Alger - A la une

« Le phénomène est tellement complexe qu'il nécessite plusieurs approches », affirme le professeur Salah Laïdli



Le suicide prend des proportions alarmantes du fait que les statistiques démontrent une progression d'année en année. C'est pour cela que les pouvoirs publics doivent considérer cette forme de « violence » comme un véritable problème. Il ne se passe pas une semaine sans que l'on entende parler ou qu'on lise dans la presse du suicide d'un jeune homme, d'une jeune femme, d'une personne âgée ou d'un adolescent. Ce phénomène étranger à nos us et coutumes et notre religion doit interpeller la société civile et les pouvoirs publics pour trouver une solution. Pour le Pr Mohamed Salah Laïdli, chef de service médecine légale et médecin-chef du Centre intermédiaire des soins aux toxicomanes (CIST), le phénomène est tellement complexe qu'on ne peut prétendre l'approcher avec une seule discipline. « Quand il s'agit de suicide, il est logique de faire appel à la médecine, la psychopathologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, la théologie et même à l'histoire », a-t-il expliqué. « Même les médias sont interpellés car c'est eux les premiers qui divulguent l'information de ce phénomène social », a-t-il ajouté. Au service de médecine légale au CHU Maillot, le corps d'un suicidé est placé à la morgue en attendant la décision du procureur de la République qui décidera d'une autopsie. A ce propos, durant les cinq dernières années (2007 à 2011), 259 suicides ont été dénombrés sur 1287 autopsies pratiquées à Alger. Ce qui représente environ 20%. Pourquoi se suicide-t-on ' Les raisons sont multiples et complexes, selon le Pr Laïdli. C'est le travail de tout un chacun pour comprendre ce fléau, étranger à nos traditions il n'y a pas longtemps. Mais les raisons les plus récurrentes sont les troubles psychiatriques. En effet, beaucoup de personnes sous traitement ont développé une fragilité qui les a conduites à l'acte suicidaire. Le Pr Laïdli exhorte les décideurs, à chaque rencontre scientifique, à considérer le suicide comme un problème de santé publique au vu de ces indicateurs pour généraliser la prise en charge psychiatrique et psychologique de cette frange de la population ainsi que la généralisation de la formation continue de tous les médecins. En premier lieu, cette formation concerne les praticiens, à savoir les médecins et les assistantes sociales sans oublier le mouvement associatif qui joue un rôle important. Néanmoins, le côté religieux, selon ce professionnel, n'est pas à négliger pour diminuer la prévalence du suicide.
La pendaison,le moyen le plus utilisé
Dans notre société, ce sont les hommes qui sont les premiers à passer à l'acte, comme le confirme les statistiques élaborées durant ces cinq dernières années par l'équipe du service de médecine légale du CHU Maillot. La tranche d'âge la plus touchée est située entre 25 et 50 ans, ce qui représente 67%, contre 23% dont l'âge se situe entre 18 et 25 ans et 10% des 50 ans et plus. Le nombre de femmes qui se sont suicidées durant ces cinq dernières années est de 42 (16%), contre 217 hommes (84%). Le suicide par pendaison reste le moyen privilégié pour mettre fin à la vie. En effet, sur les 259 personnes recensées ces cinq dernières années, elles sont 109 ayant choisi ce précédé. 50 parmi elles ont préféré se défenestrer ; 44 ont ingurgité un cocktail de médicaments, 37 ont mis fin à leur jour en avalant des produits caustiques ; 11 ont préféré le suicide par noyade alors que 8 personnes ont mis fin à leurs jours par balle. L'antécédent psychiatrique est dans la plupart des cas mis en exergue d'après l'enquête diligentée auprès des proches. Ils sont 193 personnes, ce qui représentent 75% des sujets décédés par suicide. Ils présentaient un trouble psychiatrique ou ayant développé une fragilité qui les a conduits au passage à l'acte. Certains, affirmera le Pr Laïdli, sous traitement médicamenteux, l'ont arrêté, et la maladie psychiatrique s'est révélée par le suicide. Par contre, le motif de 66 suicidés n'a pas été établi. Ce sont les agglomérations et non dans les zones rurales où le phénomène du suicide est le plus récurrent. Les motifs du suicide sont légion et diffèrents d'une personne à une autre. Mais la mal-vie, la misère, les maladies mentales, la peur de l'échec, notamment pour les étudiants, le chagrin d'amour ou la déception sentimentale sont les raisons les plus courantes. Toutefois, dans le service du Pr Laïdli, il a été enregistré quelques cas de suicide d'adolescents dont l'âge se situe entre 12 et 16 ans. Il confirmera que la raison du suicide est, généralement, la violence. Cette dernière est exercée par les parents et surtout le père. Devant cette violence d'un autre genre, un Centre intermédiaire de soins aux toxicomanes (CISM) et d'autres centres ont été ouverts pour prendre en charge tous les problèmes de santé mentale ainsi que les tentatives de suicide qui sont pris en charge, actuellement, par le service des urgences psychiatriques. Seul bémol, il n'y a pas suffisamment de psychiatres répartis à l'échelle nationale. Mais pour le Pr Laïdli, les psychologues cliniciens peuvent gérer les situations dramatiques dès la survenue du problème, ensuite ces malades doivent être confiés à un psychiatre.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)