
Le président de l'association française «La Paix maintenant», qui «a pour vocation de promouvoir et soutenir les actions du mouvement israélien Shalom Akhshav (La Paix maintenant)», Alain Rozenkier, évoque la recrudescence de la violence enregistrée depuis quelques jours en Palestine.Le président de cette association qui «s'adresse à toutes les organisations et partis démocratiques, ainsi qu'à la communauté juive» parle également de la non-réaction des pétromonarchies face à cette situation.Le Temps d'Algérie : Une recrudescence de la violence est enregistrée depuis quelques jours en Palestine. A qui ou à quoi incombe selon vous la responsabilité 'Alain Rozenkier : On ne peut que déplorer les victimes de part et d'autre dont le nombre ne fait qu'augmenter. Nous pensons bien entendu aux familles et aux proches et nous formulons le v?u que ces violences cessent au plus vite car elles accroissent le ressentiment et la haine, elles creusent des fossés, alors que ce sont des ponts qu'il convient d'ériger.S'agissant des causes et des responsabilités, il convient tout d'abord d'évoquer la poursuite de l'occupation et l'absence de perspective du fait de l'absence de négociations. Faute d'horizon politique, le désespoir s'installe et l'on sait qu'il n'est jamais bon conseiller. Sur ce terreau favorable viennent se greffer les provocations des extrémistes des deux camps. Israël n'a pas su ? ou voulu ? empêcher les démonstrations de ses extrémistes. Trop dépendant dans la coalition qu'il dirige du soutien du parti Habayit Hayehoudi qui représente les colons, le Premier ministre Benyamin Netanyahou n'a pas pu obtenir de leurs ministres et députés de s'abstenir de se rendre sur l'esplanade des Mosquées, qui est pour les juifs l'emplacement du Mont du Temple. Alors que depuis la guerre des 6 jours, il est interdit aux juifs de s'y rendre en nombre et d'y prier, notamment pour des raisons religieuses, ils ont été autorisés à y monter en groupe de plusieurs dizaines, voire centaines, de personnes. Les extrémistes palestiniens y ont vu l'occasion de propager de façon plus intense encore des rumeurs prétendant que le gouvernement israélien voulait modifier le statu quo qui prévaut sur ce lieu sacré pour les deux religions. Ils savaient pertinemment que tel n'était pas le cas car, jusqu'à présent, aucun gouvernement israélien, même le plus extrémiste comme celui en poste aujourd'hui, n'a envisagé une telle éventualité qui mettrait le feu dans la région et provoquerait un conflit avec la communauté internationale. Mais ils y ont vu une occasion rêvée de mettre l'Autorité palestinienne en porte à faux. Affaiblie, cette dernière a contribué, dans un premier temps, à amplifier cette crainte avant de comprendre qu'elle n'avait rien à gagner à suivre les religieux et les fondamentalistes sur cette question mais il était déjà trop tard pour calmer le jeu. En fait, l'affaire de la mosquée Al Aqsa a joué le rôle d'une étincelle mais le carburant, c'est, il faut le répéter, la poursuite de l'occupation, l'expansion des colonies, un horizon politique bouché qui pousse au désespoir.Plusieurs Israéliens ont été poignardés et sept Palestiniens tués dans ces violences. Quel appel lanceriez-vous pour mettre fin à cette situation 'Le camp de la paix en Israël sait que la situation actuelle n'appelle pas de déclarations mais des actions. Il ne peut y avoir de sortie de crise qui soit uniquement sécuritaire. Il importe sans doute de mettre en place une répression maîtrisée et ciblée des attentats mais simultanément, sans option politique qui ouvre des perspectives de solution, le répit, si répit il y a, ne sera que de courte durée. La phrase d'Yitzhak Rabin, vingt ans après son assassinat, n'a rien perdu de son actualité et de son impérieuse nécessité : «Négocier comme s'il n'y avait pas de terrorisme et combattre le terrorisme comme s'il n'y avait pas de négociations.» L'urgence