Alger - A la une

Le pouvoir opaque des riches



l'ascension étrangement fulgurante pour Kamel Chikhi, plus connu sous l'appellation de Kamel El Boucher, le principal accusé dans l'affaire des 701 kg de cocaïneEn Algérie ce ne sont ni les textes ni les organismes qui font défaut, mais l'application de la loi dans toute sa rigueur.
Porsche Cayenne, Panamera, Jaguar XE, Audi Q5 ou encore la Land Rover Evoque, les moteurs de toutes ces voitures et d'autres encore, ont rugi sur les routes algériennes. Leurs acquéreurs' Des millionnaires et milliardaires algériens qui n'hésitent pas à claquer leur argent pour exhiber leur rang social. Outre les voitures, il y a aussi les villas opulentes, les comptes bancaires bourrés et le rythme de vie qui frise, dans certains cas, l'insolence, ici en Algérie, mais aussi à l'étranger. Et la question s'impose d'elle-même: comment ces multimillionnaires algériens ont-ils pu ramasser des fortunes aussi importantes' Personne n'a de réponse, mais chacun a sa petite idée. Selon des classements menés par des organismes étrangers, l'Algérie pourrait compter près de 4500 multimillionnaires dont 170 avec des biens financiers excédant les 10 millions de dollars. Parmi ces richissimes algériens, il peut y avoir des hommes d'affaires à l'ascension étrangement fulgurante, comme cela a été le cas pour Kamel Chikhi, plus connu sous l'appellation de Kamel El Boucher, le principal accusé dans l'affaire des 701 kg de cocaïne, qui est «sorti» de nulle part. Mais cet homme, dont les signes de richesse étaient ostentatoires, ne devait-il pas faire objet d'enquête' Il aurait pu être «débusqué» bien avant qu'il ne tente de noyer le pays dans la cocaïne. Mais il semble bien que les garde-fous placés par la République n'ont pas bien fonctionné. Et des garde-fous en Algérie, ils sont nombreux. Plusieurs lois, décrets et conventions internationales ont été adoptés et signés afin de lutter contre la corruption et le blanchiment d'argent. Les lois de la République obligent les hauts cadres de l'Etat à faire des déclarations de patrimoine à leur nomination et en fin de fonction. Elles punissent l'enrichissement illicite de tout agent public qui ne peut raisonnablement le justifier et exigent des établissements financiers d'identifier leur clientèle et de surveiller les comptes à risques. Une traçabilité des transferts et des opérations bancaires est exigée, mais pas seulement, la loi oblige les banques et autres institutions à avoir un dispositif de déclaration de soupçons avec la cellule de traitement du renseignement financier (Ctrf). La déclaration de soupçon a été instaurée après la promulgation de la loi 05-01 du 6 février 2005 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Dans ce texte, le blanchiment d'argent est défini comme étant «la conversion ou le transfert de biens dont l'auteur sait qu'ils sont le produit de crime, dans le but de dissimuler ou de déguiser l'origine illicite desdits biens [...]». Le premier bouclier contre le blanchiment d'argent est constitué des banques et des établissements financiers qui ont obligation de «se renseigner sur l'origine et la destination des fonds ainsi que sur l'objet de l'opération et l'identité des intervenants économiques». Mais pas seulement, l'article 19 de ladite loi précise qu'en plus des banques et des établissements financiers, les services financiers d'Algérie poste, les institutions financières apparentées, les compagnies d'assurances, les bureaux de change, les mutuelles, les paris et jeux, ainsi que les casinos, sont tous soumis à l'obligation de déclaration de soupçon. Pour mieux cerner ce fléau, toute autre personne physique ou morale qui, dans le cadre de sa profession, conseille ou réalise des opérations entraînant des dépôts, des échanges, des placements ou tout autre mouvement de capitaux, est tenue de faire cette déclaration de soupçon. Ainsi, à titre d'exemple, les avocats, les notaires, les commissaires aux comptes, les courtiers, les commissaires en douane ou encore les agents immobiliers sont tenus par cette obligation de déclaration de soupçon. Ce qui permet, normalement, de déceler les opérations de blanchiment. Intervient en second lieu, la commission bancaire, qui a obligation de s'enquérir de l'existence dans les établissements financiers du programme adéquat permettant de détecter et de prévenir le blanchiment d'argent. Il existe également en Algérie une autre institution chargée du contrôle a posteriori des finances de l'Etat, des collectivités territoriales et des sociétés publiques. Il s'agit de la Cour des comptes. Instituée en 1979, la Cour des comptes établit un rapport annuel qu'elle adresse au président de la République. Ce rapport doit être publié totalement ou partiellement au Journal officiel. Cela n'a malheureusement pas été le cas pendant des années. Malgré tous ces textes, la corruption ou encore le blanchiment d'argent ont la peau dure et persistent, comme en témoignent les derniers scandales qui ont éclaté sur la place d'Alger. Quelle est la raison de cet échec' Il semble bien que ce soit la non-application des lois dans toute leur rigueur. Pour preuve, les articles de la loi 01-06 relative à la lutte contre la corruption ne sont pas respectés, notamment le cas de l'obligation de déclaration de patrimoine faite aux plus hauts responsables de l'Etat, comme le stipule l'article 4. Des déclarations qui doivent être publiées au Journal officiel, selon l'article 6 du même texte législatif. Or, cet article n'est pas toujours respecté dans toute sa rigueur. Ce qui amène à la conclusion qu'en Algérie ce ne sont ni les textes ni les organismes qui font défaut, mais l'application de la loi dans toute sa rigueur. Sans une application rigoureuse de la loi, la corruption et le blanchiment d'argent auront de beaux jours devant eux. Dans son article 60, la Constitution stipule que «nul n'est censé ignorer la loi. Toute personne est tenue de respecter la Constitution et de se conformer aux lois de la République.» A qui incombe la responsabilité de faire respecter les lois'
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