
Difficile de revenir sur la décennie noire sans tomber dans le mélodrame qui fait oublier les véritables raisons d'un naufrage programmé. L'écrivain Dey Bendifallah écrit Le minaret ensanglanté, paru aux éditions Sedia, afin de proposer une lecture méticuleuse des événements. Un récit limpide !- Votre récit est noir et hyper réaliste. Il s'articule autour de trois destinées, celles de Mahfoud, Saïd et Abdelkader. Vous décrivez avec justesse le désespoir de citoyens conscients du jeu vicieux du régime de l'époque et de la tourmente dans laquelle s'enlisait le pays, la décennie noire. Qu'avez-vous voulu rapporter 'Le choix des personnages principaux se voulait générique, d'où une tendance à l'exagération du trait, grâce à laquelle tout le panel de base de cette époque est représenté, et j'espère du moins y être parvenu. Quant à ce que j'ai tenu à rapporter, c'est surtout une souffrance, une grande souffrance, comme notre peuple a toujours su en supporter le poids et l'intensité et cela, dans sa dignité habituelle. La population n'ignorait pas de quoi il retournait et quelles étaient les forces en présence ainsi que les motivations des uns et des autres. Vous savez, j'en parle dans le chapitre «Les deux amis» et lui rends l'hommage qu'elle mérite. Elle a accompagné ses morts, toutes ces victimes innocentes dans la douleur, mais surtout dans la dignité.- Mahfoud, un de vos personnages dit «... Une troisième voie est toujours possible, qui contenterait tout le monde, à savoir une République constitutionnelle où l'alternance du pouvoir serait garantie.» A l'époque c'était impensable, n'est-ce pas 'C'était absolument impensable, puisque les dés étaient pipés. Nous allions sortir des élections législatives avec une majorité des 3/4 pour le FIS. Et l'aile radicale dirigée par des illuminés aurait imposé un changement de république par voie législative, le peuple à la faveur du scrutin majoritaire à deux tours leur en donnait le droit. Une république théocratique, peut-être même un émirat mis en place ex-nihilo, c'est cela qui nous attendait. En vérité, il n'y avait plus de place pour cette troisième voie, en dehors d'un retour aux urnes, mais avec un scrutin proportionnel qui aurait laissé une place tampon aux petits partis qui foisonnaient à cette époque.- Dans la partie «Les frères ennemis», on retrouve «les exclus de l'Algérie» à travers l'histoire du RCD et du FSS. Etes-vous de ceux qui pensent que l'Algérie a raté son virage vers la démocratie 'Dans ce chapitre, j'aborde, déplore et dénonce forcément cet entre-soi que les démocrates algériens de tous bords ont toujours cultivé. Pour une raison simple car historique : l'élitisme dont il se sont réclamés et à juste titre. Cet élitisme a revêtu deux habits peu commodes au regard d'une population profondément nationaliste, musulmane et arabophone : la francophonie et la berbérité. Et il s'agit là de deux épouvantails que toutes les forces conservatrices en présence ont agité, non sans une réussite certaine, d'où cet isolement et cet entre-soi. Les élites porteuses d'espoir ont manqué d'une chose importante : une base populaire.- L'histoire récente de l'Algérie démontre que les erreurs des gouvernements, qui se sont succédé, ont cristallisé la frustration d'une société exacerbée par un parti radical, la privatisation à tout-va, la gestion chaotique des biens publics et la bureaucratie qui a ralenti le pays. Croyez-vous que l'histoire se répétera 'Je pense personnellement que le procès en apathie, qui a été intenté à tort au peuple algérien vis-à-vis des événements relatifs au printemps arabe, était injuste. Quand on a vécu cette décennie terrible au cours de laquelle chacun a perdu un proche, sans pouvoir en faire le deuil, pour la simple raison que justice n'a pas été rendue pour les raisons d'apaisement que l'on sait, on gagne en prudence et en maturité. De ce fait, et rien que pour cela, je ne crois pas à une répétition de l'histoire. A un bégaiement, sans plus.- Lors de cette nouvelle édition du SILA, les officiels ont insisté sur l'urgence de traduire les ?uvres algériennes. Pensez-vous le faire pour Le minaret ensanglanté vers l'arabe 'Traduire les ?uvres algériennes en arabe leur donnerait beaucoup plus d'impact et de surface électorale, assurément. Mais il faut veiller à en conserver l'esprit, quitte à en travestir ou se permettre quelques écarts avec la lettre. Cela implique une véritable participation et implication dans l'?uvre pour le traducteur.Quant au roman Le Minaret ensanglanté, je vous annonce qu'il a déjà été traduit par un journaliste marocain en 1999, Tarik Essaadi, qui l'a publié dans l'hebdomadaire El Ahdeth El Ousbouiya sous la forme d'un feuilleton. Mais je suis complètement démuni pour juger la conformité de la traduction avec le texte original.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Faten Hayed
Source : www.elwatan.com