est dans un premier temps un retour au calme. Pour y arriver, bien que le conflit ne soit pas un conflit religieux mais national et territorial, on ne peut pas faire abstraction de l'importance de l'influence du facteur religieux sur les deux populations. On pourrait donc, pour baisser les tensions, proposer l'organisation d'une rencontre entre des délégations représentant toutes les parties concernées, à savoir l'Autorité palestinienne, Israël, la Jordanie, l'Egypte, l'Arabie saoudite et le Waqf. Le but de cette conférence serait de redéfinir le statu quo sur l'esplanade des Mosquées, incluant les droits d'accès aux différentes populations et de confirmer le rôle du Waqf et de la Jordanie comme gardiens du lieu.On enregistre le silence de la part des pétromonarchies, dont l'Arabie saoudite. Les pétromonarchies sont-elles trop occupées à tuer des civils au Yémen et à soutenir des organisations terroristes en Syrie 'Cela n'a rien de surprenant. Cela fait longtemps déjà que les analystes et les observateurs avertis ont noté que la cause palestinienne est instrumentalisée par les pétromonarchies mais pas seulement par eux. Les Etats arabes ont leurs propres intérêts et la Palestine n'est pas au c?ur de leurs préoccupations. C'est d'ailleurs le propre de la realpolitik que mènent tous les Etats, arabes ou pas, avec ou sans pétrole. Mais il convient cependant de rappeler l'initiative de l'Arabie saoudite, connue sous l'intitulé d'Initiative de paix arabe adoptée lors du sommet de la Ligue arabe de Beyrouth en 2002 et confirmée en 2007 lors du sommet de Ryad.Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, devenu roi en 2005, s'y était, on s'en souvient, fortement impliqué. En offrant pour la première fois à Israël une reconnaissance par l'ensemble des pays arabes et musulmans en échange d'un retrait des territoires et la création d'un Etat palestinien, mais également un retour des réfugiés et de leurs descendants en Israël ? clause qui n'est acceptable en l'état par aucun gouvernement israélien ?, cette Initiative avait le mérite de constituer pour la première fois une base de négociations. Mais tous les gouvernements israéliens jusqu'à ce jour l'ont malheureusement ignorée, commettant là une faute politique.La situation dans le monde arabe (guerre en Syrie, agression du Yémen...) profite-t-elle aux pétromonarchies pour tuer des Palestiniens en toute impunité 'Il est vrai que le sort des Palestiniens massacrés ou morts de faim dans le camp de Yarmouk à quelques kilomètres de Damas n'a guère mobilisé l'attention des «pro-Palestiniens» de tous bords. Je ne formulerai sans doute pas cependant les choses de cette façon. Je ne pense pas que l'objectif des pétromonarchies soit de tuer les Palestiniens en tant que tels. Mais si la défense de leurs intérêts tels qu'elles les conçoivent passe par des tueries et des massacres, elles n'hésiteront pas à les perpétrer. Palestiniens certes, mais Kurdes, chrétiens, Yazidis, chiites, sunnites... aucune communauté n'est à l'abri.Quelles sont les conditions pour le rétablissement de la paix entre Palestiniens et israéliens 'Il est nécessaire de reprendre les négociations dans la perspective d'une solution basée sur le principe de «deux peuples-deux Etats» avec la volonté de part et d'autre qu'elles aboutissent et non pas pour gagner du temps et pousser l'autre à la faute. Une forte implication de la communauté internationale, Etats-Unis et Union européenne est indispensable pour qu'elles aient une chance d'aboutir. Il est nécessaire dans un premier temps de définir un calendrier contraignant pour toutes les parties ainsi qu'un cadre de négociations et de rappeler les principes sur lesquels elles doivent être menées. Il est urgent que le dossier israélo-palestinien devienne prioritaire pour la communauté internationale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mounir Abi
Source : www.letempsdz.com