission de la santé et des affaires sociales de l'APN, la commission n'a pas pu faire son travail, et elle a été dissoute de fait, parce qu'on n'a tout simplement pas étudié la loi», dénonce avec véhémence Nadia Chouitem, députée du Parti des travailleurs (PT) et membre de ladite commission. «Le texte se retrouve au niveau de la plénière sans discussion comme la loi le prévoit, sinon à quoi bon installer des commissions si c'est pour les ignorer ' Nous sommes devant un passage en force : lundi et mardi, il y aura deux plénières et le mercredi c'est le vote, c'est une précipitation sans précédent, la commission ne devrait pas travailler en parallèle avec la plénière, or, c'est ce qui est en train de se produire», s'emporte Nadia Chouitem. Au PT, on promet de faire des amendements durant la plénière, tout en appelant à ce que le gouvernement retire cette loi et ouvre «un vrai débat de fond» sur les systèmes de la Sécurité sociale et des retraites. La députée déplore la sourde oreille opposée par le gouvernement aux travailleurs qui protestent contre la suppression d'un acquis social majeur, celui de la retraite anticipée. «Les travailleurs ont une force de proposition et posent des problèmes de fond, de son côté, le gouvernement ne règle pas le problème, il est plutôt en train de le contourner, car même avec cette loi ou d'autres qui lui ressemblent, le mal reste profond», souligne la députée.Reprenant dans le même sens, Ramdane Taâzibt du groupe parlementaire du PT se dit consterné par ce projet de loi présenté à l'APN. Il n'arrive pas à s'expliquer ce qui se passe d'autant que, dit-il, «il y a des millions de travailleurs qui sont contre la suppression de la retraite anticipée et ils l'ont exprimé par des grèves et des manifestations, non seulement les syndicats autonomes mais aussi au sein même de l'UGTA car on n'oublie de dire que la base syndicale de l'UGTA est contre cette suppression», notera M. Taâzibt qui déplore l'absence de dialogue autour de la question surtout que la Commission de la santé et des affaires sociales de l'APN n'a pas daigné recevoir les syndicats autonomes en plus du fait que ses membres n'ont pas travaillé dans la sérénité, une situation qui découle, en fait, de la volonté du gouvernement de faire passer en force ce projet de loi sur la retraite. Pour sa part, Youssef Khababa, député de l'Alliance de l'Algérie verte (AAV), a dénoncé le coup de force opéré, selon lui, par le ministre du Travail en présentant devant la plénière un «texte qui n'a rien à voir» avec celui soumis à la Commission de la santé et des affaires sociales de l'APN. Il s'agit, et c'est l'avis développé par son collègue du FJD de Djaballah, Lakhdar Benkhelaf, d'un rapport «truqué», avant de souligner que le ministre du Travail «veut à tout prix faire passer le texte» au mépris des règlements. «Même avec une majorité absolue (le gouvernement, ndlr) on ne veut pas de la voix de l'opposition», s'écrie Khababa.Pour de nombreux députés, les arguments avancés par le gouvernement en vue d'amender la loi sur la retraite ne sont pas convaincants surtout que des alternatives existent pour remettre à niveau le déséquilibre de la Caisse de retraite, argument avancé par le gouvernement pour justifier ce choix.Selon le député indépendant Habib Zeggad, le gouvernement aurait été mieux avisé de chercher à récupérer les 9 900 milliards de DA d'impôts non recouvrés, ou encore les 1 000 milliards de DA de droits de douane qui ne sont pas payés. Il demande aussi de voir du côté des 5 millions de salariés non déclarés à la Sécurité sociale qui représentent des manques à gagner qu'il aurait été judicieux d'aller récupérer avant de s'attaquer à l'acquis social de la retraite anticipée et la retraite proportionnelle. Et ce, tout en dénonçant la création de deux caisses de retraite l'une pour les «indigènes» (entendre par là les couches démunies) et le fonds de retraite spécialement dédié aux hauts fonctionnaires.De nombreux députés ont regretté que les autorités aient empêché, à coups de renforts policiers, les syndicats d'exprimer leur opposition à ce texte. C'est dans ce sens qu'est allé le chef du groupe parlementaire du Front des forces socialistes (FFS), Chafaâ Bouaà'che, qui qualifie de «honte» le fait que des députés examinent un projet de loi «alors même que l'hémicycle est encerclé par un impressionnant dispositif policier» ; avant d'accuser les députés de la majorité, qui ont salué le projet de loi, de ne pas représenter le peuple. Le député du FFS dénonce aussi l'annulation de la conférence thématique sur la retraite, programmée pour hier mais qui a été annulée par le bureau de l'Assemblée.
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