Alger

Le Pouvoir se déplace vers les Zaouïas



Qui détient le pouvoir en Algérie ? Grosse question quifait l'essentiel de la métaphysique mondaine des chancelleries étrangères. Dupoint de vue technique, la réponse est un paradoxe national : c'est le pouvoirqui tient le Pouvoir avec des gens qui se tiennent les uns les autres par desmilliers de barbes encastrées et une architecture alimentaire abyssale. Pourfaire simple, on a répondu que le pouvoir est tenu par les casernes, les «services », les importateurs, les hauts cadres, les régionalistes de toutes lesrégions et la France,à tour de rôle et selon les besoin de « l'Explication ». Dans le catalogue descorsaires locaux ou proches, on a oublié le retour de l'un des grands centresde légitimité de l'Algérie, mis à part le fusil, la ligne de crédit ou le bras :les Zaouïas. C'est un taoïste qui a ouvert les yeux sur ce cabinet à turbansimpénétrable pour la presse, craint par les populations qui remontent le tempsvers les tentes d'origine et fortement sollicité par les Etats lorsqu'ils sontmalades et ont trop peur de Dieu pour des raisons intimes ou cherchent commentdécrocher le paradis que le socialisme n'a pas permis. En Algérie, on en compteune dizaine, hiérarchisées selon leurs fonds, histoire et régions : le Pouvoiry vient, dit-on, déchaussé, y demande audiences comme les plus humbles, etembrasse la main ou le turban comme ses ancêtres. Les chefs de Zaouïas, sesmaîtres ne sont pas connus, les journalistes et les journaux peinent à croire àleur existence et à leur pouvoir et ces derniers font tout pour rester discretset pourtant, c'est là que tout se décide lorsque le pays n'en est plus qu'àcollectionner des institutions sous forme d'amulettes. On a cru, un moment, laparenthèse fermée avec Chadli et ce que l'histoire lui a collé comme histoireétatique matrimonial, il n'en fut rien. Le basculements'accentue avec le temps et les historiens des Etats peuvent y lire, aujourd'hui,l'échec du séculaire en Algérie, pour un Etat qui va solliciter les audiences, lesbénédictions et les repentirs car doutant de ses fins et de ses actes etsouffrant de la même peur face au réel que ses populations poussées en vracvers les rites, les rokia et l'effondrement du sensde la responsabilité face à la vie. Comme l'expliquera une source auchroniqueur, aujourd'hui la capitale du pays n'est plus à Alger, mais dans descoins clandestins du pays, sous la main de ceux qui, fort de la légitimité desépoques faibles, se voient offrir les tapis, l'argent, les collectes de fondsmais aussi les échines courbées des dirigeants du moment qui, entre deuxinaugurations, accomplissent ces pèlerinages discrets en ces espaces qui, pouravoir perdu le pouvoir quelques décennies, le reprennent peu à peu en accordantles audiences ou en les refusant selon les humeurs et les calculs. On a cru, unmoment, dit-on, voir la « fin de l'Etat » dans les gardiens de parkingclandestins, il n'en est rien : dans certaines Zaouïas se pratiquent de plusamples démissions et de plus graves corruptions des légitimités. C'est làdésormais que certains vont aller chercher leur pain, leurs postes et même lesgaranties de leurs avenirs sans se douter du spectacle de la misère qu'ilsapportent à ce pays avec leurs fausses pénitences et leurs chantiers demosquées grandiloquentes pour se « laver les os » et les mémoires. Selonl'histoire de la région, le chemin est très court et très tentant entre la Zaouïa et le Ribat et duRibat vers le royaume.


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