La chambre administrative près la cour d'Alger a renvoyé hier l'affaire des dockers d'Alger poursuivis par le ministère des Transports, pour avoir appelé à deux journées de protestation contre l'accord de partenariat avec les Emiratis conclu la semaine dernière. Les membres du bureau du syndicat du port d'Alger sont donc convoqués une seconde fois, pour le 24 novembre, première journée de leur action de protestation.
Ils étaient tous là, déçus et surtout rongés par le sentiment d'abandon. Après des heures d'attente, le juge leur a fait savoir, sans aucune explication, que le dossier a été renvoyé à la date sus-indiquée. Report intrigant dans la mesure où il s'agit d'un référé d'heure en heure, en termes plus clairs, d'une affaire à traiter en urgence. Le choix de la date du 24 novembre n'est pas fortuit. Les syndicalistes avaient appelé à deux journées de protestation à partir de ce jour. Est-ce une manière de les éloigner de leur lieu de travail le jour J ' Nous n'en savons rien. Pour l'instant, les syndicalistes semblent totalement désorientés, notamment depuis la diffusion du communiqué du secrétariat national de l'UGTA, annonçant, contre toute attente, le gel des journées de protestation avant même de se concerter avec la coordination des syndicats des ports, organe initiateur de cette action.Une décision qui a donné froid dans le dos des syndicalistes. Selon ce communiqué, diffusé vendredi dernier, la centrale syndicale ne reconnaît plus aux travailleurs leur droit de s'exprimer librement sur les accords qui engagent leur avenir professionnel. Plus grave, dans le référé engagé par le ministère des Transports jeudi 19 novembre, il est clairement précisé l'opposition du secrétaire général de l'UGTA aux journées de protestation. Le ministère des Transports a également contesté la qualité de représentant légal à la coordination, alors que celle-ci avait pris part aux négociations des conventions de branche et apposé sa signature sur les procès-verbaux. Depuis 2006, le seul partenaire reconnu en tant que tel par le département de Amar Tou était la coordination.Il a suffi à celle-ci de décider de contester la mise au chômage de milliers de travailleurs pour que les foudres de l'administration s'abattent sur elle. La plainte du ministère comporte une autre aberration qui démontre la précipitation avec laquelle la justice a été mise en branle. En effet, le ministère a demandé « l'arrêt de la grève », estimant qu'elle n'obéit pas à la réglementation. Or, à aucun moment, la coordination n'a parlé de grève. Dans son communiqué à l'issue d'une assemblée générale, elle a annoncé la tenue de deux journées de protestation et non de grève. La différence est notable. En tout état de cause, la réaction brutale du ministère des Transports dénote une fois de plus le refus de l'administration de tout dialogue avec le partenaire social et surtout l'obstination à museler toute forme de contestation et par tous les moyens.La crainte des membres des bureaux syndicaux des dix ports traînés en justice de subir des sanctions, a fait reculer la coordination sur ses positions, même si au fond la base ' c'est-à-dire les dockers ' veut aller jusqu'au bout de ses revendications. « La centrale syndicale est notre tutelle. Nous respectons sa décision de geler la protestation et nous espérons que les plaintes contre les secrétaires généraux des syndicats des ports soient retirées. La centrale s'est engagée à prendre en charge nos préoccupations et à les faire aboutir », a déclaré M. Ghomri, oubliant que les mêmes promesses avaient été faites par le secrétaire général de l'UGTA il y a quelques jours, en contrepartie du gel de la journée de protestation prévue le 12 novembre pour les mêmes revendications, à savoir la révision de l'accord de partenariat avec les Emiratis pour la gestion des ports d'Alger et de Djendjen pour une meilleurs préservation de l'emploi.Il est important de rappeler que cet accord donne à la société DP World droit à 50% des parts dans la gestion des ports d'Alger et de Djendjen, mais sans le maintien total de l'effectif, puisque 3000 employés se retrouveront au chômage. Il a été signé 48 heures après que le patron de l'UGTA se soit engagé à faire aboutir les doléances des représentants des dockers, sommés de renoncer à leur action de protestation. Demain, les dockers se retrouveront seuls, abandonnés, pour ne pas dire enfoncés par la centrale syndicale. Ils ne savent plus à quel saint se vouer maintenant que toutes les portes, y compris celle de la contestation, leur sont fermées, dans un pays où l'exercice syndical est garanti par la loi.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com